Jean-Baptiste Jalabert : une vie dans les toros
Jean-Baptiste Jalabert : une vie dans les toros
Entre une corrida à Palencia, dans le sillage de Marco Pérez, et un détour par Mérida pour embarquer des toros à destination de la Feria d’Arles, c’est à Bayonne que nous avons pu rencontrer Jean-Baptiste Jalabert, professionnel taurin aux multiples facettes. L’époque du torero appartient désormais au passé. Mais qu’il s’agisse de Juan Bautista ou de Jean-Baptiste Jalabert, le monde des toros demeure le fil conducteur d’une vie qu’il ne pourrait imaginer loin de l’afición.
Juan Bautista
Tertulias : Quand on arrête de toréer, qu’est-ce qui est le plus difficile ? Ne plus toréer ou ne plus ressentir les émotions et tout ce qui entoure le torero?
Jean-Baptiste Jalabert : Quand je décide d’arrêter de toréer- ma décision se prend à la fin de la saison 2018 – je venais de perdre quelques mois auparavant mon père. J’étais déjà empresa des arènes d’Arles avec la société actuelle, associé avec ma sœur et Alain Lartigue.
Il y avait un relais à prendre sur différentes activités que gérait mon père, notamment la propriété, l’élevage, d’autres affaires familiales. J’avais 20 ans d’alternative.
Je n’ai pas eu de doute sur le fait que, tout d’abord, mon aventure que j’avais menée jusque-là avec mon père, j’y voyais moins de sens à la continuer tout seul, en tout cas j’en avais moins envie. Et puis, il fallait continuer certaines activités qui avaient été gérées par mon papa. Il n’était plus là. Il fallait donc prendre la suite . J’ai ressenti que c’était le moment aussi, parce que ça faisait 20 ans que je toréais.
Enfin, tout coïncidait pour que, bien que pas facile, ça n’a pas été dur de prendre cette décision. C’était une logique qui s’est imposée à moi, la fin d’une certaine aventure. Je prends personnellement la décision au début de l’été de façon secrète.

Je me retrouvais à faire le paseo dans certaines arènes, sachant que c’était la dernière fois mais personne ne le savait. C’était un peu particulier. Je l’ai annoncé à ma cuadrilla, au mois de septembre dix jours avant l’annonce officielle à Arles. Ce jour-là j’annonçe que je referais seulement une corrida sur la temporada 2019 et que ce serait ma corrida de despedida.
En finissant la temporada 2018 – ma dernière course a eu lieu à Saragosse – j’ai rangé capes et muletas pendant plusieurs mois, pour me consacrer à toutes les autres activités. J’ai fait cette pause et j’ai repris au printemps pour préparer la goyesque des adieux. Cela n’a pas été particulièrement dur, en cela que cet arrêt était le commencement d’une autre étape.
Tertulias : Pourtant tu vas à nouveau revêtir le costume de lumières en 2025 ?
Jean-Baptiste Jalabert : L’an dernier, je me suis fait ce plaisir de retoréer une corrida en partageant l’affiche avec Marco. C’était quelque chose dont on avait parlé ensemble et que l’on avait en tête tous les deux. Il souhaitait que je lui donne l’alternative mais j’ai préféré que ce ne soit pas le cas. Par contre, je lui ai promis la réalisation de ce projet de toréer ensemble. On l’a fait à Istres, c’était une super après-midi.

J’avais là aussi, tout rangé, capes et muletas. Durant toutes ces années, ça m’est arrivé de toréer une vache à La Chassagne, ou parfois lors d’une tienta de Marco, de sortir le capote. En fait, ce n’est pas quelque chose que j’ai recherché car cela ne m’a pas manqué.
Quand j’ai tourné cette page, du callejon, on voit les choses différemment et on donne encore plus d’importance à ceux qui se mettent devant le toro car à froid on se rend encore plus compte de la dureté de se mettre devant cet animal. J’ai pris du plaisir à préparer cette corrida, à la toréer mais le soir même j’ai tout rangé à nouveau et je n’ai rien touché ou presque rien.
Tertulias : Ça n’a même pas réveillé une envie de revenir ponctuellement pour quelques événements pour le plaisir?
Jean-Baptiste Jalabert : Non pas du tout. Cela a été dur de préparer cette corrida d’Istres. La pause a été longue.
Tertulias : Et qu’est-ce qui est le plus dur ? Le physique ?
Jean-Baptiste Jalabert : Oui. L’activité que j’ai implique beaucoup de voyages et de trajets en voitures. A cela tu ajoutes quelques bons repas avec ce qui va avec, et sans oublier que je suis un fumeur. J’ai 45 ans et la condition physique, je ne l’avais plus du tout.
J’ai pris un préparateur physique qui m’a aidé d’abord à retrouver une forme correcte. Il a fallu perdre 10 kilos pour la corrida. Je me suis préparé sérieusement, car je voulais donner une bonne image, prendre du plaisir, et puis ne pas rendre l’histoire trop facile à Marco (sourires).
Tertulias : Et cette préparation physique a t-elle fait partie du plaisir?
Jean-Baptiste Jalabert : Oui, parce que je l’ai partagé avec Marco, mais aussi avec mes enfants et mes proches. Mes enfants m’avaient vu toréer, mais ils étaient petits. Donc là, ils m’ont accompagné à des tientas, à cette corrida. Ils ont vécu vraiment la préparation en vivant en conscience les choses qu’ils avaient sûrement plus survolées 5 ou 6 ans auparavant.
C’était beau de me retrouver dans la placita de tienta de La Chassagne, où j’ai fait mes premiers rêves quand j’avais 12-13 ans, de devenir torero. C’était un retour en arrière de 30 ans.
Tertulias : Y a t-il des choses qui te manquent par rapport à ton époque de torero ?
Jean-Baptiste Jalabert : Cette étape a été formidable. L’aventure de torero m’a amené maintenant à cette suite. Ma passion, ça a été d’être torero, d’être face au toro, réfléchir, trouver des solutions, le comprendre, créer quelque chose. Cette connexion avec le public était passionnante. En fait elle m’a amenée ensuite naturellement à aimer la sélection, l’élevage, l’organisation, l’apoderamiento.
Cette étape de torero pour autant incroyable et magnifique qu’elle fut ne me manque pas, car je suis pleinement concentré sur les autres étapes d’aujourd’hui. Et d’avoir tous ces projets, ça a permis de finalement faire le deuil de Juan Bautista assez rapidement et assez facilement.
Alors bien sûr, il y a les retours dans certaines arènes que je fais en accompagnant Marco. Ce sont des souvenirs qui reviennent, de corridas toréées, de moments partagés.

J’ai partagé l’affiche avec certains toreros qui sont encore en activité. J’étais par exemple témoin de la confirmation de Roca Rey. Au moment du paseo, il y a toujours quelques rappels et des souvenirs qui reviennent. Mais cette étape est bien finie.
La reconnaissance des aficionados et des professionnels me fait plaisir, mais pour moi c’est du passé. Je ne suis pas sûr, que les jeunes générations, m’aient vu toréer et pour les aficionados, plus anciens, qui ont vu une grande partie de ma carrière, pour certains, ce sont des bons souvenirs, pour d’autres c’est autre chose.
La vie évolue, cette étape du torero est bel et bien finie. Pour des raisons personnelles, et puis parce que le temps passe, il fallait passer à autre chose.
Marco Pérez
Tertulias : Et justement, qu’est-ce qui t’a donné cette envie de te consacrer pleinement à une vie d’apoderado ?
Jean-Baptiste Jalabert : La rencontre avec Marco, est assez incroyable. Je le rencontre, il avait 11 ans. On part ensemble dans un rêve et un objectif commun avec sa famille. J’ai détecté des qualités incroyables à ce moment-là.
Si, c’est difficile que tout se réalise, quand on en discute avec Marco, tout se passe presque comme on l’a rêvé il y a sept ans en arrière. Il a aujourd’hui un peu plus de18 ans et j’essaie d’être à ses côtés pour lui transmettre mes expériences, mes conseils, mon analyse mais aussi à garder les pieds sur terre. Tout est tellement fragile dans les toros que tout peut basculer d’un côté ou d’un autre très rapidement.
Depuis tout jeune, il montre de la maturité et du sérieux. Il a un objectif et je suis persuadé qu’il va y arriver. Si ce n’est pas demain, ce sera après-demain. Si ce n’est pas dans deux ans, ce sera dans trois… Il a tout pour faire partie des plus grands dans les prochaines années.
Tertulias : Après toutes ces années passées ensemble, comment définirais-tu aujourd’hui ton rôle auprès de Marco : apoderado, conseiller, mentor… ou un peu tout cela à la fois ?
Jean-Baptiste Jalabert : C’est un peu de tout. C’est comme si on faisait partie de la même famille. Nous avons vécu des choses en partageant à la fois le personnel et le professionnel. J’ai trouvé cette histoire folle. J’ai misé beaucoup sur Marco. Pourtant au début, c’est le genre de chose où tu te dis, que si c’est une super aventure, cela relève du rêve presque impossible à réaliser.
Mais avec un peu de chance, le fait qu’il ait beaucoup travaillé, je ne me suis pas trompé sur les qualités de Marco, et il a évolué dans le sens qu’il fallait et il écrit son histoire.

Tertulias : Avec sa jeunesse, est-il facile de tempérer son envie par rapport à l’ambition qu’il peut avoir?
Jean-Baptiste Jalabert : C’est mon rôle, et ça l’a toujours été, de faire des choix, de prendre la bonne décision. On m’en a quelquefois fait le reproche, mais tout a été calculé, réfléchi. Je pense qu’il y a eu très peu d’erreurs jusqu’à maintenant. J’ai voulu laisser grandir Marco, progresser, avancer, prendre la maturité, la confiance.
Là, en ce début de carrière qui est le sien, le triomphe est important. Connecter avec le public, séduire, est au coeur du projet.
La priorité n’est pas de triompher coûte que coûte mais de triompher pour passer un message d’avenir vis à vis du public et de l’aficion. Sa tauromachie, naturellement, avec l’âge, avec les années qui vont passer, les expériences, va évoluer. lI n’a que 18 ans et avec le temps, son toreo va continuer à évoluer, comme en leur temps ont pu évoluer le Juli ou Enrique Ponce par exemple.
Tertulias : À ce stade de sa carrière, est-il plus important pour Marco de triompher et de marquer les esprits que de chercher à faire évoluer rapidement sa tauromachie ?
Jean-Baptiste Jalabert : Il faut trouver le juste milieu entre les deux. Nous avons des échanges techniques sur des détails, sur une attitude, sur une série, sur une passe. Mais, il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui, il est mis en compétition avec les meilleurs toreros du moment qui ont beaucoup d’expérience.
C’est donc par la jeunesse, par l’ambition, par la fougue, la fraîcheur qu’il va arriver à s’installer avec eux. Il a une base de toreo déjà très pure, très profonde pour son âge et c’est ce qui me laisse penser qu’au fur et à mesure, il pourrait prendre encore une ambition beaucoup plus importante dans le futur.
Donc aujourd’hui, triompher permet de s’installer pour continuer à avoir ces opportunités-là, s’installer dans les meilleurs cartels avec les meilleurs toreros. Et après, quand il y aura un petit peu moins de pression sur l’obligation de résultat, il va pouvoir poser un peu plus sa tauromachie.

Tertulias : Quelles sont les qualités intrinsèques que tu as détectées pour l’amener au sommet que tu lui vois franchir?
Jean-Baptiste Jalabert : Très jeune, je voyais son intelligence. Intelligent c’est savoir ce qu’il faut faire, et surtout comment le faire et à quel moment le faire.
Il est ambitieux, sérieux, travaille et s’entraîne dur. Il mène toujours une réflexion, une recherche, il est passionné. C’est un jeune-homme qui a une vie saine, entouré d’une famille très exigeante envers lui.
Il a un courage naturel. Il n’aime pas se laisser gagner par les autres.
Je suis convaincu depuis le début qu’il a tout pour y arriver. Ce n’est pas écrit, ce n’est pas fait et il y a encore beaucoup de travail devant nous. Néanmoins, il prouve qu’il peut y arriver à quasiment chaque après-midi. Il peut y avoir encore des accrocs, des après-midi où il y a moins de connexion, moins de rythme, parce qu’il a à peine un an d’alternative, mais la régularité qu’il a acquise, est énorme. Elle est énorme dans le triomphe, mais aussi dans sa façon de toréer
Tertulias : Tu as pris en main ce gamin à 11 ans pour l’accompagner. Marco a été récemment blessé gravement, comment l’as-tu vécu ?
Jean-Baptiste Jalabert : Il a pris 30 cm de coup de corne et en plus, ce jour-là, je n’y étais pas, pris par les obligations de prestataire à Mont de Marsan. Je n’ai pas pu l’accompagner ce jour-là, ce qui sera une des seules courses avec celle du 13 septembre où je dois être à Arles. Cela a été dur de vivre ça, dans le callejon à Mont-de-Marsan, alors qu’il était blessé à Santander.
Mais bon, il est conscient du sujet. On a parlé du risque de blessure. Les toros vont le blesser et l’avaient déjà blessé. Quand il avait 12 ans, il a eu la mâchoire cassée par une vache. A Santander, il prend son premier coup de cornes. La cornada était profonde, avec beaucoup de centimètres. Il a repris 15 jours plus tard à Pontevedra. Il a très bien tué les toros alors qu’il s’est fait attraper à la mise à mort. Pourtant, il y a aurait pu avoir un doute sur ce moment-là, qui en plus n’était pas son fort. Mais depuis la cornada, il tue mieux les toros.
Mais, bien sûr, ça touche, parce que ce n’est pas un apoderamiento normal. J’ai eu la chance d’apodérer Daniel Luque pendant deux ans, il n’y a pas si longtemps. Ca a été aussi un honneur, une aventure incroyable car je pense qu’il est l’un des meilleurs toreros de l’escalafon.
Mais là, c’est vrai qu’avec un gamin qui venait avec moi, qui vivait avec mes enfants, qui venait passer l’hiver à la maison – il est presque de la famille – les choses me touchent différemment. Des discussions pas faciles, je les ai eues avec lui, avec ses parents. Ses parents connaissent le milieu, son père a été banderillero.
Après ce sont les choix et les décisions de Marco. Personne ne l’a forcé à faire tout ça. Il consacre sa vie et son avenir à la tauromachie. Il a dû arrêter ses études pour se consacrer complètement à la tauromachie. Marco est très jeune, mais il est conscient des enjeux et des risques que prennent les toreros.
Tertulias : Vous avez fait le choix de terminer la temporada par deux défis d’importance : l’encerrona à Nîmes et la confirmation d’alternative à Madrid. Pourquoi à ce moment-là ?
Jean-Baptiste Jalabert : L’Encerrona à Nîmes est venue comme avec les négociations qui se mènent parfois. Il y a des opportunités qui viennent et celle-là m’a semblé intéressante. A Nîmes, Marco vient de couper deux fois, deux oreilles et la queue de façon consécutive en deux ferias différentes en septembre dernier et la dernière Pentecôte. On a considéré que c’est l’arène et le moment idéal, pour le faire. Ce sera un bel événement pour structurer sa temporada en France.

Pour la confirmation, il y a eu une demande, un souhait de l’empresa de le faire confirmer à la San Isidro. J’ai préféré la repousser et la retarder. J’ai laissé la porte ouverte pour la faire à la feria d’automne. Il m’a semblé voir l’évolution nécessaire, durant tout l’été, pour confirmer à Madrid. Je préfère qu’il confirme à la feria de otoño en me disant qu’il vient d’accomplir une temporada complète.
Il arrivera, en ayant toréé sa 47ème ou 48ème corrida. Il va arriver chaud, dans le rythme, en ayant toréé une centaine de toros. L’an prochain, il ira à la San Isidro en ayant confirmé. La San Isidro c’est le début de saison et je préférais qu’il le fasse maintenant. Et il m’a suivi dans cette logique, j’espère ne pas me tromper.
Tertulias : Comment crois-tu qu’il va être accueilli par les tendidos les plus exigeants de l’arène?
Jean-Baptiste Jalabert : Ça va être exigeant. Je l’ai préparé au pire même à se faire siffler dès le paseo. Il y en a certains qui viennent là pour ça, il en est conscient. Je l’ai très bien capté et c’est mon rôle de lui passer un message très clair. Il va y aller en assumant toutes les conséquences, en essayant de convaincre, de passer un message positif.
Ce ne sera pas possible de les convaincre tous, il y en a pour qui, ce sera le coup d’après. Je pense qu’il va être prêt pour donner une bonne après-midi de toros à Madrid, pour en convaincre certains et éventuellement, s’il y a un toro qui « embiste », pour triompher, j’en suis convaincu.
Arles
Tertulias : Tu as connu les arènes d’Arles, en tant qu’Arlésien, torero, empresa. Est-ce que durant ce temps-là, ton regard a changé sur ces arènes ?
Jean-Baptiste Jalabert : J’ai toréé de novillero mon premier paseo à Arles c’est en 1999. Mon père et mon oncle venaient juste de prendre les arènes à cette époque-là. J’ai pris l’alternative en septembre de cette même année. Auparavant, j’allais aux arènes d’Arles, – c’était la famille Yonnet qui les gérait. Il y a eu la création de cette corrida goyesque par mon père il y a quelques années, que l’on maintient.
Arles, c’est quelque chose qui, pour ma famille et moi, est tout particulier. D’abord, on habite à Arles ou dans le secteur. Les arènes ont été auparavant gérées déjà par notre famille, là c’est une société qu’on a créée avec ma sœur Lola. C’est notre ville de cœur, c’est là où l’on vit, c’est là où l’on rencontre des gens, où on est en contact toute l’année avec les aficionados.
On est en place avec un contrat qui dure encore deux ans, avec l’envie de réaliser de belles choses.
Tertulias : Quelles sont les principales difficultés auxquelles tu te heurtes ?
Jean-Baptiste Jalabert : Aujourd’hui notre société doit rendre compte, doit être en bonne santé. Ce n’est pas toujours facile. Il y a des périodes où Pâques tombe tôt et la météo n’est pas favorable avec le froid, le vent, la pluie.
Les dates des deux ferias ne sont pas les plus simples. La feria du Riz, c’est la fin de saison. La Goyesque a beaucoup d’attrait mais la corrida du lendemain est plus difficile. On a fait différents styles cartels, toristes, jeunes, figuras, mais on arrive à amener beaucoup de monde qu’un seul jour au mois de septembre.
Après il y a des activités qui se maintiennent durant tout l’été, il y a les courses camarguaises qui sont importantes pour Arles et pour cette tradition de Camargue.
C’est quelque chose qui nous touche, après qu’on gère différemment maintenant, aussi avec l’âge, l’expérience. Il faut accepter les critiques à certains moments, les difficultés à d’autres. Faire les choses pour le bien des arènes tout en sachant que c’est par le biais d’une entreprise qui doit rendre des comptes, tout en maintenant la catégorie n’est pas toujours facile.
Tertulias : Pour la Feria du Riz – actualité chaude – comment l’as-tu construite ?
Jean-Baptiste Jalabert : Ce n’était pas évident. Il n’y a pas tant de choix que ça dans les toreros ou les élevages de figuras. La Goyesque, c’est une journée de prestige chaque année, pour le public. C’est aussi une découverte et une attente pour une corrida pour un grand public qui ne vient qu’une fois par an aux arènes .
On rassemble chaque année entre 8 et 10 000 personnes. Il n’y a pas que des aficionados, parce qu’il y a des décorations, un aspect musical différent, un message différent. La Goyesque d’Arles a été copiée et a servi d’inspiration pour plein d’autres événements, mais elle reste unique, par l’amphithéâtre qui l’accueille et parce que ça a été la première.

On a pris l’habitude d’annoncer au mois de janvier les deux férias pour proposer une variété de cartels, de toros, de ganaderias. Dès le mois de janvier, le cartel de la goyesque est connu, tout comme l’ensemble de la temporada.
Pour cette année on réunit Juan Ortega, artiste qui vient d’avoir une belle série de triomphes, Roca Rey qui est le numéro un indiscutable. Ce sera l’occasion de se confronter pour la première fois dans le sud-est à Marco. Marco qui a eu un beau triomphe l’an dernier dans ces arènes et avec qui par notre relation, a un lien particulier avec la ville et les arènes.
La corrida va attirer beaucoup de monde et il faut espérer que la météo nous aide un peu les derniers jours, mais normalement ça doit être le cas.
Tertulias : Le fait de programmer ton propre torero, t’a-t-il attiré des critiques ?
Jean-Baptiste Jalabert : Certainement. Cette année, je l’ai engagé deux fois. Il n’a pas triomphé à Pâques. Je l’ai prévenu qu’il fallait qu’il ait un gros triomphe en septembre pour être indispensable l’an prochain. L’an prochain, il faudra tout recalculer, réfléchir, essayer d’apporter des nouveautés, que ce soit dans les élevages, dans les cartels. Il faudra récompenser les toreros qui triomphent, des nouveautés qui ne sont pas venues.
Mais pour cette année, Marco est engagé à la Goyesque parce qu’avant tout il a intéressé l’empresario, parce qu’il se l’est gagné et parce qu’il y avait une belle histoire à raconter.
Tertulias : Construire une feria, est-ce que c’est faire rêver l’aficionado à tout prix?
Jean-Baptiste Jalabert : Il faut que je tienne compte des contraintes économiques, des exigences de certaines figuras parce que sinon je pourrais faire rêver l’aficionado, mais avec un retour de boomerang. Le premier souhait est de créer une relation avec l’aficion, d’essayer de contenter les différents goûts, les différentes sensibilités.
En fait, il faut essayer de penser à tout le monde même si c’est impossible de contenter tout le monde, il faut s’en s’approcher en tout cas. Le fait d’être apoderado ne facilite pas toujours les choses, mais c’est le milieu qui veut ça et il faut savoir s’adapter en ayant différentes casquettes.

Tertulias : Qu’en est-il de la corrida du dimanche qui a du mal à mettre beaucoup de public sur les gradins ?
Jean-Baptiste Jalabert : On a tenté beaucoup de choses. Une année, on a même fait deux Goyesques. Finalement , celle du dimanche nous a enlevé de l’affluence à celle du samedi. On a fait des corridas très toristes. Là, depuis quelques années, on essaie de raconter une histoire avec des éleveurs locaux (Yonnet, Curé de Valverde, Margé) qui se présentent pour la première fois aux arènes d’Arles. Cette année, ça sera Pagès-Mailhan. On programmme des toreros capables de mettre les toros en valeur (cette année Juan Leal, José Garrido, Diego San Roman), mais qui ne sont pas figuras.
Mais bien sûr, c’est le jour ou la nuit, entre les 9 000 et 10 000 personnes, que l’on va avoir le samedi, et les 3 000, 4 000, que l’on va avoir le dimanche.
On a tenté de faire venir les figuras pour les cartels du dimanche et finalement on se retrouvait à 7000 à Goyesque et à 5000 le lendemain. En gros, sur le mois de septembre, il y a 12 ou 13 000 personnes qui viennent aux arènes sur l’ensemble des deux corridas. On a donc fait le choix de voir les arènes pleines ou presque pleines le premier jour et un tiers d’arènes, le deuxième. On s’applique le dimanche à passer un message de soutien, de confiance envers , des acteurs locaux, des jeunes toreros…
Tertulias : Rester à la tête des arènes d’Arles, est-ce aussi une manière de conserver un fil invisible avec ton père ?
Jean-Baptiste Jalabert : Peut-être que lui me dit que si ça devient trop compliqué, il faudra savoir aussi passer la main pour éventuellement revenir dans d’autres conditions.
On est installés depuis tant d’années, mais on reste une entreprise jeune, j’ai 45 ans, ma soeur 40. L’équipe qui nous accompagne est volontaire, ambitieuse, engagée complètement dans ce projet. On a envie de le continuer.
Il reste des réflexions à mener, dans un avenir proche. Mais… Arles et ses arènes, nous touchent personnellement et on a envie de continuer malgré les contraintes qui pèsent de plus en plus sur des entreprises privées comme la nôtre.
Tertulias: Quelle est ton ambition de carrière, aujourd’hui ?
Jean-Baptiste Jalabert : Alors là c’est assez vague. J’ai envie d’accompagner Marco vers ses rêves – qui sont aussi les miens – les plus importants, les plus beaux. J’ai envie de continuer à ce que les arènes d’Arles brillent et reçoivent des évènements et des après-midi qui vont rester gravés dans la mémoire des aficionados.
J’espère que nos élevages et mon élevage en particulier (La Golosina) deviennent quelque chose de symbolique et de garantie pour l’avenir. J’espère en général que la tauromachie française va perdurer, qu’on va la transmettre à nos enfants.
Je serai attentif à d’autres projets, d’autres possibilités, appel d’offres ou peut-être à d’autres aventures de toreros. Ma vie est dans les toros depuis toujours, depuis mon enfance et le sera jusqu’à la fin.
Tertulias : Avec le recul, si c’était à refaire, est-ce que tu le referais de la même manière ?
Jean-Baptiste Jalabert : Sans aucun doute. Je modifierais peut-être certaines choses pour faire mieux encore. Mais sur le fond, je ferais exactement pareil. On ne s’en rend pas compte quand on démarre mais j’ai eu la chance de réaliser beaucoup de mes rêves et de mes souhaits de gamin.
De Juan Bautista à l’apoderado de Marco Pérez, de l’éleveur à l’empresario des arènes d’Arles, les rôles ont changé mais le fil n’a jamais été rompu. Jean-Baptiste Jalabert a rangé cape et muleta, pas cette passion des toros qui, depuis l’enfance, continue de dessiner sa vie. Nous le remerçions dans un emploi du temps extrêmement chargé de nous avoir consacré un peu de temps.

Pour prendre vos billets : guichet des arènes – Billeterie en ligne – 0 891 700 370
Propos recueillis par Philippe Latour
