La Sokamuturra de Pasai Donibane
A Pasajés de San Juan – Pasai Donibane – en basque, à quelques encablures kilométriques de la frontière, on ne rigole pas avec la basquitude. Oriflammes aux couleurs du pays basque et langage euskara sont de rigueur dans toute cette petite ville portuaire.
La vieille ville de Pasai Donibane s’articule autour d’une seule et unique rue. Les rues pavées et étroites dessinent un cadre particulièrement accueillant. Victor Hugo y séjourna en 1843.
On sait la culture du « je t’aime moi non plus » du pays basque vis à vis de la tauromachie. Elle fut souvent un symbole du pouvoir central franquiste qui en avait fait un symbole de l’Espagne. Elle finit à ce titre, par être rejetée par nombre de contestataires et d’opposants.
Dans l’imaginaire collectif, lorsque l’on évoque la tauromachie populaire au Pays basque, les noms d’Azpeitia, Deba, Mutriku ou encore Oiartzun viennent immédiatement à l’esprit. Plus discrète, Pasai Donibane perpétue pourtant, elle aussi, une tradition profondément enracinée. Celle de la sokamuturra (littéralement « tête à la corde » en basque), le taureau à la corde.
Blotti au fond de la spectaculaire baie de Pasaia, ce village de pêcheurs, aux ruelles médiévales étroites et aux maisons séculaires, offre un décor unique. La tauromachie populaire y prend une dimension presque théâtrale.
Une tradition bien vivante
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la sokamuturra n’appartient pas un passé révolu de Pasai Donibane. Le programme officiel des fêtes de Santiago, Santa Ana et San Ignacio prévoit toujours plusieurs manifestations taurines.
Ainsi, le 31 juillet, jour de San Ignacio, les festivités débutent dès l’aube avec à 7 h 15 avec le départ de la charanga (formation musicale populaire) qui accompagne la sokamuturra. Dès 8 h 00, début de la sokamuturra dans les rues du village. Muni d’un bon réveil, nous avons décidé d’y aller faire un tour sous le ciel gris et la température poisseuse et lourde de ce jour dété..
Au cœur du village
Ici, rien à voir avec les grandes encierros de Pampelune. Le parcours serpente dans l’unique rue principale de Pasai Donibane, bordée de maisons de pierre et ouverte sur la baie.
Le bovin, maintenu par une longue corde, est accompagné par plusieurs conducteurs qui contrôlent ses déplacements. Les habitants observent la scène depuis leurs fenêtres, leurs balcons ou les portes des maisons. Cette proximité crée une atmosphère très particulière où le spectacle repose davantage sur l’adresse des participants que sur la vitesse.
Une tradition identitaire
Pour de nombreux habitants, la sokamuturra fait partie intégrante des Santio Jaiak (Saint Jacques), les fêtes patronales. Elle s’y mêle aux tamborradas, régates, sardinades populaires, habaneras, sports basques, feux d’artifice.
Dans ce contexte, la manifestation taurine se perçoit comme l’une des nombreuses expressions de la culture populaire locale.
Voir une vidéo de découverte (images Fransua del Pozo)
Une tradition qui suscite le débat
Comme dans d’autres communes du Pays basque, la sokamuturra fait aujourd’hui l’objet de discussions. À l’approche des fêtes 2026, une pétition demandait à la mairie de supprimer cette manifestation. Les auteurs rappelaient notamment l’incident survenu l’année précédente lorsqu’une vache s’en fut prendre un bain dans la baie de Pasai Donibane.
Ce débat illustre les interrogations actuelles autour de l’avenir des traditions taurines populaires, partagées entre attachement patrimonial et préoccupations liées au bien-être animal.
Une reconnaissance officielle
La présence de la sokamuturra à Pasai Donibane ne relève pas d’une simple coutume locale. Les activités taurines de la commune figurent dans les autorisations administratives délivrées par le Gouvernement basque pour les spectacles taurins traditionnels. Pasaia y apparaît avec des séances de suelta de vaquillas en Pasai Donibane.
A voir toute la jeunesse du coin participer activement (ou non) a ce sokamuturra, il est encore permis de penser que corde, vaches et jeunes toros continueront de débouler par les ruelles en vieille pierre de Pasajés de San Juan!. Et qu’on le veuille ou non, tant qu’il y aura cette aficon à la tauromachie de rue, il nous est plaisant de penser qu’il y aura toujours de la place pour la tauromachie traditionnele de la corrida.
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