Madrid, les nouveaux inquisiteurs
Madrid, les nouveaux inquisiteurs
L’émotion intacte
Coquetterie de midinette ? Le parvis de Las Ventas et sa silhouette imposante m’émeuvent toujours autant. Sans doute parce qu’il m’a fallu attendre trente ans avant d’en franchir les portes, trente ans à la rêver à travers les récits, les reseñas et les vidéos. Depuis vingt ans désormais, nos rendez-vous sont réguliers, mais l’émotion demeure intacte.
Cette année j’ai choisi le dernier sprint de la San Isidro pour poser mon séant sur le béton pas toujours très confortable de mon arène de cœur.
Ce petit séjour commence par une corrida de José Escolar avec trois habitués des rudes batailles Pepe Moral, Damian Castaño et Gomez del Pilar. Côté piétons, ce sont les mêmes têtes vues quelques jours auparavant lors de la feria de Vic.
Le Rosco et les gardiens du temple
Quitte à faire un voyage dans le torisme, c’est au tendido 7 que j’ai pris mon billet. Trois rangs plus haut trône le Rosco et son chapeau de paille à large bord, figure emblématique de ce rincon de grincheux invétérés. Madrid a toujours eu ses censeurs, ses gardiens du temple et ses protestataires professionnels.

Mal nécessaire diront les uns, pour conserver un peu de sérieux à Madrid. Mal tout court diront les autres lassés de protestations qui ressemblent plus à une vaniteuse envie de se donner en spectacle que de garantir à tout crin un spectacle intègre.
Le respect des batailles difficiles
En ce jour d’Escolar, les trublions du 7 resteront bien calmes et presque sages. Il faut dire que des chiqueros sortirent six exemplaires à la présentation soignée et aux cornes acérées qui méritent que l’on donne le respect à ceux qui les affrontent.

Dommage que ces grises estampes, la plupart applaudies à leur sortie, ne mirent pas leur sournoiserie et leur dureté au service d’un combat plus intense sous la morsure des lanciers qui ont souvent bien du mal à piquer au bon endroit. Peur de mal faire, pression de Madrid ? Les hommes au castoreño subissent quelques remarques acerbes si le B-A-BA des livres n’est pas respecté. Le désormais célèbre « Picador !!! Que malo eres ! » doit faire mal à bien des varilargueros, quand tête basse ils regagnent l’arrière-cour des arènes après leur besogne accomplie.
Ce ne fut pas ou peu le cas lors de cette corrida. L’ire des puristes se dirigea plutôt vers les châtiments pas assez appuyés de certains qui déclenchèrent les « Se va sin picar » remplaçant du plus habituel « Se va sin torear ».
Notre Rosco donc prit plus de plaisir à avaler goulûment une belle rasade d’un quelconque tinto qui s’écoulait d’une gourde qu’on lui tendit qu’avec les combats des Escolar. “Se queda corto el toro -Es un Sanatas – Es un hijo de p…” furent ses quelques sentences qui descendirent jusqu’à mes oreilles.
Dans ce cas-là, au 7 comme dans toute l’arène le respect se donne à ceux qui combattent de tels animaux. Avec leurs armes, leurs qualités et leurs défauts et surtout avec leur vérité et leur sincérité. C’est ce que firent Damian Castaño et Gomez del Pilar.
Toute l’arène ? Pas tout à fait. Car depuis quelques années, une autre forme de radicalité a trouvé refuge dans les gradins de Las Ventas.
Les nouveaux inquisiteurs
Du côté des gradas du tendido 6 se trouvent au dernier rang les nouveaux extrémistes de Las Ventas. Plutôt jeunes, ces nouveaux radicaux prennent plaisir dans la protestation systématique. Alors que le cadet des Castaño venait de faire un effort, certes manquant de maîtrise, face au durissime cinquième, l’arène se mit debout. Elle exigea du torero qu’il fit une vuelta. On lui témoigna de la considération pour avoir joué son intégrité physique avec telle adversité. Elle avait d’ailleurs, fait prendre le chemin de l’infirmerie à son banderillero Rubén Sánchez.

Quand il passa dans l’axe de cette nouvelle frange contestataire, il fallait les voir nos nouveaux fondamentalistes. C’est à grand renfort de gestes qu’ils essayèrent de faire comprendre au torero qu’il ne méritait pas ce tour de piste et avait failli dans la tâche assignée. Heureusement que la clameur générale couvrait leurs paroles accompagnant ces gestes dédaigneux. En toute chose le dogmatisme est mauvais et l’intelligence situationnelle doit prévaloir sur la lettre sans esprit. C’est en tout cas ce que je pense…
Mesdames (il y a des dames dans le lot) et messieurs de la grada du 6, à vous entendre juger ceux qui affrontent réellement le danger, on se prend à rêver que vous vous appliquiez à votre propre existence la même intransigeance que celle que vous réclamez.
Beaucoup d’aficionados n’aiment pas cette nouvelle aficion « ginto » que Plaza 1 a fait venir aux arènes avec son marketing efficace. Doit-on aimer cette jeunesse contestataire qui ne semble pas savoir séparer le bon grain de l’ivraie ?
Il faut bien, paraît-il, que jeunesse se passe! Alors que celle-ci passe vite. Et si la capacité de s’indigner reste toujours plus souhaitable que celle de suivre sans broncher, il est des valeurs dont il est bon de ne jamais se départir quand il s’agit de juger autrui..
Philippe

siffler un toro et huer un torero, aussi mauvais qu’ils puissent etre, m’ont toujours paru etre un des signes de la bassesse abjecte dont l’homme peut faire preuve ,en beaucoup d’autres domaines, tout au long de sa misérable vie.
tres joli billet philippe.ca fait chaud au coeur.