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Orthez, un esprit, une philosophie…

Orthez, un esprit, une philosophie…

Les personnes présentes à Orthez, l’an dernier, gardent en mémoire l’extraordinaire combat du toro Yeguizo de Dolores Aguirre. Tertulias a rencontré Nicolas Pétriat, référent de la CTEM orthésienne, qui est revenu sur ce grand moment et nous a présenté l’édition 2026 de la journée taurine des arènes du Pesqué.

Tertulias : «  Comment caractérises-tu la philosophie taurine d’Orthez? »

Nicolas Pétriat : «  Chaque arène a son identité. Elle programme ce qui, et c’est notre but premier, est  le mieux pour remplir les gradins. Notre philosophie, c’est le toro. Nous voulons le mettre en valeur. C’est pourquoi, nous choisissons la ganaderia en novembre et nous montons le cartel définitif en mai-juin. Nous recherchons un toro bien présenté qui apporte de l’émotion et de la sauvagerie. Domingo Lopez Chaves  nous disait que nous étions complètement fous parce que nous mettons des toros d’arènes de première catégorie dans une arène de troisième.

Nous nous faisons un point d’honneur, et ce n’est pas facile avec nos petits moyens, de présenter des animaux sérieux. Le public vient chez nous pour voir ce type de corridas. Dans un ruedo comme le nôtre,  quand le toro entre en piste tel un seigneur, les gens sont pris par l’émotion générée par sa puissance et le respect du toro.  En plus si cela met l’ami Bonijol en difficulté et en valeur, nous sommes les premiers heureux.

Nous recherchons du toro et de l’émotion en piste. Il ne faut pas que les gens s’ennuient à Orthez. C’est la même philosophie qui régit la novillada avec en plus un esprit de découverte. Nous voulons être un laboratoire. Etre les premiers à présenter une ganaderia, c’est valorisant pour nous. Nous proposons quelque chose de nouveau qui peut être attractif et intéressant. 

Côté torero dans la même esprit, nous aimons programmer des toreros inédits comme par exemple la (re)découverte d’Emilio de Justo, la présentation cette année de Cristian Perez comme matador de toros.»»

Tertulias : « Quel est le mode de fonctionnement des arènes du Pesqué? »

Nicolas Pétriat : « Les arènes d’Orthez fonctionnent en Régie Municipale. C’est la Commission Taurine Extra-municipale dont je suis le référent qui organise la journée taurine des Fêtes. Auparavant elles étaient gérées par des prestataires. Le dernier en date, Alain Lartigue, a souhaité se désengager d’un certain nombre de petites arènes. A partir de là , après réflexion avec le Maire, nous avons décidé de fonctionner de manière autonome. Depuis ce moment-là nous gérons tous les aspects de cette organisation. Cela commence par la visite des ganaderias, le choix des toros, les engagements et les contrats des toreros, les aspects assurance, infirmerie. Nous avons seulement un prestataire extérieur qui gère les déclarations sociales côté espagnol. Nous sommes une équipe de 8 bénévoles plus un élu qui constituent la CTEM. Le jour J nous sommes aidés par des membres des différents clubs taurins.»

Tertulias : « Quel impact a la journée taurine sur l’économie orthésienne? »

Nicolas Pétriat : « C’est une journée importante pour Orthez. Il y a des gens qui viennent de loin. Cette année encore, il y aura un bus du Club Taurin Cocherito de Bilbao. Il viendra des gens de Burgos, de Tres Puyazos. Il y a du partenariat avec des entreprises qui nous aident, nous achètent des publicités sur nos différents supports de communication. La  fréquentation et le partenariat nous permettent de quasi équilibrer les comptes à l’issue de la journée taurine. De plus les retombées financières sont importantes pour la commune. Il y a 2000 personnes qui viennent à Orthez pour la journée taurine. Les gens de l’extérieur remplissent les hôtels, les restaurants sont pleins. Les buvettes fonctionnent. Les spectateurs des arènes font vivre l’économie locale. »

Tertulias : «  Quelle est l’influence de la concurrence avec Mont de Marsan? »

Nicolas Pétriat : « Notre position est simple et en fait, nous n’avons pas le choix. La journée taurine s’inscrit dans le cadre des Fêtes d’Orthez. Nous ne sommes ni une Féria importante ni une Féria complète comme Bayonne ou Mont de Marsan. Notre but est qu’il y ait du monde pour cette journée taurine. Quand nous sommes seuls, nous sommes contents. Quand on est confronté à Bayonne, Mont de Marsan ou à Hagetmau, qui est à 20 Km de chez nous, c’est gênant mais on n’a pas le choix.

Les grandes arènes s’organisent entre elles et nous nous adaptons  La seule chose que nous aurions aimée c’est que Mont de Marsan programme le solo de Luque le dimanche et décale la corrida de Victorino Martin pour que ceux qui viennent de loin, d’Espagne ou du Sud-est, puissent profiter d’un week-end toriste avec Mont de Marsan le samedi et Orthez le dimanche. Aujourd’hui nous faisons au mieux avec les contraintes qui sont celles des petites arènes. »

Tertulias : «  Parmi tous tes souvenirs à Orthez quels sont ceux qui t’ont le plus marqué? »

Nicolas Pétriat : « Il y a eu des toros importants. Par exemple, ce fut compliqué mais aussi un bon moment de vie, il y a eu la corrida-concours de toros portugais que nous avons montée en 2024. Un peu avant nous avions fait une concours française qui a été intéressante. Ce fut aussi une bonne expérience. On a voulu faire la même chose avec le Portugal. C’est forcément plus compliqué et le risque est accru dans une telle organisation. Sa complexité  d’un tel montage réside dans la relation avec des ganaderos qui pour certains ne parlent ni  français ni espagnol. On a vu au campo de magnifiques toros mais les ganaderos étaient plus ou moins gourmands. Monter une telle corrida, restera un grand souvenir. Il y a eu aussi la corrida de Valverde avec Kevin Ribeiro qui a sauté les six toros. 

Bien sûr , il y a eu le montage de l’an dernier avec le desafio entre Vega Teixeira et Dolores Aguirre.

Pour ce qui est des toreros on se rappelle la venue chez nous d’Emilio de Justo. Il a eu par la suite un parcours extraordinaire  Au départ, c’est un membre de notre commission taurine qui en vacances à Cacerès l’a vu toréer dans un pueblo et qui nous a inncité à le prendre… on l’a mis et on connait la suite. Et cette année, nous souhaitons la même chose à Cristian Perez. » »

Tertulias : «  2025 a été un grand moment de tauromachie, quel souvenir en gardes tu ? »

Nicolas Pétriat : « Cette journée a débuté par une novillada d’Aguadulce bien présentée.  La course a été entretenue. Pour ce qui est de la corrida, chez  Veiga Teixeira nous avions pu faire notre choix entre cinq à six toros. Chez Dolores Aguirre, avec une camada courte, la ganadera nous avait réservé quatre toros. Ce choix pouvait être modifié après le retour des sobreros de Madrid et de Vic. Après la corrida vicoise, nous avons pris le fameux Yeguizo à l’instinct.

C’était pourtant le plus « petit » du lot. On aurait pu en prendre un autre de Madrid. Heureusement, nous ne l’avons pas fait. Le destin en a décidé autrement et nous avons bien fait. Ce jour-là nous avons vécu une belle après-midi de toros. Après les cinq premiers, le comportement des toros et des toreros nous avaient déjà apporté beaucoup de satisfactions.

Nous avions demandé aux cuadrillas qu’au premier tiers, le toro se retrouve seul en piste avec le cheval et son cavalier. Avec la cavalerie de Bonijol, des cavaliers comme Gabin Rehabi et les autres français, les frères Agudo, on voit de très beaux spectacles. Cette corrida est allé « a mas ». Le cinquième, un sobrero de Madrid, était plus haut que Juan de Castilla. Il lui a posé des problèmes et cela a créé de l’émotion.

Puis est sorti Yeguizo. Le toro est entré tranquillement en piste. Petit à petit  au premier tiers on a compris que ce toro demandait du cheval. Montero l’a remis en suerte une troisième fois puis une quatrième. A chaque fois, il l’a mis au toril face à un Gabin très en forme. Tout cela combiné a donné un très grand moment. La course a fini sur cette très belle note.  »

Tertulias : « Yeguizo méritait-il d’être indulté? »

Nicolas Pétriat : «  En tant que président de corrida, pour moi, un toro indulté est forcément un toro complet. Il doit être bien présenté, avoir de la présence au cheval, être bon sur les deux cornes. Si on avait indulté Yeguizo, il est évident que nous aurions été les premiers contents. Mais quel en aurait été l’impact en comparaison avec tous les indultos que l’on voit aujourd’hui ?

Nous ce que nous voulons c’est que l’on retienne ce toro. Il vaut mieux se souvenir d’un très bon toro qui a fait une vuelta que d’une grâce non méritée. On nous aurait comparé à ce qui se fait dans certaines autres petites arènes aujourd’hui. La tauromachie est mise en danger par ces corridas triomphalistes. Je respecte ces organisations mais nous défendons une tauromachie plus rustique mais aussi, je crois, plus vraie. On gardera donc en mémoire le grand toro qu’a été Yeguizo. »

Tertulias : « Comment construisez votre programmation? »

Nicolas Pétriat : « En septembre nous faisons un bilan et on se projette sur l’année suivante. On échange sur les toros que nous voudrions voir en restant en conformité  avec l’identité d’Orthez, des toros forts, puissants qui apportent de la sauvagerie et de l’émotion. A partir de ces critères on fait une pré-liste de ganaderias qui pourraient convenir à nos critères, tout en restant dans des prix conformes à nos possibilités.

Je contacte les sept ou huit élevages présélectionnés. Certains s’éliminent parce qu’ils n’ont pas de toros disponibles. Ensuite nous allons visiter ceux qui ont potentiellement des animaux pour nous. On discute des aspects financiers sur place. Au retour, nous présentons aux membres de la CTEM , le bétail que nous avons réservé et on décide du choix définitif de la ganaderia retenue.

En novembre, on annonce notre choix. A partir de là, on note tous les apoderados ou toreros qui nous contactent pour se proposer de lidier les toros que nous avons choisis. On se fait un point d’honneur à engager des toreros qui nous ont contactés. Nous estimons que c’est un critère incontournable. Et on constitue les cartels de la novillada et de la corrida. »

Tertulias : «  Les matadors qui vous contactent pour venir à Orthez sont-ils nombreux? »

Nicolas Pétriat : « Nous avons chaque année entre vingt et vingt-cinq toreros qui nous contactent.  Il y a des anciens, des connus et d’autres qui le sont moins. »

Tertulias : « Cette année la novillada sera d’El Palmeral, pourquoi ce choix? »

Nicolas Pétriat : « Tout simplement parce que Olivier Martin nous a contacté. Il se sentait prêt à passer en piquée. Il avait six novillos disponibles. Olivier était très content des produits qu’il avait sorti à Magescq et à Saint Sever en non piquée. C’est une ganaderia qui est voisine d’Orthez  Nous avons besoin de proposer quelque chose de différent, d’être attractif..

Nous sommes contents dans l’esprit de faire revenir un élevage qui en pleine reconstruction. Ce sera une curiosité de faire courir ces novillos d’encaste Atanasio Fernandez-Conde de la Corte. Ils sont très bien présentés et armés. J’espère que la novillada va bouger et nous apporter beaucoup d’émotion du premier au dernier tiers . »

Tertulias : «  Comment avez-vous choisi les novilleros? »

Nicolas Pétriat : « Juan Molas nous l’avons choisi parce qu’il est le régional de l’étape. Il a tienté chez Olivier Martin. C’est un passionné qui poursuit une carrière atypique, faite de patience, de travail et de persévérance. Il a été bien à Aire et il est sur une pente ascendante. Pour nous, c’est un voisin qui va défendre les couleurs du Sud-ouest . C’est un torero de cœur et de courage qui aura envie de prouver qu’il a sa place dans ce type de novillada. Nous lui donnons la chance de poursuivre son rêve de devenir matador de toros.

Mario Vilau, c’est le catalan qui triomphe un peu partout en ce début de saison. Il est sorti a hombros à Pampelune. Par son courage et sa maturité, il a la capacité à transmettre de fortes émotions. Il a un engagement total sur les toros. Il est très talentueux. Quand nous avons signé le contrat avec lui, il avait peu de novilladas. Aujourd’hui il est programmé dans beaucoup d’arènes. C’est tant mieux pour lui et l’aficion catalane. Nous avons monté un cartel avec un jeune plein de fougue et qui triomphe partout et l’expérimenté plein de patience et de courage. C’est un cartel très équilibré.»

Tertulias : « Pourquoi avoir choisi les Dolores Aguirre et les Raso de Portillo pour la corrida? »

Nicolas Pétriat : «  Pour les Dolores Aguirre, cela s’imposait après la prestation de cette ganaderia en 2025 à Orthez. Au soir de la corrida de l’an dernier, nous voulions programmer une corrida complète de ce fer. Ce n’est pas évident car la camada est courte, on a réservé un lot complet. De son côté San Agustin de Guadalix voulait aussi les programmer en desafio. Le ganadero a du partager entre ces deux arènes toristes. Nous avons été obligé de rechercher trois autres toros pour monter un desafio. En plus l’idée du défi ganadero plait chez nous. Les gens voient des toros différents. Il est difficile de trouver des toros cette année. Il y a moins de disponibilité au campo, le prix a terriblement augmenté. Et avec l’émergence de Tres Puyazos, il y a un arène de plus sur le créneau toriste.

Cela réduit beaucoup le choix des ganaderias. Raso de Portillo a été très bien l’an dernier en novillada à Calasparra. La ganaderia a sorti trois toros dont un très intéressant à Riaza. Ce fer remonte la pente. Les novillos sortent bien. Le ganadero a gardé huit toros pour cette temporada.

Nous avons considéré que c’était le moment de les programmer. Face aux Dolores, c’est un gros défi pour la ganaderia qui va très bien préparer les toros. Ce sera un défi entre les toros du Nord et ceux du Sud. Il sera placé sous le signe du sérieux, de la diversité avec deux ganaderias très expérimentés. Quand on aime le toro, il faudra venir à Orthez.»

Tertulias : « Comment s’est opèré le choix des toreros? »

Nicolas Pétriat : « Cette année, nous avons attendu le maximum pour voir ce qui se passait à Vic et à Madrid. Nous avons eu raison. Nous avions mis sur la pré-liste Damian Castaño. Chaque année, il nous appelle. L’an dernier, il n’avait pas été très bien à San Agustin. Cette année, il a été très bien pour la Féria de Tres Puyazos. Il a été héroïque  à Vic avec un Miura d’antan. C’est donc naturellement, et nous en sommes ravis, que nous l’avons choisi comme chef de lidia.

Francisco Montero fera son quatrième paseo à Orthez qui est vraiment son arène. C’est un torero sincère, généreux qui transmet des émotions. Sa présence est un temps fort de notre journée taurine. Il a son public à Orthez et puis c’est grâce à lui que nous avons pu voir Yeguizo. Il a privilégié la mise en valeur du toro au premier tiers sans chercher à l’économiser pour la faena. Cristian Perez est la révélation de ce début d’année. C’est un torero très courageux. Il a fait une très forte impression à Las Ventas avec les Dolores Aguirre. Il a été recommandé par la ganadera.

Cela fait aussi partie de notre ADN de présenter quelqu’un qui débutera en France comme matador. Nous lui souhaitons le meilleur. Il sera déterminé qu’il a sa place dans le circuit des corridas toristas et particulièrement en France.

Quand nous l’avons rencontré, il nous a parlé d’Emilio de Justo. Il souhaite être découvert en passant par Orthez comme d’autres toreros l’ont été. Nous avons monté un cartel d’actualité avec Castaño très bon à San Agustin et Vic , Montero qui a été très courageux à Tres Puyazos et Cristian Perez qui a marqué des points à Madrid. En matière de communication, c’est très porteur . 

Tertulias : « Qu’est-ce qui fait que tu seras content au soir de la corrida? »

Nicolas Pétriat : « Je serai content à 18h05 quand je verrai les gradins remplis. C’est le premier critère. Cela voudra dire que ce que nous proposons est intéressant et fait se déplacer le public. Et si c’est encore plus garni que l’an dernier, on aura le sourire.

Bien évidemment on est exigeant donc on veut un spectacle sérieux. Mais nous sommes une troisième catégorie, une arène de pueblo, il faut garder cet esprit et qu’il  y ait de l’animation et tout un environnement sérieux et festif à la fois. Les gens doivent passer une journée conviviale à Orthez. Si le premier tercio de piques , grâce aux chevaux de Bonijol et de bons piqueros, est spectaculaire, cela nous ira très bien.»

Tertulias : « Un dernier mot? »

Nicolas Pétriat : «  Je voudrais remercier Tertulias pour cet entretien et de  l’intérêt et le soutien que vous portez aux petites arènes  C’est important et on vous en remercie énormément . »

Merci Nicolas et suerte pour cette journée taurine d’Orthez.

Pour réserver plusieurs possibilités : sur place à la mairie d’Orthez mercredi et jeudi de 14 h à
17 h, aux arènes samedi de 9 h à 13 h et dimanche à partir de 9 h 30 ou par internet
https://orthez-billeterie.maplace.fr

Propos recueillis par Thierry Reboul

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