Víctor Hernández : le courage immobile
Víctor Hernández : le courage immobile
Dans une arène, il est des émotions qui se vivent avec les tripes avant que le temps de l’analyse ne vienne les rationnaliser. Encore faudrait-il que cela soit du domaine du possible, car objectivité et ressenti ne font pas vraiment bon ménage.
En ce 4 juin à Madrid, face à un toro compliqué de Santiago Domecq, Victor Hernandez sans triompher, sans couper d’oreille a écrit une page importante de son histoire. Costume déchiré, presqu’en lambeaux, miraculeusement épargné par la corne aux intentions belliqueuses de son adversaire, le torero madrilène n’a pas perdu un pouce de terrain revenant sans hésiter dans la fournaise d’un combat « à la vie, à la mort ».

C’est précisément dans ces instants où le courage semble s’affranchir de toute logique que certains aficionados voient ressurgir des souvenirs que l’on croyait appartenir au passé.
Ces derniers temps, une petite musique revient, lancinante, comme le refrain d’un tube de l’été. Quand Víctor Hernández torée, c’est l’héritier spirituel de José Tomas qui est en piste.
La référence n’est pas anodine. La tauromachie a toujours aimé les comparaisons. Chaque génération cherche dans les jeunes toreros l’écho des figures qui l’ont marquée. Pourtant, les véritables artistes devraient échapper aux raccourcis. Ils possèdent une voix propre, une personnalité qui refuse les filiations trop évidentes.
José Tomás appartient à l’histoire. Il représente une époque, un mystère, une trajectoire personnelle que personne ne pourra reproduire. Sa personnalité est unique. Les légendes ne laissent pas de successeurs ; elles laissent des traces.
Au fond, la véritable filiation entre les grands toreros ne se situe ni dans les gestes ni dans les styles. Elle réside dans cette capacité à provoquer chez l’aficionado des émotions que l’on croyait oubliées.

Chez Víctor Hernández, il y a une manière singulière de regarder le danger en face sans lui accorder davantage d’importance qu’il n’en mérite. Visage impavide, corps ancré au sol, son courage ne se manifeste pas dans l’agitation mais dans l’immobilité. Il ne cherche pas à vaincre la peur ; il semble simplement refuser qu’elle intervienne dans ses décisions. Chez Víctor Hernández, le danger ne disparaît jamais ; il cesse simplement d’être un élément perturbateur. Il est intégré à l’équation, accepté comme une donnée incontournable.
C’est probablement là que réside l’une des clés de son toreo.
À l’heure où même la tauromachie est parfois sommée de produire des émotions immédiates, Víctor Hernández propose un temps différent. L’action est ralentie, les trajectoires étirées. Ses faenas ne reposent pas uniquement sur la proximité ou sur l’exposition, mais sur une recherche permanente de profondeur dans une recherche de plénitude intérieure, son corps devenant l’instrument d’une émotion.

Son expression est celle d’un homme d’aujourd’hui, avec ses références certes mais aussi sa propre vérité: la sincérité absolue. Cette impression que rien n’est calculé pour séduire, que tout est mis au service d’une quête intérieure. Une quête où le courage n’est pas un spectacle mais une nécessité, où le silence compte autant que les applaudissements.
Víctor Hernández est un jeune torero. Si Paris ne s’est pas faite en un jour, il en va de même des toreros qui ont marqué l’histoire. Il est encore trop tôt pour avoir des certitudes sur les traces qu’il laissera dans les esprits et les souvenirs futurs de l’aficionado. Danser avec la mort n’est pas un exercice aisé et à la finalité bien aléatoire.
Au-delà de toute comparaison, Víctor Hernández a quelque chose que seuls quelques toreros parviennent à atteindre. Cette faculté de nous rappeler, l’espace de quelques passes, pourquoi nous sommes tombés amoureux de la tauromachie.

N’exigeons rien d’autre de lui que de rester fidèle à lui-même. Que cette quête d’absolu devienne aussi la nôtre, qu’il ne renonce pas au nom d’intérêts pas toujours compatibles avec la liberté d’être lui-même. Alors, de succession on ne parlera plus.
Le seul héritage sera celui que ce jeune homme de vingt-sept ans voudra bien nous laisser après chaque après-midi où paré de lumières, sans démonstration inutile, et avec conviction il nous livrera pudique mais déterminé sa vérité.
Philippe Latour

Bonsoir
Qui peux m expliquer comment sont embauchés le banderilleros ?
Merci
Ce sont les matadors qui les embauchent. En fonction du nombre de contrats honorés la saison précédentes, le matador doit avoir une cuadrilla fixe pour la temporada. Ceux qui ont eu moins de contrats les embauchent course par course.