Villeneuve de Marsan: un nouveau départ
Villeneuve de Marsan: un nouveau départ
Dans le Marsan, il n’y a pas qu’au Plumaçon que l’on peut assister à une corrida. Mardi 4 août, les coquettes arènes de Villeneuve-de-Marsan accueilleront la traditionnelle corrida des Fêtes, organisée par le Cercle Taurin. Romain Garbage, nouveau président de l’association, nous présente son fonctionnement, ses ambitions et les choix qui ont conduit à la composition du prochain cartel.
Tertulias : « Tu es le nouveau président du Cercle Taurin de Villeneuve-de-Marsan. Peux-tu nous présenter l’association, son organisation et ses objectifs ?»
Romain Garbage : « Le Cercle Taurin est une association qui compte entre 90 et 100 membres. Nous avons un bureau de treize personnes qui constitue également la commission taurine. Notre principal objectif est l’organisation de la corrida.
Pour la financer, nous savons très bien qu’il faut également organiser des repas, des soirées, des conférences…
Ensuite, le gros de notre travail reste quand même la corrida. Nous sommes indépendants à 100 %. Nous ne sommes pas en régie avec la municipalité : ce n’est pas la mairie qui assume le déficit, s’il y en a un. Nous sommes totalement indépendants. Nous allons donc chercher des partenaires. »
Tertulias : « Vous êtes donc complètement indépendants dans l’organisation de la corrida. Êtes-vous accompagnés par quelqu’un ou gérez-vous seuls cette organisation ?»
Romain Garbage : « C’est le maestro Richard Millian qui est notre consultant. Il nous permet notamment de rentrer dans les élevages. Il prend les contacts avec les matadors et avec l’ensemble des professionnels. Il s’occupe également de la liaison avec les administrations et nous aide pour les contrats et les questions liées à la sécurité sociale. »
Tertulias : « Quels sont les principaux problèmes que vous rencontrez dans l’organisation de cette corrida ?»
Romain Garbage : « La grosse difficulté, c’est de remplir les arènes. Le problème est de réussir à être attractif dans une arène de troisième catégorie pour faire venir du monde.
On sait que l’on ne peut pas engager des figuras. Il faut donc toujours réussir à trouver un équilibre entre les toreros qui font venir du monde et les jeunes. Nous voulons aussi engager des Français pour leur donner des opportunités.

Nous avons eu la chance d’avoir un matador local, Thomas Dufau. Quand Thomas toréait, nous avions peut-être moins de difficultés à remplir l’arène, car les gens du coin venaient à la corrida. Aujourd’hui, nous avons quand même perdu quelques personnes.
Et puis notre particularité, c’est que la corrida a lieu un mardi soir. Il faut donc réussir à faire bouger les aficionados un soir en semaine. »
Tertulias : «Pourquoi avoir choisi le mardi ?»
Romain Garbage : « Historiquement, chez nos voisins risclois il y avait une corrida le samedi. Le dimanche et (autrefois) le lundi, il y avait une novillada à Hagetmau. Nous nous étions donc positionnés le mardi. »
Tertulias : « Comment est constitué le public qui vient à Villeneuve-de-Marsan ?»
Romain Garbage : « C’est principalement un public local, les gens du cru. Depuis que nous avons mis en place la billetterie en ligne, nous pouvons toutefois mieux suivre l’origine de notre public et nous avons identifié quand même des gens qui viennent d‘autres régions.
Nous avons eu des réservations de personnes venant du Nord-Pas-de-Calais, de Paris ou encore du Sud-Est. Mais principalement, nous avons un public local. »
Tertulias : «Villeneuve-de-Marsan, c’est combien d’habitants ?»
Romain Garbage : « Il y a autant d’habitants que de places aux arènes, soit 2 500 personnes. »
Tertulias : «Comment trouvez-vous l’équilibre financier de cette organisation ? Est-ce que la taquilla suffit ? »
Romain Garbage : « La taquilla représente le gros de nos recettes. Mais ensuite, l’équilibre se fait grâce à nos partenaires. D’ailleurs, j’en profite pour les remercier. Ils sont nombreux à continuer à nous soutenir cette année et nous avons même réussi à en recruter.
Sans eux, réellement – ce n’est pas du politiquement correct de le dire –, sans nos partenaires, il n’y aurait pas de corrida à Villeneuve-de-Marsan.
La mairie nous soutient également avec une subvention. Et puis il y a les repas que nous organisons pendant les Fêtes : un le dimanche et un le mardi midi avec La Table de Marquestau. »
Tertulias : «Quelle est l’identité taurine de Villeneuve-de-Marsan ?»
Romain Garbage : « L’identité s’est créée avec les grands festivals organisés avec l’aide de Manolo Cortes. C’était, on va dire, plus torérista, avec les figuras de l’époque qui venaient à Villeneuve.
Puis il y a eu des novilladas un peu plus dures. Il y a notamment eu des novilladas de Prieto de la Cal. Aujourd’hui, l’identité est davantage torerista.
Nous essayons quand même d’avoir un toro bien présenté et qui donne de l’émotion dans l’arène. Nous cherchons également, quand nous le pouvons, à avoir des toros français. C’est important, je pense, que les arènes de troisième catégorie le fassent. Les ganaderos français ont réalisé un gros travail. Aujourd’hui, il y a de la qualité dans les élevages. »
Tertulias : « Quel bilan tires-tu de la corrida de l’année dernière, même si tu n’étais pas président à l’époque ?»
Romain Garbage : « Je vais commencer par le négatif. Au niveau de la fréquentation, ce n’était pas suffisant. Clairement, nous n’avons pas vendu assez de billets.
Nous avons travaillé pour pouvoir repartir, même si ce n’était pas gagné d’avance. C’est pour cela que nous avons démarré un peu tard : il a fallu travailler avant de repartir.
Après, concernant le bilan de la corrida, je regarde surtout le public en tant qu’organisateur. Je pense que les gens étaient contents. Du côté des toros, il y a eu du très bon. La présentation, je pense qu’elle a été plus que correcte pour une arène de troisième catégorie. Il y a eu du très bon, avec des toros qui ont été plutôt nobles. »
Tertulias : « Et quel est ton retour sur les toreros de l’année dernière ? »
Romain Garbage : « Nous avons vu un Antonio Ferrera qui a triomphé et qui a marqué le public. Ce n’est pas un torero qui plaît à tout le monde. Mais c’est vrai que chez nous, nous avons un public qui a envie de passer un bon moment.
Ce jour-là, Antonio Ferrera a joué le jeu. Il a fait se lever l’arène. Nous avons été enchantés. Nous avons passé un très bon après-midi avec lui.

Ensuite, Juan Leal, lui aussi, a pesé sur le public. Je pense qu« il est apprécié dans notre arène. Il a été moins chanceux au sorteo que Ferrera.
Et puis Garrido, personnellement, je l’ai trouvé très, très bien. Il a notamment été énorme avec des capotazos qui auraient fait lever certains gradins en Andalousie. Mais c’est vrai que notre public est moins sensible à cela. »
Tertulias : « Lorsque vous montez la corrida, comment procédez-vous pour choisir les toros ? »
Romain Garbage : « On va parler de cette année. Cette année, nous avons décidé de repartir et d’aller chez des Français. Cela s’est décidé en réunion, ensemble, après avoir fait un point.
Ensuite, nous avions envie d’amener un peu de nouveauté, de présenter une ganadería qui n’avait pas présenté de corrida complète dans le Sud-Ouest. Nous sommes donc allés visiter des élevages . Nous allons au campo, nous voyons les élevages, nous revenons, nous faisons un débrief.
Ensuite, nous nous accordons en fonction des prix , de la qualiyé des lots et nous prenons la décision. C’est un vote du bureau qui fait office de CTEM : c’est la majorité des treize votants qui l’emporte. »
Tertulias : « Cette année, vous avez choisi de faire une corrida mixte. Pourquoi ?»
Romain Garbage : « Nous avons tous vu que Clovis avait fait une grande saison en 2025. En non piquée, il a gagné le Bolsín de Bougue, celui de Ciudad Rodrigo, et il a été triomphateur dans de nombreuses arènes. Nous nous sommes donc dit : pourquoi ne pas le prendre chez nous, d’autant plus qu’il est apodéré par Thomas Dufau ? »
Tertulias : « Cela vous oblige à avoir deux sobresalientes. Qui seront-ils ?»
Romain Garbage : « C’est un coût supplémentaire et c’est un peu dommage. Mais le règlement nous y oblige. Ce seront Ivan Abasolo pour les matadors et Valentin pour le novillero. »
Tertulias : « Vous avez choisi Fernay. Qu’est-ce qui vous a conduits vers cet élevage ? Peux-tu nous donner quelques éléments sur cette ganadería ?»
Romain Garbage : « Fernay, nous l’avons choisi parce qu’il a eu de très bons résultats. L’année dernière, il a sorti de très bons novillos à Soustons. Dans le Sud-Est, il y a également eu de très bonnes novilladas.
Il y a eu un très bon sobrero à Nîmes pour Solal, il y a deux ou trois ans, auquel le Français a coupé des oreilles.
L’élevage n’est jamais venu dans le Sud-Ouest en corrida. C’est un élevage d’origine Victoriano del Río et Jandilla par Virgen María. C’est une garantie. La corrida, je pense, va en surprendre plusieurs. À l’image de l’année dernière, nous sommes restés sur le même niveau de présentation. »
Tertulias :« Et vous avez choisi le même élevage pour la novillada ?»
Romain Garbage : « Nous voulions, pour faciliter l’organisation, avoir les toros et les novillos du même éleveur.
Nous allons les débarquer dans les corrales, dans les chiqueros à Villeneuve, le matin même..»
Tertulias : « Comment est constitué le cartel de votre festejo ?»
Romain Garbage : « Le cartel initial était Antonio Ferrera, Solal et Clovis.
Antonio Ferrera a triomphé l’année dernière. Nous avons tous été d’accord pour le reprendre cette année. En plus, il a ouvert la Puerta Grande à Madrid lors de la San Isidro. Par ailleurs, il fait un gros effort financier pour venir à Villeneuve. Il faut le souligner parce qu’ils ne le font pas tous. »

Tertulias : Pour conclure sur Ferrera, quelle est ta réaction après les deux corridas compliquées qu’il vient de vivre à Céret et à Mont-de-Marsan ?
Romain Garbage : « C’est vrai que lorsque nous l’avons engagé, quand j’ai vu qu’il prenait deux fois les Escolar Gil, j’ai eu une inquiétude.
Pour Céret, je n’y étais pas, donc je ne peux pas en parler. Mais à Mont-de-Marsan, on peut reconnaître qu’il n’a pas été le Ferera des grands jours. Après, quand on est reçu ainsi , en se faisant siffler dès le début sur une corrida aussi sérieuse… »
Tertulias : Solal forfait, pourquoi avoir pris Dorian Canton ?
Romain Garbage : « Solal triomphateur en 2024 et que nous n’avions pas pu reprendre l’année dernière, s’est blessé à Aire sur l’Adour.
Nous avons donc choisi un local et un habitué de Villeneuve-de-Marsan, à savoir Dorian Canton.

Nous voulions lui donner cette opportunité de revenir dans l’arène où il a pris son alternative. Il a été très bien à Mont-de-Marsan jeudi dernier, parce qu’il a vraiment marqué le public. Il a montré à tout le monde qu’il était capable, au même titre que les matadors espagnols, de toréer dans des arènes, qu’elles soient de première ou de troisième catégorie.
Et donc Clovis ferme le cartel. C’est par lui que nous avons commencé, en fait. C’est original, parce que souvent, on commence par le chef de lidia.
Le choix ne s’est pas fait uniquement par rapport à Thomas Dufau. Partout où Clovis est passé, il a triomphé, il a gagné des Bolsins importants. En plus, il vient de triompher à Mont-de-Marsan. »

Tertulias : Quelle est votre politique tarifaire ?
Romain Garbage : « Avec l’aide de l’UVTF, nous proposons 150 places gratuites pour les moins de 25 ans. C’est donc 150 places gratuites et c’est positif : il n’en reste que très peu à vendre.
Ensuite, nous avons les places les moins chères à 30 euros, la barrière soleil à 60 euros, la barrière ombre à 65 euros et la place la moins chère à l’ombre à 35 euros.
Pour l’instant, le démarrage des réservations est plutôt encourageant. Je pense que les gens attendent ale dernier moment. Il y a les chaleurs qui perturbent également les gens. »
Tertulias : Mardi 4 août, qu’est-ce qui sera le plus important : le résultat financier ou le résultat artistique? »
Romain Garbage : « Je vais dire un peu les deux. Si nous faisons une très bonne année financièrement mais que le spectacle n’est pas abouti, les gens ne reviendront pas.
Le résultat artistique, bien sûr que nous en avons envie. Nous travaillons pendant un an pour que cela se passe bien dans les arènes.
Le résultat financier est primordial parce que, si nous voulons repartir l’année prochaine, il nous faut quand même des arènes aux trois quarts pleines mardi. »
Suerte à la nouvelle équipe du Cercle Taurin de Villeneuve-de-Marsan.
La réservation pour la corrida est possible sur internet : billetterie.festik.net/corridavilleneuve
Elle est également possible depuis le 27 juillet, directement au siège du Cercle Taurin, place des États du Marsan à Villeneuve-de-Marsan, ou par téléphone au 09 86 06 02 57.
La réservation pour le repas de l’Aficion, le 4 août à midi, se fait sur HelloAsso ou par téléphone au 06 07 54 70 56 ou 06 47 53 68 92.
Propos recueillis par Thierry Reboul
