Saintes-Maries-de-la-Mer : Mehdi Savalli tire sa révérence à l’issue d’une corrida triomphale
Saintes-Maries-de-la-Mer : Mehdi Savalli tire sa révérence à l’issue d’une corrida triomphale
Résumé
La fête promettait d’être belle : elle le fut. Bien entendu, nous étions conviés à une fête et cette corrida doit être regardée à travers le prisme de la fête, quitte à relativiser les excès inhérents à ce genre de spectacle.
Le peuple d’Arles et de Camargue a copieusement rempli la placita des Saintes-Maries, qui est proche du lleno à l’heure du paseo, pour dire au revoir à Mehdi Savalli et saluer Victor, qui se présente sur ses terres. Quant à ceux qui étaient venus voir du Ferrera, ils furent servis bien au-delà de leurs espérances…
Une longue ovation debout accueille Mehdi Savalli à l’issue du paseo.
Les toros
Après sa dernière corrida en 2018, Mehdi Savalli retrouve cet après-midi les toros des frères Gallon, d’origine Domecq, un élevage qu’il connaît bien. Bien roulés et armés pour la circonstance, avec une mention particulière pour le cinquième, les toros de Gallon, juste de force, ont fourni dans l’ensemble un bon jeu. Le quatrième se révèle même être une véritable machine à charger. Son indulto est toutefois hors de propos, n’ayant été pratiquement pas piqué.
Les novillos
Les deux novillos destinés à Victor portent le fer de La Golosina, le jeune élevage de Jean-Baptiste Jalabert, d’origine Santa Coloma par La Quinta. Le premier est un novillo complet qui reçoit deux rations de fer avant de conserver une excellente noblesse dans la muleta. Le second, plus faible, offre néanmoins lui aussi des possibilités.
La corrida vue par l’objectif de Daniel Chicot (à venir)
Fiche Technique
- Saintes-Maries-de-la-Mer. Corrida mixte flamenca. 4 toros de Gallon et 2 novillos de La Golosina :
- Antonio Ferrera (blanc et or) : silence – 2 oreilles et la queue symboliques
- Mehdi Savalli (blanc et azabache orné de ses initiales) : oreille – oreille
- Victor (bleu de France et or) : 2 oreilles – oreille
- 4 piques pour les toros et 3 piques pour les novillos. Cuadra Bonijol.
- Indulto du 4, n°19 né en février 2022
- Sortie par la grande porte des trois maestros.
- Mehdi Savalli coupe sa coleta
- Président : Monsieur J.P. Maragnon
- Entrée 4/5
- Ciel bleu azur. Température estivale. Vent léger.
Toro à toro
Antonio Ferrera
1° toro – n° 39 02/2022
Le premier Gallon, negro, est correctement présenté pour le lieu. Ferrera l’entreprend rapidement et de façon superficielle avec son traditionnel capote vert. Le toro pousse lors d’un bon puyazo rématé dans les planches. Ferrera abandonne les banderilles à sa cuadrilla, manifestant déjà le peu d’intérêt que lui inspire cet adversaire, avant de le brinder à Mehdi Savalli.
L’entame est prudente face à un toro possédant une bonne corne droite. Les premières séries manquent de profondeur. À gauche, ce n’est guère mieux. Ferrera expédie les affaires courantes. L’entière tombée est suffisante. Silence. Palmas au toro.
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4°toro – n°19 02/2022
Ferrera paraît cette fois autrement déterminé. Il fait envoler son capote au-dessus de sa tête avant d’enchaîner des véroniques électriques, menées au pas de course.
Comme il le fait désormais fréquemment, il file vers le patio de caballos pour en ressortir juché sur la monture du picador. Le toro est mis en suerte par Ángel Otero secondé par Mehdi Savalli. Le picotazo, initié dans l’épaule avant d’être rectifié, précède le même numéro réalisé à Madrid : Ferrera saute de cheval pour exécuter lui-même un quite aussi théâtral qu’efficace.
Le tercio de banderilles, partagé avec Mehdi, est de la même veine. Ferrera en fait des tonnes et cela porte. Les gradins, chauffés à blanc, leur réservent une grande ovation
Après un brindis au centre du ruedo, la faena débute sur le même terrain. Invectives lancées au public, aux guitaristes, à sa cuadrilles, tout le répertoire « ferreriste » y passe. Comme de plus le Gallon possède une grande noblesse candide sur les deux cornes le Baléare s’aperçoit rapidement qu’il détient le partenaire idéal.
Ferrera enchaîne les séries des deux mains en dansant au rythme du flamenco. Rapidement la rumeur d’indulto germe sur les tendidos. Dans un registre dans lequel il excelle, il prend l’épée faisant mine de vouloir estoquer, puis reprend la muleta et poursuit face à un toro qui la boit avec une inépuisable docilité.
Le mouchoir orange, totalement inapproprié, finit par tomber et Ferrera raccompagne le toro vers le toril en dansant au rythme des guitares, mettant un terme à une prestation baroque s’il en est. Deux oreilles attribuées par la présidence et la queue exigée par le diestro et sa cuadrilla. Vuelta avec les ganaderos, Michel et Jean‑Pierre Gallon.
Mehdi Savalli
2° toro – n°10 02/2022
Le negro, armé court, est accueilli par deux largas afaroladas à genoux, suivies de véroniques et de chicuelinas rythmées. Il est économisé en un simple picotazo. Mehdi invite Ferrera à partager les banderilles pour un tercio rondement mené, avant un brindis familial chargé d’émotion.
La faena débute superbement, le toro étant efficacement doublé, genou en terre. Mehdi enchaîne ensuite des muletazos appliqués, sur les deux cornes face à un adversaire noble, mais manquant d’étincelle. Deux circulaires inversées et un changement de main par devant comme point d’orgues d’une faena complète. Deux pinchazos précèdent une entière tombée, foudroyante. Une oreille et vuelta très fêtée.
5°toro – n°67 04/2022
Mehdi accueille son dernier adversaire a puerta gayola comme au bon vieux temps. Le Gallon, bien présenté et sérieusement armé, fuse sur lui au point de lui faire perdre une zapatilla ! Unique pique en faisant chanter les étriers de Gabin. Le deuxième tercio est à nouveau partagé sans réel brio.
Il est difficile de passer après le cyclone des Baléares. Mehdi s’y emploie pourtant avec sincérité, sollicitant principalement l’excellente corne gauche de son adversaire. Au son de la guitare, il prend un plaisir manifeste et transmet sa joie au public. La faena s’achève par une circulaire interminable durant laquelle il s’enroule littéralement le toro autour de la taille. Mehdi se précipite malheureusement avec l’épée : deux pinchazos précèdent une grande entière en place.
Une oreille récompense cette dernière faena et lui permet une ultime vuelta en compagnie de son fils Au centre du ruedo, le gamin lui coupe alors la coleta. Submergé par l’émotion, Mehdi Savalli effectue une dernière vuelta entouré de ses compagnons de cartel et de l’ensemble des cuadrillas.
Victor
3° novillo – n°114. 09/2022
Victor accueille son premier adversaire, un cardeno oscuro bien dans le type de l’encaste, à la porte de la cage. Le novillo, qui sort en trombe, laisse immédiatement présager une charge intéressante. Le capoteo est varié et volontaire. Après une première pique, le novillo est replacé à distance pour une seconde prise avec entrain.
Victor brinda au public, et la montera demeure bouche ouverte (s’attacher au futile n’est pas le genre de la maison) Calme et déterminé, le jeune torero livre une belle première série de derechazos allurés. À gauche, les naturelles sont templées, la main maintenue basse. La reprise à droite confirme ses bonnes dispositions : Victor court parfaitement la main, nous gratifiant d’un superbe changement de main dans le dos. Il domine réellement ce novillo complet. Deux tiers de lame bien placés, au deuxième assaut, concluent sa prestation étonnante de maturité. Deux oreilles pour l’enfant du pays. Applaudissements au très bon novillo de Jean-Baptiste Jalabert.
6°novillo – n° 107. 10/2022
Le dernier novillo, bien roulé, manque de force. Le capoteo est sans histoire et le tercio de piques se réduit à un unique picotazo.
Victor brinde à Mehdi Savalli. Lorsque le Saintois se saisit de la muleta, le public semble encore anesthésié par l’émotion des adieux. La faena débute pourtant bien, jusqu’à un accrochage sans conséquence provoqué par un instant d’inattention. Le garçon reprend aussitôt la muleta pour délivrer les meilleurs muletazos de la soirée. Une tauromachie classique, épurée, dont la sobriété contraste singulièrement avec les attitudes souvent forcées de Ferrera. Après un nouvel avertissement du novillo, Victor conclut par une dernière série droitière superbe avant une piqûre profonde précèdant une entière en place. Oreille et vuelta fêtée.
Conclusion
Quels que soient les excès, la théâtralité et parfois la superficialité de la prestation de Ferrera, il demeure l’émotion véritable ressentie au moment de dire adieu au matador Mehdi Savalli. Lorsque son fils lui coupe la coleta, devant la haie d’honneur formée par la profession, nous sommes nombreux à avoir les yeux embués.
Victor s’impose comme un véritable espoir de la tauromachie française, proposant un toreo classique, épuré, soutenu par une maturité étonnante pour son âge. Et puis, nous avons eu droit au Ferrera des grands jours, Ferrera qui a joué le jeu : que l’on goûte ou non sa tauromachie, personne ne peut lui reprocher de manquer de personnalité.
S’il fallait résumer cette soirée en une phrase :
Adieu Mehdi, bonjour Victor et merci Antonio.
Olivier Castelnau

















































































