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Arles : Roca Rey coupe un rabo los d’une Goyesque sans mesure.

Arles : Roca Rey coupe un rabo los d’une Goyesque sans mesure.

Ce samedi 12 septembre 2026, n’est pas un jour comme les autres : il célèbre deux évènements. A Arles c’est le jour de la traditionnelle « Goyesque » de la féria des prémices du riz ; un peu plus au nord, Céline Dion donne le premier de ses concerts parisiens. Sur le degré de préparation de la star québécoise, aucun doute : elle répète inlassablement et avec abnégation. Restait à espérer que, à Arles, les toros de Jandilla en fassent autant.

La Goyesque d’Arles est un rendez-vous particulier. Lors de la récente interview qu’il accordait à Tertulias, Jean-Baptiste Jalabert définissait ainsi son public : « Un grand public qui ne vient qu’une fois par an aux arènes. » Le public du jour s’est effectivement montré festif et peu exigeant, avec des réactions qui ont pu souvent paraître déconcertantes, voire inappropriées, aux aficionados présents, largement minoritaires. Cette ambiance a contribué au bilan quelque peu triomphaliste de la tarde, avec la bienveillance d’une présidence à la fois très généreuse sur l’octroi des récompenses et peu observante du chronomètre.

Le triomphe de Roca Rey et de Marco Pérez, à l’issue d’une course interminable de 3h30 débutée à 17h et terminée sous les lampions, aura néanmoins comblé la grande majorité des spectateurs qui auront obtenu ce qu’ils étaient venus chercher : des étoiles plein les yeux jusqu’à l’année prochaine.

Résumé
Les toros

Cinq toros de Jandilla et un de Vegahermosa composent un lot homogène, affichant de 490 à 540 kg, pour un promedio de 519 kg. L’ensemble est juste de trapío pour la catégorie de la place et très commode de tête. La palme revient au cinquième, dont le berceau et si étroit qu’il permit à Roca Rey soulevé, de se retrouver coincé entre les deux pitons et d’éviter la cornada malgré les coups de tête. Sorti en deuxième position, l’exemplaire de Vegahermosa présente, quant à lui, le gabarit d’un novillo. Le mieux fait est le sixième, un jabonero sucio enmorillado.

Voilà pour le plumage. Côté ramage, le manque de race est une constante, même si chacun des bichos possède une embestida permettant aux trois piétons de s’exprimer. De l’envoi, on retiendra le troisième pour la franchise de sa charge en début de faena et le cinquième qui, bien que soso, répond aux sollicitations. Aucun des deux ne méritait toutefois les honneurs de la vuelta posthume. Le quatrième Jandilla reste inédit, s’étant brisé le piton gauche à la base lors d’un violent remate contre un burladero. Il est remplacé par un sobrero de Román Sorando Herranz, d’origine Domecq par Daniel Ruiz, qui se révèle lui aussi deslucido.

Au cheval, strictement rien à signaler : deux rencontres réglementaires et des tercios de varas rapidement menés, afin de ne pas déplaire à un public qui n’était manifestement pas venu pour cela. On vit même un peón de Roca Rey venir retirer le toro du cheval par un quite coleando, alors que l’animal venait tout juste d’être châtié.

Les toreros            

Les trois diestros composant le cartel du jour arrivent en pleine forme, tous auréolés de triomphes récents.

Les gestes les plus remarqués de la tarde sont à mettre au crédit du Sévillan Juan Ortega. Il n’a pas été verni. En premier lieu, il hérite d’un toro dont chaque embestida s’achève par des coups de tête désordonnés et qui offre peu de possibilités. Son second Jandilla, qui se brise une corne contre un burladero, doit laisser sa place à un sobrero de Sorando Herranz, compliqué et dangereux. Ortega l’entreprend avec sérieux et engagement, sans que le public perçoive réellement la valeur de sa faena. Autant dire que nous devrons attendre pour humer le flacon aux senteurs de romarin.

Roca Rey exerce un pouvoir incontestable sur les toros. Cette qualité, alliée à un courage hors norme, fait indiscutablement de lui le numéro un actuel. La vive émotion provoquée par son spectaculaire accrochage face à son second adversaire, puis la détermination avec laquelle il reprend sa faena exactement là où il l’avait interrompue, lui permettent d’obtenir les trophées maxima. Avec trois oreilles et un rabo, il sort grand vainqueur de cette édition 2026.

Marco Pérez fait preuve d’une entrega permanente et d’une motivation sans borne. Sa tauromachie, encore précipitée et parfois brouillonne, ne demande qu’à gagner en profondeur et à s’épanouir. Il coupe deux oreilles après un estoconazo porté à son premier adversaire. Face au dernier, ses hésitations avec l’épée lui coûtent un succès plus conséquent.

La corrida vue par l’objectif de Daniel Chicot
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Fiche Technique
  • Arles. Féria des Prémices du Riz. Corrida goyesque. 1ère de féria. Toros de Jandilla, Vegahermosa (2) Sorando Herranz (4bis) pour :
    • Juan Ortega (Vert bouteille et noir, taleguilla crème) :  Oreille – Silence
    • Roca Rey (Mauve et noir) :  Oreille (avis)– 2 oreilles et queue
    • Marco Pérez (Turquoise et noir) :  2 Oreilles – Silence (avis)
  • 13 piques, Cavalerie Bonijol
  • Présidente : Madame Frédérique Fernay
  • Vuelta al ruedo : Bravio (Jandilla) n°118 et Vicioso (Jandilla) n°100
  • Sortie à hombros de Roca Rey et Marco Pérez.
  • Entrée 4/5 éme
  • Grand bleu.  Température estivale.
Toro à toro
Juan Ortega
1° toro – N° 121 – 535 Kg  Jandilla.

Le premier est un negro mulato aux pointes rentrantes. Il charge avec violence et ne permet à Juan Ortega, que d’esquisser quelques détails au capote.

Après deux légères piques en faisant sonner les étriers, le quite se révèle plus abouti que le capoteo d’ouverture. Ortega cite en sautant pieds joints pour un enchainement chicuelinas et véroniques suaves.

Le Sévillan débute genou ployé avec autorité, face à un toro prompt à se retourner. L’animal a du moteur, mais termine ses charges par des hachazos désordonnés. Sur le piton gauche, Ortega manque d’être surpris par un retour intempestif. La faena est trop décousue pour connecter avec le public et ce n’est pas la séquence de molinetes qui changera la donne. Bref pas de matière susceptible de convenir à la tauromachie délicate de l’Andalou.

Ortega conclut d’un vilain bajonazo qui aurait du lui valoir la désapprobation du public qui au lieu de ça réclame un pavillon que le palco délivrera après moult hésitations.

4°toro bis – N°35 – 505 kg Sorando Herrantz

Le quatrième de Jandilla se brise la corne droite en rematant contre un burladero. Il est remplacé par un petit rouquin aux yeux noirs de Sorando Herranz.

Le bicho s’emploie peu au capote et a même l’outrecuidance de désarmer Juan Ortega avant de le poursuivre dangereusement jusqu’au burladero. Il s’en est fallu de peu. Très durement châtié lors de la première rencontre, il sort seul des deux suivantes.

On pensait que l’affaire allait tourner court devant un animal peu docile. Ortega allait-il se débarrasser du voyou ou tenter de s’arimer ? Pour notre plus grand plaisir, il choisit la seconde option. Après un début le bras appuyé sur la talanquère, il gagne progressivement le centre. Il construit une faena essentiellement gauchère, sérieuse et appliquée mais peu spectaculaire. Le tout se déroule donc sous les invectives d’un public profane et particulièrement bruyant. Une entière desprendida met un terme à l’affrontement. Silence pour les deux protagonistes.

Roca Rey
2° toro – N°13 – 490 kg Vegahermosa

Le deuxième, seul Vegahermosa du lot, est anovillado et juste de force. Le châssis modeste du toro face à la stature athlétique du péruvien donne une impression de disproportion.

Le passage au cheval est une simple formalité et le tercio de banderilles est médiocre.

Roca Rey débute sa faena par des statuaires millimétrées et un changement dans le dos. Dès la première série à droite, il s’agit de montrer qui commande. Le passage à gauche est moins convaincant. Comme le précédent, l’embestida est dépourvue de classe et ponctuée de hachazos. Curieusement placée au milieu de la faena, une série de luquesinas précède des circulaires qui réveillent enfin le public. Roca Rey porte une entière contraire après avis. L’oreille accordée est généreuse au regard de la faena mais est justifiée par le coup d’épée.

5°toro – N°100– 540 kg Jandilla

Le cinquième possède une armure indigne de la place. Le berceau est particulièrement étroit ce qui constituera lors de son accrochage, la véritable planche de salut du Péruvien.

Rien à signaler du passage à la cape si ce n’est un joli quite par chicuelinas et tafalleras., pas plus que les deux rencontres avec la cavalerie.

Roca Rey débute sa faena à genoux avec cette précision millimétrée qui constitue sa marque de fabrique. Face à cet adversaire soso, il trouve matière lui permettant d’asseoir sa tauromachie dominatrice. De manière inattendue, alors que tout se passait au mieux dans le meilleur des mondes, le Roi se fait surprendre et se retrouve enfermé, prisonnier du petit berceau, évitant ainsi la cornada malgré les grands coups de tête. Le toro finit par être immobilisé par l’ensemble des piétons, à la manière des forcados lors des touradas, et Roca Rey dégagé. Après les ablutions d’usage, Andrés reprend exactement là où il s’était arrêté à la note musicale précise. Après tant d’émotions, le public savamment harangué est rendu. Des bernadinas ajustées concluent la faena avant une grande épée, rapidement efficace.

Inflation de mouchoirs au palco. Trois blancs et un bleu, si j’ai bien compté !

Marco Pérez
3° toro – N°118 – 500 kg Jandilla

Le troisième, terciado, est accueilli par un capoteo de rodillas qui, curieusement, porte peu sur le public. Le jeune Salmantin réalise ensuite une belle mise en suerte par chicuelinas marchées là aussi peu remarquée… Deux picotazos suffisent au bicho et satisfont pleinement les tendidos. Le picador reçoit même une grande ovation pour avoir eu le mérite d’avoir su se retenir.

Marco Pérez commence son travail muleteril au centre par un changement dans le dos, puis poursuit de rodillas. Cette fois, le conclave se réveille : musique et chants lyriques accompagnent les premiers muletazos. Le toro est noble et boit la muleta sur les deux pitons. Las, il baisse rapidement de régime et la faena va dès lors inexorablement, aller a menos. Marco tente alors de relancer la machine en se mettant à genoux et en insistant. La musique, à l’inverse de la montre de Mme la Présidente, ne s’arrête pas. Nous en sommes à la troisième reprise du paso.  

Heureusement l’entière est dans la croix et produit un effet instantané. Deux oreilles tombent. Généreuses, mais pourquoi pas. En revanche, la vuelta posthume à la dépouille est totalement hors de propos, pour un toro à peine piqué et rapidement éteint.

6°toro – N°81 – 530 kg Jandilla

Marco Pérez accueille l’ultime a porta gayola, au son de la musique. Le toro est économisé en deux picotazos. Un quite bienvenu par chicuelinas et tafalleras précède un brindis au maestro Péruvien.

L’animal répète sur les deux pitons, mais sans le moindre éclat. Le Salamantin enchaîne les passes, sans profondeur, abusant du pico. Les bilbaínas inversées, répétées, au terme d’une faena très longue, n’auront aucun effet sur le public, ni sur le toro qui s’éteint en même temps que la lumière du jour.

L’avis finit par retentir. Deux pinchazos, puis une demi-lame mettent un terme au labeur. Double silence.

Conclusion

Au moment où, à Paris, Céline entonne Pour que tu m’aimes encore, nous quittons dans la nuit noire le cirque romain, après avoir accompagné triomphalement Roca Rey et Marco Pérez, dans la descente des escaliers du vieil amphithéâtre. Ces deux-là peuvent être rassurés : à Arles, ils n’auront pas besoin de supplier pour qu’on les aime encore.

Olivier Castelnau

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