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Istres : Sébastien Castella, le Maître et ses élèves.

Istres : Sébastien Castella, le Maître et ses élèves. Au sommet de son art, il indulte « Sibarito ».

La corrida du jour, au cartel international aura permis à Sébastien Castella de nous rappeler, si besoin était, la maxima figura qu’il incarne. On savait le Biterrois en grande forme après son retentissant succès madrilène face à un toro de Victoriano del Rio. La démonstration offerte ce jour par le français, culminant avec l’indulto du noble Sibarito, aura été éclatante. Derrière lui, Diego San Roman et Marco Pérez n’ont pas démérité mais l’impression finale sera celle du maitre et de ses élèves.

Résumé

Les toros

Cinq des toros présentés portaient le célèbre fer étoilé de Jandilla, tandis qu’un exemplaire de Vegahermosa, de même origine, complétait l’envoi. D’une présentation modeste, de petit format et commodes de tête, les pensionnaires de Borja Domecq ont offert un jeu propice au triomphe. Nobles, mobiles et dénués de mauvaises intentions, ils ont permis aux trois piétons de s’exprimer. Seul le toro de Vegahermosa s’est montré plus réservé, sa faiblesse venant rapidement limiter ses possibilités. Une fois encore, comme la veille, le tercio de varas aura été anecdotique, ce qui ne manquera pas d’alimenter les débats au regard de l’octroi des mouchoirs bleu et orange.

Les toreros            

Ce n’est faire offense ni à Diego San Román ni à Marco Pérez que d’affirmer que Sébastien Castella a survolé les débats. Le Français, qui célèbre cette année le vingt-sixième anniversaire de son alternative, a reçu après le paseo un hommage de sa peña, auquel s’est associée la ville d’Istres. Une attention bienvenue qui trouvait quelques heures plus tard sa plus belle justification.

L’honnêteté impose toutefois de préciser que le Biterrois a également hérité du meilleur lot de l’après-midi. Ses deux adversaires furent récompensés, le premier par une vuelta al ruedo le second par le pardon de la vie. Récompenses pouvant paraître exagérées compte tenu de leur discrétion au cheval.

Le Mexicain Diego San Román, de son côté, a laissé une impression favorable face à son premier mais a mal tué son second. Quant à Marco Pérez, s’il a confirmé les qualités techniques et l’assurance qu’on lui connaît, sa tauromachie trop souvent marginale aura limité l’impact de ses prestations.

La corrida vue par l’objectif de Philippe Latour
Fiche technique
  • Istres. Arènes du Palio. 5 toros de Jandilla et 1 toro de Vegahermosa (5)
    • Sébastien Castella (marine et or) :  2 Oreilles – 2 Oreilles et queue symboliques
    • Diego San Román (tabac et or) :  2 Oreilles – Bronca
    • Marco Pérez (chamois et or) :  Oreille – Silence
  • 7 piques, Cavalerie Bonijol
  • Président : Monsieur Abid
  • Vuelta al ruedo du 1er Jandilla, n° 76.
  • Indulto de Sibarito, 4e Jandilla n° 59
  • Salut de José Chacón et Alberto Zayas au 1er
  • Salut de Rafael González au 3e
  • Salut de Rafael Viotti, José Chacón et Alberto Zayas au 4e
  • Sortie a hombros de Sébastien Castella accompagné de Diego San Román
  • Entrée : 4/5 d’arène.
  • Ciel azur, 32°C. Léger zéphyr.
Toro à toro
Sébastien Castella
1° toro – Jandilla N° 76 – 520 kg

Le premier toro, de petit format mais remarquablement noble sur les deux bords, permet d’emblée à Castella de donner le ton. L’accueil par véroniques connecte rapidement avec le public. Après une pique symbolique et un bon tercio de banderilles autorisant José Chacón et Alberto Zayas à saluer, le Français construit une faena intelligente, douce et pleine de maitrise. Après avoir trébuché sans conséquence en début de combat, il saura ensuite donner distance et respiration à un toro d’une embestida remarquable.

Les séries enchainées des deux mains sont suaves. Le Biterrois a touché un véritable « sucre d’orge » sans la moindre aspérité. Castella prend visiblement du plaisir et veut le transmettre au public. Intelligemment, il ménage son partenaire et lui sert un toreo lié et relâché. Les bernadinas finales sont exquises. L’entière portée à recibir libère deux oreilles tandis que le toro est honoré d’une vuelta de troisième tiers.

4°toro – Jandilla  N°59 – 480 kg

Terciado et armé en pinces de crabe, Sibarito montre dès les premiers capotazos une noblesse hors du commun. Effleuré lors de la première rencontre, il est remis en place pour un picotazo.

Après un nouveau tercio de banderilles brillant de sa cuadrilla avec salut collectif, Castella entame sa faena par statuaires et cambio dans le dos sans céder un pouce de terrain. Dès lors, le toro semble voler derrière la muleta du Français.

Les séries s’enchaînent avec fluidité, des deux mains, dans un climat de communion totale avec les tribunes. Le toro répond au moindre toque de muleta et demeure prompt à démarrer de loin. Malgré la longueur de la faena, le Jandilla conservera jusqu’au bout une mobilité exceptionnelle.

Très vite, les rumeurs d’indulto commencent à circuler dans les gradins. Castella fait durer le plaisir jusqu’à l’octroi du mouchoir orange par le palco. Si la noblesse du toro ne fait pas débat, sa présentation et surtout sa discrétion au cheval sont sujets à caution, pour un animal censé devenir un semental de l’élevage. Les trophées symboliques sont accordés au maestro qui effectue une vuelta fêtée.

Diego San Román
2° toro –Jandilla  N° 99 – 515 kg

Difficile de passer après le premier combat du Français. Diego San Román aborde pourtant son premier adversaire avec une volonté indéniable, le toro est distrait et réservé.

Le Mexicain débute à genoux avec des changements dans le dos très ajustés. Sa tauromachie, typiquement latino-américaine, autoritaire et électrique, porte sur les tendidos. Pourtant, le toro réclame davantage de douceur et de précaution. Les muletazos servis manquent de profondeur tandis que les passages à genoux sont (trop) nombreux. Le final est pueblerino dans les cornes. Estoconazo d’école foudroyant. Deux oreilles tombent du palco et ovation à la dépouille.

5°toro – Vegahermosa N° 10– 510kg

Sort en cinquième position le Vegahermosa. Il est castaño et astigordo. Après avoir désarçonné par surprise le picador lors de son unique rencontre avec le cheval, le toro montre rapidement quelques signes de faiblesse.

Le Mexicain se fait avertir à deux reprises avant une voltereta sans conséquence. Le bicho, est trahi par sa faiblesse. A droite les muletazos portent plus sur le public que sur le toro. La corne gauche demeure problématique et laisse Diego San Román sans solution. Avis après pinchazo suivi de ¾ de lame dans le cou. Echec cuisant au descabello ne justifiant en rien les insultes adressées par les trois courageux assis au dernier rang des tendidos. Bronca et applaudissements déplacés à l’arrastre.

Marco Pérez
3° toro – Jandilla N°13– 490 kg

Très attendu Marco Pérez hérite en premier d’un toro très juste de présentation qu’il a du mal à fixer dans les plis de sa cape. Le toro sort affaibli de la petite rencontre avec le cheval. Joli quite par chicuelinas rematé par une larga qui trouve peu d’écho de la part du conclave.

Après un début de faena par statuaires au centre du ruedo, le jeune Salmantin va dérouler un répertoire abondant mais peu inspiré. Le toro est limité de forces. Pérez multiplie pourtant les séries, souvent exécutées à distance respectable, en s’appuyant sur le pico de la muleta. Les muletazos sont mécaniques et manquent singulièrement de profondeur.

Ni les cornets de poissons pour déclencher des passes isolées ni les circulaires inversées ne parviendront véritablement à connecter avec les gradins. La faena est longue et conclue d’une estocade aux trois quarts, légèrement trasera, permettant au diestro de couper une oreille généreuse. Applaudissements à la dépouille.

6°toro – Jandilla  N°16 – 535 kg

L’ultime est un joli negro mulato qui comme ses frères sera épargné au cheval. Marco Pérez va lui servir un capotéo varié et le mettre en suerte au cheval par chicuelinas marchées. Un joli quite par taffaleras et gaoneras précède le brindis à Bernard « Marsella » qui après 27 ans à la tête du Palio s’apprête à laisser sa place.

Début de faena prometteur à genoux suivi de quelques séries honorables mais le jeune torero retombe vite dans ses travers : abondance de passes, manque de profondeur et d’engagement. Lorsque le toro baisse de régime, Marco Pérez poursuit pourtant sa faena pendant encore de longues minutes à la recherche d’une accroche du public qu’il ne trouvera pas. Deux pinchazos pour clore une prestation sans éclat. Silence.

Conclusion

Au terme d’une tarde interminable, presque trois heures, durant laquelle le remarquable orchestre Chicuelo n’aura pratiquement jamais cessé de jouer, deux enseignements majeurs se dégagent. D’abord, l’immense classe de Sébastien Castella qui, après 26 ans d’alternative, semble avoir atteint les sommets de son art. Ensuite, la bonté exceptionnelle du lot de Jandilla, dont la noblesse et la mobilité auront largement contribué au triomphe général.

Une question se pose tout de même : quel va être le sort réservé à Sibarito, compte tenu des restrictions sanitaires liées à la DNC qui pourraient l’empêcher de rejoindre sa terre natale ?

Olivier Castelnau

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