Seissan : la petite arène qui a l’envie de faire vivre la novillada
Seissan : la petite arène qui a l’envie de faire vivre la novillada
À quelques jours de la novillada de Seissan du 6 septembre, Jean-Jacques Joaniquet, membre de la commission taurine, s’est confié à Tertulias. Il revient sur les choix qui ont présidé à la composition du cartel, le bilan de l’édition 2025. Il évoque la philosophie de cette petite plaza gersoise et les difficultés auxquelles sont confrontés aujourd’hui les organisateurs.
Un travail d’équipe pour définir le cartel de la novillada
À Seissan, la préparation de la novillada repose sur une équipe réduite mais particulièrement impliquée. La commission taurine compte cinq membres, autour de son président Daniel Danflous , avec Alain Barère, Georges Fernandez, Jean-Jacques Joaniquet et un autre membre. Une structure indépendante qui prépare chaque année son rendez-vous en suivant une ligne claire : observer les novilleros de la temporada précédente, repérer les jeunes en devenir et, surtout, tenter de dénicher celui qui pourra devenir la tête d’affiche du cartel.
Jean-Jacques Joaniquet explique que le travail commence plusieurs mois à l’avance, en suivant notamment les novilleros qui se sont distingués la saison précédente. C’est cette méthode qui avait conduit la commission à retenir Julio Norte pour l’édition précédente. Le choix s’était révélé particulièrement pertinent puisque le jeune torero avait réalisé une excellente temporada avant de poursuivre sa progression jusqu’à l’alternative.

Pour 2026, la commission a cette fois porté son choix sur Mario Vilau. Son courage et sa personnalité avaient particulièrement marqué les organisateurs lors de sa précédente saison. Le novillero catalan avait notamment coupé deux oreilles à Saint-Gilles et terminé sa temporada avec des statistiques particulièrement significatives : 15 novilladas, 35 oreilles et une queue.
Le choix avait donc été arrêté dès le mois de février. Pour Jean-Jacques Joaniquet, Mario Vilau constituait naturellement la tête d’affiche du cartel de Seissan.
Une décision qui prend aujourd’hui une dimension supplémentaire puisque le novillero catalan s’est imposé comme l’un des jeunes les plus suivis de la temporada. Sa présence à Seissan reste toutefois conditionnée par son état physique après une blessure récente. Les organisateurs suivent attentivement son évolution. Le novillero catalan s’est reposé afin de pouvoir honorer ses nombreux engagements de la semaine, parmi lesquels figure le rendez-vous seissanais.

Une première novillada avec picadors couronnée de succès
L’édition 2025 avait constitué une étape importante pour Seissan puisqu’il s’agissait de la première novillada avec picadors organisée dans les arènes.
Sur le plan de la fréquentation, le résultat avait dépassé les attentes avec un peu plus de 600 entrées payantes, un record pour la manifestation. Un résultat particulièrement encourageant pour une petite plaza.
Artistiquement, le bilan est également jugé satisfaisant. Le lot de Jean-Louis Darré avait notamment donné satisfaction, avec plusieurs novillos intéressants, en particulier les troisième et quatrième.
La prestation de Julio Norte avait particulièrement séduit le public. Les organisateurs ont en revanche trouvé Javier Zulueta légèrement en retrait, alors qu’il devait prendre l’alternative quelques jours plus tard à Séville. Juan Molas, pour sa part, avait effectué le travail attendu.

Pour Jean-Jacques Joaniquet, l’essentiel était surtout que le public ait répondu présent et que le spectacle ait permis de confirmer la pertinence du choix effectué par la commission.
L’objectif pour cette année est désormais de retrouver une fréquentation comparable. « Je serais content si on avait la même cette année », résume-t-il.
Une petite arène qui revendique sa vocation
La date de Seissan n’est pas choisie au hasard. Depuis la relance de la tauromachie dans la commune par François Rivière, en 2002, le rendez-vous est traditionnellement fixé au premier dimanche de septembre, en lien avec les fêtes locales.
La proximité de Bayonne peut toutefois avoir une incidence sur la fréquentation. Les dates des corridas bayonnaises oscillent selon les années entre le dernier week-end d’août et le premier de septembre. Cette concurrence est d’autant plus sensible pour une petite arène qui dépend essentiellement d’un public de proximité.
Seissan revendique une identité taurine particulière. La plaza ne recherche pas systématiquement la difficulté extrême du bétail. Sa priorité est de présenter des novillos sérieux mais permettant aux jeunes toreros de s’exprimer.
« Pour une petite arène comme Seissan, il faut que les gens voient quand même un peu de spectacle. Il faut que le spectacle soit agréable », explique Jean-Jacques Joaniquet.
Le public est majoritairement local, avec une forte présence du Gers et de la Haute-Garonne. La commission espère également attirer les supporters catalans de Mario Vilau. Lors de ses dernières prestations, ceux-ci se sont montrés nombreux à le suivre malgré les distances.
Clovis devait être là, Hugo Tarbelli le remplacera
La composition du cartel a toutefois connu un changement de dernière minute.
Comme chaque année, les organisateurs souhaitaient associer un torero français à la novillada. Leur premier choix s’était porté sur Clovis, considéré par la commission comme l’un des meilleurs novilleros français actuels.
Mais une blessure au genou, contractée à Mont-de-Marsan puis aggravée à l’entraînement, l’a contraint à renoncer.
La commission s’est alors tournée vers Hugo Tarbelli, qui présentait plusieurs garanties. Le jeune torero avait déjà effectué deux remplacements de Clovis et coupé deux oreilles à chacune de ces occasions. Il avait également remplacé Serrano avec succès.

Son efficacité avec l’épée constitue un autre atout. « Il a un coup d’épée assez exceptionnel », souligne Jean-Jacques Joaniquet.
Le troisième torero retenu est Jesús Romero. Repéré à Garlin, il avait séduit les organisateurs par son toreo classique et sérieux. Peu programmé, le jeune Espagnol bénéficiera à Seissan d’une véritable opportunité.
Le choix renouvelé de Jean-Louis Darré et des Camino de Santiago.
Côté bétail, la commission a décidé de renouveler sa confiance à Jean-Louis Darré. Le lot présenté l’année précédente avait donné satisfaction et plusieurs novillos avaient offert de bonnes possibilités.
Le nouveau lot doit permettre de conserver un équilibre entre sérieux et possibilités de faena. Une orientation qui correspond à la philosophie de Seissan : proposer du bétail suffisamment exigeant pour donner de la valeur aux prestations, sans rechercher systématiquement l’extrême difficulté.






Rendre hommage à François Rivière
Cette journée aura également une dimension particulière avec l’hommage rendu à François Rivière, ancien maire récemment décédé et figure essentielle de la relance de la tauromachie à Seissan.
Une plaque doit être déposée vers midi dans le patio de caballos, à proximité de celle consacrée à Brigitte Calvet, ancienne présidente. Cet hommage rappellera le rôle joué par François Rivière dans la renaissance taurine de la commune.
Une journée entièrement consacrée à la tauromachie
Le programme débutera à 11 heures avec deux erales de Camino de Santiago, destinés aux aficionados prácticos Hervé Galtier et Guillaume Teulé.
À 13 heures, place au repas avec le veau à la broche, avant la novillada de 17 heures.
La commission ne cherche pas à multiplier les animations autour de la manifestation. Sa volonté est de conserver une journée lisible, centrée sur les arènes et sur la tauromachie.
Les arènes, qui comptent un peu plus de 1 000 places, accueillent également d’autres manifestations au cours de l’année, notamment des concerts. Leur conception s’inscrit d’ailleurs dans une logique proche de celle d’un théâtre de verdure, pensée dès l’origine comme un équipement pouvant vivre au-delà des seuls rendez-vous taurins.
Les difficultés croissantes des petites arènes
Derrière l’organisation de cette novillada apparaît une préoccupation plus générale : la fragilité économique des petites plazas.
À Seissan, l’organisation est indépendante et repose en partie sur les recettes générées par une bodega ouverte durant les week-ends. Les bénéfices permettent de contribuer à absorber l’éventuel déficit de la manifestation.
Quelques entreprises et particuliers apportent également leur soutien, mais les organisateurs doivent composer avec une hausse importante des coûts.
Les assurances, les garanties réglementaires, le transport des animaux et les frais sanitaires représentent désormais une charge importante. À cela s’ajoute la difficulté de constituer une équipe médicale disponible.
La commission a ainsi dû rechercher pendant plusieurs semaines un médecin susceptible d’assurer la couverture médicale de la course. Jérôme Porterie a finalement accepté de prendre en charge la constitution de l’équipe médicale.
Cette difficulté à fidéliser les équipes médicales constitue aujourd’hui un problème récurrent pour les petites arènes. Les praticiens acceptent parfois de se déplacer une année, mais rien ne garantit leur disponibilité la saison suivante.
« Les petites arènes ont besoin de monde »

Au-delà du choix des toreros et du bétail, le message de Jean-Jacques Joaniquet est finalement très simple : « les petites arènes ont besoin de leur public.»
La multiplication des spectacles sur une même période réduit mécaniquement la capacité des aficionados à se déplacer partout. Pour les petites plazas, chaque spectateur compte.
À Seissan, l’ambition n’est donc pas de rivaliser avec les grandes ferias. Elle est de faire vivre une tradition taurine dans un village, de proposer une novillada attractive et de donner aux jeunes toreros une véritable opportunité.
Le rendez-vous du premier dimanche de septembre sera ainsi autant une novillada qu’un test pour la pérennité d’une petite arène qui entend continuer à exister par ses propres moyens.
Pour Jean-Jacques Joaniquet et toute l’équipe de la commission taurine, le meilleur signe de réussite restera finalement celui qui se mesure le plus simplement : des arènes bien remplies.
Merci Jean Jacques et suerte pour cette journée taurine du 6 septembre. Pour le repas, dont le prix est de 20 euros, la réservation est obligatoire en téléphonant au 06 09 51 65 81.
Propos recueillis par Tertulias auprès de Jean-Jacques Joaniquet
