Istres : Nouveau matador français, nouvel indulto !
Istres : Nouveau matador français, nouvel indulto !
Encore une corrida-marathon de près de trois heures, mais cette fois sous un soleil de plomb et une chaleur accablante. Il faudra bien qu’un jour les organisateurs s’interrogent sur la pertinence de ces corridas matinales où le public rôtit littéralement sur le béton des gradins, transformés en véritable plaque chauffante. Entre les arrosages répétés du ruedo, la prise en charge des malaises provoqués par la canicule et les faenas qui n’en finissent plus, l’aficionado le plus assidu risque, à terme, de se lasser, s’il n’est pas déjà mort d’insolation ou de déshydratation.
C’est pourtant dans cette fournaise que nous étions réunis ce matin pour assister à la consécration de Nino Julian, devenu le 77e — ou le 74e selon les critères retenus par l’Union des Bibliophiles Taurins de France — matador de toros français.
La course retiendra également, l’indulto d’ « Arlésien », numéro 44, 465 kilos, obtenu par le Vénézuélien Jesús Enrique Colombo. Deuxième indulto au Palio en 48 heures et la féria n’est pas terminée. Une décision polémique, car elle ne repose que sur le comportement du toro au troisième tiers. Il convient en effet de rappeler que l’animal n’a reçu qu’un simple picotazo rendant impossible d’en apprécier la bravoure.
Résumé
Les toros
L’élevage de Robert Margé tire son origine de Cebada Gago, puis le sang a été adoucit par des apports Domecq via Nuñez del Cuvillo et Santiago Domecq. Le lot du jour est léger sans excès de tête, homogène, d’excellent jeu et sans volonté de nuire. Nettement donc sur le versant Domecq plus que Cebada Gago. Tous ont présenté une bonne noblesse à l’exception du 3 qui a été sans carrosserie ni moteur. Le 6 a été plus compliqué, sans être insurmontable, du fait d’une charge violente terminée d’un mauvais coup de tête. « Arlésien » le toro indulté est une machine à charger mais hélas, reste inédit au cheval.
Les toreros
Le cartel du jour est international et banderillero. Le jeune Nîmois Nino Julian prend son alternative. Le Vénézuélien Jesús Enrique Colombo et la jeune révélation de la San Isidro Ismael Martin complète la terna.
La corrida vue par l’objectif de Philippe Latour
Fiche Technique
- Istres. Arènes du Palio. Corrida matinale. 6 toros de Margé.
- Jesús Enrique Colombo (cardinal et or) : Oreille – 2 Oreilles symboliques
- Ismael Martin (plomb et or) : Salut – Oreille
- Nino Julian (alternative) (tourterelle et or) : Vuelta – Ovation
- 7 piques, Cavalerie Bonijol
- Président : Monsieur Dagnan
- Indulto de « Arlesien » N° 44 de 465 kg sorti en 4e
- Vuelta de Robert Margé en compagnie de Colombo au 4.
- Sortie a hombros de Jesús Enrique Colombo.
- ¾ d’entrée
- Bleu, chaleur difficilement supportable.
Toro à toro
Nino Julian
1° toro – N° 06 – 463 kg
L’histoire retiendra que Nino Julian est devenu matador de toro le 21 juin 2026, jour de l’été, à 11h17 devant le toro « Santo » n° 06 de Robert et Olivier Margé, toro castaño de 463 kg, né en juin 2022.
Correctement présenté mais juste de forces, le toro prend un bon puyazo. Il est ménagé pour le tercio de banderilles à venir. Les banderilles sont partagées avec succès par les trois toreros. Nino Julian est facilement reconnaissable par sa montera conservée solidement vissée sur sa tête, détail délibérément adopté en hommage au grand Maestro banderillero que fut Luis Francisco Espla.
Brindis à ses parents.
Une première série droitière de belle tenue permet à Nino Julián de prendre confiance. S’en suit une nouvelle séquence conclue par un immense pecho justement reconnu par le public. Intelligemment, le Nîmois laisse au bicho le temps de reprendre son souffle. Noble et dénué de mauvaises intentions, le Margé répond également avec franchise sur le pitón gauche. Le nouveau matador y signe deux excellentes séries de naturelles, croisées et liées, qui constituent les meilleurs moments d’une faena rythmée, enlevée et menée avec sincérité.
La conclusion est agrémentée de deux bilbaínas inversées suivies d’un desplante opportun. Le toro est difficile à cadrer. Deux pinchazos précèdent une entière desprendida ôtant tout espoir de trophée. Vuelta chaleureusement fêtée et applaudissements à la dépouille.
6° toro – N°04 – 465 kg
Le second toro de Nino Julián, est le mieux présenté du lot. Bien armé vers le haut, il affiche davantage de présence que ses prédécesseurs. Le nouveau matador va l’attendre à porta gayola, et lui sert un bon capoteo permettant de le fixer.
Au cheval, la rencontre est brève et carioquée. Il s’ensuit un joli quite par faroles rematé par rebolera. Les banderilles sont spectaculaires avec une deuxième paire posée dans le berceau suivi d’un quiebro au fil des planches. Après brindis au public, il entreprend la faena face à un toro dont la charge se révèle violente et exigeante. Nino Julian lui donne de la distance, le cite de loin et lui sert des séries valeureuses. Cependant, le Margé ne cesse d’opiner du chef en fin de passe, accrochant régulièrement la muleta. Les difficultés à trouver le sitio juste pour corriger ce défaut, empêchent la faena de décoller.
L’épée vient une nouvelle fois contrarier tous les espoirs. Un pinchazo hondo est suivi d’un second pinchazo avant qu’un bajonazo après avis vienne à bout du bicho. Ovation.
Jesús Enrique Colombo
2° toro – N° 74 – 449 kg
Le troisième toro de la matinée est un joli castaño chorreado, astifino, les pointes dirigées vers le ciel. Dès les premiers capotazos, il laisse entrevoir de la mobilité. Après une première pique rectifiée, le bicho reçoit une deuxième ration de fer.Le tercio de banderilles partagées est mené tambour battant.
Le Vénézuélien va vite prendre la mesure de son adversaire. La faena est essentiellement droitière et conduite avec prudence et sans émotion. Le toro ne présente aucune difficulté et permet au matador d’enchaîner les séries toujours sans réellement se croiser comme l’atteste son costume demeuré intact. Colombo finit par prendre la main gauche révélant un piton tout aussi bon que le droit. L’animal possède du moteur et répète avec générosité. Il aurait mérité autre chose que ce labeur superficiel. Colombo se jette pour un bon recibir efficace, valant à lui seul l’oreille coupée. Applaudissements nourris à l’arrastre.
4° toro – N° 44 – 465 kg
Le quatrième toro est un joli castaño harmonieux et peu armé. Il est baptisé « Arlésien ». Jesús Enrique Colombo l’accueille à la cape en douceur et permet d’apprécier d’emblée la qualité de ses déplacements. La rencontre au cheval se limite à un picotazo pour la forme. Il s’en suit un joli quite par zapopinas conclu par une larga de rodillas qui soulève l’enthousiasme du public. Le tercio de banderilles est sans éclat.
Après brindis à Robert Margé, le matador entame sa faena à genoux au centre du ruedo. Dès les premiers muletazos, le toro révèle des qualités exceptionnelles. Il « boit » littéralement la muleta, suivant le leurre avec avidité, fixité et une remarquable continuité dans la charge. La faena se construit essentiellement de la main droite. Colombo accompagne la charge en se laissant souvent imposer le rythme par son adversaire. L’ensemble se prolonge longuement sans réelle émotion. On demeure avec l’impression que le torero reste en deçà des possibilités offertes, notamment sur la corne gauche qui n’aura jamais été exploitée.
Quelques pétitions d’indulto montent des gradins, suffisantes pour que le président sorte le mouchoir orange, permettant à « Arlésien » de regagner le toril. Colombo se voit attribuer deux oreilles symboliques et partage la vuelta avec l’éleveur.
A nouveau un indulto très discutable tant le premier tiers a été inexistant.
Ismael Martin
3° toro – N°08 – 445 kg
Le troisième Margé est très juste de présentation. Ismael Martin l’accueille par de spectaculaires largas afaroladas de rodillas. L’unique pique est pourtant excessive.
Le Salmantin débute sa faena à genoux, mais doit rapidement se relever. Rapidement le toro accuse le coup. Le diestro sert des séries profilées, peu engagées. La musique intervient de façon inopportune.Vidé par les deux premiers tiers, le toro s’éteint rapidement et finit par se défendre sur place. Une estocade caída mais efficace met un terme à l’affrontement. Salut au tiers. Silence à l’arrastre.
5° toro – N°24 – 485 kg
Le 5 est un castaño commode de tête. Il reçoit une pique trasera. Ismael Martin et Nino Julian l’embarquent dans un quite al alimón qui demeurera un temps fort de la matinée.
Au tercio de banderilles, Ismaël Martín impressionne une nouvelle fois par ses exceptionnelles qualités physiques, qui ne sont pas sans rappeler celles de son ainé El Fandi. Le brindis est adressé à Marsella avant une faena qui ne trouvera jamais réellement sa mesure. Dès les premiers échanges, le torero apparaît brusque et brouillon. La muleta est fréquemment accrochée et, une fois encore, la musique accompagne une prestation qui peine à convaincre. Pourtant, le toro possède de réelles qualités : noble, mobile et dénué de mauvaises intentions. Mais Ismaël Martín se contente trop souvent de passes données sur le passage, sans véritable engagement ni recherche de domination. L’ensemble s’étire inutilement dans une succession de muletazos sans émotion. Les luquesinas finales n’apportent rien.
Une estocade d’école foudroyante suffit pour l’obtention d’une oreille, tandis que le noble Margé est applaudi.
Conclusion
Les aciers auront privé Nino Julian d’une alternative plus festive, mais nous lui donnons rendez-vous prochainement à Chateaurenard pour une revanche. Un nouvel indulto, le deuxième en 48 heures, plus que contestable car octroyé sur le seul critère du troisième tiers. Enfin la révélation madrilène, Ismael Martin demande à être revu dans d’autres circonstances.
Olivier Castelnau
