Beaucaire : novillada de Valverde sans éclat.
Beaucaire : novillada de Valverde sans éclat.
Fidèle à sa fibre torista, l’ATB avait choisi pour sa novillada des fêtes de la Madeleine, le prestigieux fer du Curé de Valverde, propriété de Jean-Luc Couturier, d’encaste Conde de la Corte-Domecq par El Torero. C’est devant une assemblée plus intimiste que celle de la matinée que s’est déroulée la course. Gage de sérieux, les clarines retentissent à 18 heures pétantes.
Résumé
Les toros
Disons-le tout de suite : la déception est venue des pensionnaires du domaine de Coste-Haute. Une déception à la hauteur des attentes. Correctement armés en pointe, mais de trapío modeste à l’exception notable du sixième, supérieur, les novillos de Valverde ont manqué de mobilité et de moteur, hormis le tambour-major et, à un degré moindre, celui qui clôturait la course.
Au cheval, ils ont rempli leur devoir en trois rencontres, à l’exception des troisième et cinquième, qui prirent respectivement deux et une ration de fer. Question style, on eut droit à un peu de tout, mais surtout à beaucoup d’hésitations et de distances raccourcies, des étriers que l’on entendit souvent sonner, des sorties sans y être invités et des poussées modestes, souvent sur une seule corne. Aucune poussée franche et fixe en mettant les rognons, aucune arrancada à grande distance. Bref, une bravoure toute relative et des novillos qui, une fois passé le premier tiers, s’éteignirent rapidement.
Les toreros
La terna du jour réunissait deux Espagnols : le Madrilène Pepe Luis Cirugeda, vainqueur l’an dernier de l’Oreille d’or de l’ATB, et le Salmantin Pedro Andrés. Le jeune espoir péruvien Pedro Luis complétait l’affiche. Ce dernier nous a paru le plus aguerri techniquement, même si son maniement des aciers ne fut pas à la hauteur de son travail à la muleta. Pepe Luis Cirugeda et Pedro Andrés ont, quant à eux, tiré leur épingle du jeu en coupant chacun une oreille.
La novillada vue par l’objectif de Daniel Chicot
Fiche Technique
- Beaucaire. Arènes Paul Laurent. Novillada. 6 novillos de Curé de Valverde
- Pepé Luis Cirugeda ( Ciel et or) : Oreille – Silence
- Pedro Andres (Blanc et argent) : Salut – Oreille
- Pedro Luis (Bleu roi et or) : Salut – Silence (2 avis)
- 15 piques. Cavalerie Heyral.
- Président : Monsieur Chambon.
- Entrée : 1/3
- Passages nuageux, température estivale. Vent se levant à la mi-course.
- Oreille d’Or de l’ATB à Pedro Andres
- Accessit : Pepe Luis Cirugeda
- Prix du meilleur banderillero : Thomas Ubeda
- Prix du meilleur picador non attribué.
Novillo à novillo
Pepe Luis Cirugeda
1° novillo N° 7– 09/2022
Pepe Luis Cirugeda accueille son premier adversaire à porta gayola. Fin, colorado ojo de perdiz, bizco et astifino, le novillo prend trois piques : la première sur l’arrière du peto, puis deux autres rencontres dont il sort seul, malgré une belle arrancada à la dernière. David Adalid sort bousculé sans mal de la troisième paire de banderilles.
Après un brindis personnel, Cirugeda entreprend à droite un adversaire à la charge courte mais répondant correctement aux sollicitations. Le Madrilène, peu croisé, abuse du pico à gauche avant de parvenir progressivement à mieux se centrer. L’ensemble manque toutefois de domination face à un novillo qui conserve la gueule fermée. Manoletinas finales ajustées, suivies d’une entière légèrement tombée. La pétition jugée majoritaire lui permet de couper une oreille. Palmas au novillo.
4° novillo N° 500 – 09/2022
Le quatrième est de petit format et armé brocho. Il prend trois piques, toutes peu poussées, malgré une belle embestida lors de la dernière rencontre. La prestation du picador est appréciée par le public.
Parado dès le deuxième tiers, le novillo met en difficulté le très expérimenté David Adalid. Pépé Luis Cirugeda débute sa faena à genoux. Mais, face à un adversaire manquant singulièrement de mobilité, elle ne décollera jamais. La travail muleteril se résume donc à une succession de muletazos arrachés sur les deux bords mais on ne peut lui en vouloir car il est difficile de tirer de l’eau d’un puit tari. L’épée est laborieuse et le descabello l’est tout autant. Silences partagés.
Pedro Andres
2° novillo N° 85 – 10/2022
En deuxième position, Pedro Andres reçoit un negro offensivement armé, abanto à sa sortie. Le capoteo reste anodin. Le novillo fait sonner les étriers lors de la première rencontre, puis reçoit une deuxième pique carioquée dont il sort seul, et finalement, doit être rapproché du cheval pour une troisième rencontre.
Tardo et avisé à la sortie du tercio de varas, l’animal n’offre que peu d’options au jeune Salmantin. Celui-ci arrache avec courage quelques muletazos isolés à ce véritable bloc de marbre, qui recule à chaque toque de muleta. Malgré plusieurs changements de terrain intelligents, rien n’y fait. Pedro Andrés conclut d’une belle entière caidita mais rapidement efficace. Salut. Silence à la dépouille.
5° novillo N° 8 – 10/2022
Pedro Andrés se rend à porta gayola pour accueillir son second adversaire. La sortie des chiqueros est interminable. Comme ses congénères, le novillo se montre peu intéressé par les capotes. Le Salmantin a toutefois le mérite de réveiller le public par un capoteo volontaire, permettant de fixer l’animal dans les plis de sa cape.
Une seule pique est jugée suffisante au regard des signes de faiblesse affichés et des tercios de varas précédents, dans l’espoir de préserver un peu de charge. La faena débute à genoux pour les deux protagonistes, le novillo y étant contraint par sa faiblesse. Une belle série droitière déclenche la musique, rapidement interrompue après un désarmé sur la corne gauche. L’animal baisse rapidement de ton et finit par s’arrêter en milieu de passe. Une grande estocade vaut à elle seule l’oreille accordée.
Pedro Luis
3° novillo N° 94 – 10/2022
Avec le jeune espoir péruvien, Pedro Luis, le plus expérimenté du cartel, la course monte d’un ton. Son premier adversaire, negro, ne répond pas aux sollicitations des capes et manifeste rapidement des signes de mansedumbre. Le Péruvien parvient néanmoins à l’intéresser en gagnant le centre. Le novillo pousse par à-coups lors de la première rencontre, puis sort seul du picotazo suivant. Le diestro juge le châtiment suffisant.
Pedro Luis débute sa faena avec autorité face à un adversaire qu’il faut consentir. Il l’embarque à droite en mettant la jambe et enchaîne des derechazos qui déclenchent la musique. Les naturelles sont également de bonne facture, même si la muleta est trop souvent accrochée. Le novillo finit par chercher refuge aux planches, incitant le torero à abréger. Deux pinchazos précèdant une entière efficace, lui font perdre un trophée qui semblait acquis. Salut. Silence au novillo.
6° novillo N° 83 – 09/2022
Le dernier, bien présenté et sérieusement armé, est applaudi à sa sortie. Après un capoteo brouillon, il est mal mis en suerte pour une première pique dont il sort seul, prend la deuxième sur le passage, puis le picador s’affranchit des lignes pour aller le chercher au centre du ruedo pour une ultime ration de fer.
Le novillo inspire la crainte et les banderilleros posent les bâtonnets un à un, au razet. Distrait, l’animal sort de chaque passe en regardant vers les gradins. Malgré cela, Pedro Luis parvient à capter son attention et à lui arracher quelques séries droitières estimables. Comme ses frères, le bicho baisse rapidement de régime, obligeant le Péruvien à écourter. Ses échecs répétés avec l’épée, sanctionnés par deux avis, viennent ternir sa prestation. Silences partagés.
Conclusion
Ainsi s’achève la classique novillada d’encaste minoritaire chère à l’ATB. Félicitations à l’aficion et la ténacité des organisateurs dont on aurait aimé que les efforts soient récompensés par une meilleure entrée. Les novillos de Jean Louis Couturier nous doivent une revanche. Comme à l’accoutumée les prix ont été remis en piste, à l’issue de la course .
Olivier Castelnau


























































