Málaga : Fortes récolte trois oreilles dans son jardin
Málaga : Fortes récolte trois oreilles dans son jardin
No hay billetes para hoy était placardé sur la devanture de la taquilla. Il est vrai que le cartel du jour avait de quoi séduire. Morante, dont le forfait lors de la précédente édition avait laissé un goût amer, suscitait une réelle attente. Diego Urdiales, dont la tauromachie est aussi rare que précieuse, défilait aujourd’hui aux côtés de celui qu’il avait remplacé, avec bonheur, l’année dernière. Enfin, Jiménez Fortes, à domicile à la Malagueta, aurait à cœur de confirmer les belles dispositions affichées depuis maintenant deux temporadas. L’équation était donc simple : trois personnalités, trois conceptions du toreo. Hélas c’était sans compter avec l’inconnue de l’équation : les toros de Núñez del Cuvillo.
Les toros
Les pupilles de Joaquín Núñez forment un lot disparate, tant par le trapío que par le comportement. Du deuxième, pesant 500 kilos et protesté à sa sortie, au troisième, affichant 575 kilos, le promedio s’établit à 544 kilos. L’ensemble est correctement armé, sans excès.
À l’exception du deuxième et, surtout, de l’ultime, qui offraient de réelles possibilités, l’envoi a manqué de fond, de force et de mobilité. Face à la cavalerie, les comportements se sont révélés variés, mais souvent contrariés par une faiblesse constante. Mention particulière, toutefois, au premier adversaire d’Urdiales, qui se montre bravito en deux puyazos.
Les toreros
Morante, volontaire, a été mal servi au sorteo, comme souvent, et tire le maximum de ses opposants.
Urdiales laisse échapper une véritable opportunité face à son premier adversaire, avant de se reprendre devant son second, un toro tardo qu’il fallait consentir avec autorité.
Fortes, porté par son public, fait preuve d’une entrega permanente, lui permettant de couper trois pavillons. Récompenses quelque peu généreuses mais lui offrant la grande porte de son jardin.
Fiche Technique
- Málaga. Corrida. 5ème de feria. 6 toros de Núñez del Cuvillo
- Morante de la Puebla (Saumon et or) : Salut – Salut (avis)
- Diego Urdiales (Azabache et or) : Salut – Salut
- Saúl Jiménez Fortes (Sangre de toro et or) : Oreille (avis) – 2 Oreilles
- 14 piques. Cuadra de caballos Equigarce.
- Président : Carlos Bueno Guezala
- Salut de Curro Vivas et Javier Gomez Pascual
- Fortes sort par la grande porte.
- Plein.
- Soleil et vent gênant. 30 °C.
Toro à toro
Morante de la Puebla
1° toro – Aguilito – 543 kg – 11/21
Un joli negro, bien armé, ouvre la course. Un peu violent dans le capote de Morante, il ne lui permet pas de s’exprimer et manifeste rapidement quelques signes de faiblesse.
Il prend une première pique sans pousser, puis s’endort sous le fer lors de la seconde rencontre.
Morante débute sa faena aux tablas par des doblones de classe, conclus par un changement de main bienvenu. A droite, le toro est mis en confiance par des derechazos tout en douceur. Sur la corne gauche, le bicho est moins franc, ce qui n’empêche pas la musique de se faire entendre. De retour sur la dextre, le Cigarero tente de maintenir l’intérêt face à un toro déjà peu mobile et dont le rythme ne cesse de décroître. Morante se fait bousculer, heureusement sans conséquence. Il revient à gauche pour arracher quelques naturelles de bonne facture à un adversaire devenu tardo. La faena est conclue par un desplante original, la muleta dans le dos.
Une entière caída met fin au combat. La pétition, jugée minoritaire, n’est pas suivie d’effet.
Salut. Silence à la dépouille.
4°toro – Retalito– 549 kg – 04/21
Le quatrième est très armé. Il freine des quatre fers dans le capote de l’Andalou qui ne peut tirer que deux véroniques de classe.
Après avoir fusé sur Fernando del Toro, le Núñez est lourdement châtier au cours de quatre rencontres données dans le désordre, dont une avec le cheval de réserve.
Décidé Morante débute sa faena par des doblones, un genou en terre, avant une grande série de derechazos. L’enchaînement sur la gauche est hélas contrarié par le manque de fond et de mobilité du toro, peut-être trop piqué. Le vent s’en mêle et l’ensemble tourne court. Le final est toutefois rehaussé par une nouvelle bonne série droitière, profonde, puis par quelques naturelles templées, données le corps relâché.
Morante place un tiers de lame dans le rincón suivi d’un descabello après avis.
Salut. Sifflets à l’arrastre.
Diego Urdiales
2° toro – Ricardillo – 500 kg – 09/21
Urdiales affronte le toro le plus léger du lot, protesté dès son apparition. Le capoteo d’ouverture est réduit au strict minimum, mais s’achève cependant sur une jolie demi-véronique. C’est peu.
Le Núñez reçoit un bon premier puyazo en mettant les reins, puis une seconde ration de fer au cours de laquelle il confirme une certaine bravoure.
Fortes intervient opportunément au quite par chicuelinas ajustées.
Le début de faena est prudent, malgré une trincherilla de cartel. Gêné par le vent, Urdiales peine cependant à trouver le sitio. À droite, le toro s’engage franchement et humilie dans la muleta du natif de La Rioja, qui demeure pourtant sur la réserve. Du côté gauche, le diestro est tout aussi en retrait et abuse du pico sans parvenir à lier ses muletazos.
Finalement la prestation est en deçà des possibilités offertes par le toro. Diego en termine au second assaut d’une entière contraire.
Le public bienveillant l’invite à saluer et réserve une division d’opinion au bicho.
5°toro – Bombardito– 560 kg – 10/21
Le cinquième, bien armé, ne s’engage pas, lui non plus, dans le capote.
Il reçoit une lourde première ration de fer, administrée en carioca. Le second châtiment est tout aussi appuyé et pris sans classe.
Tardo, dépourvu de fond et de moteur, le toro offre peu de possibilités. Pourtant Urdiales va s’arimer. Il l’entreprend sur la corne droite et parvient à lui arracher des muletazos méritoires au cours d’une faena plus technique que spectaculaire. L’animal charge avec violence et derrote. Sur la gauche, il est pratiquement sans option.
Le Riojano l’expédie ad patres d’une habile lame delantera, rapidement efficace.
Salut et sifflets pour le Cuvillo.
Fortes
3° toro – Aviador – 575 kg – 11/21
Le troisième, le plus lourd du lot mais modestement armé, sort abanto. Fortes éprouve quelques difficultés à le fixer dans son capote, avant de le remater par une demi-véronique de gala.
Le toro reçoit deux picotazos, et paraît davantage attiré par le terrain du toril que par la cavalerie.
Curro Vivas salue après une seconde paire de banderilles magistrale, posée dans le berceau.
Fortes brinde au conclave et débute à genoux au centre du ruedo, soulevant immédiatement la plaza. Le vent vient cependant perturber la faena poursuivie de la main droite face à un toro donnant du jeu. Sur la gauche, le bicho sort des muletazos distrait, la tête haute. Le Malagueño reprend alors la dextre pour une série donnée dans les cornes, avant une nouvelle tentative à gauche qui souligne les défauts entrevus initialement.
Le final par manoletinas serrées est superbe. Hélas, un pinchazo puis une demi-lame caída, portés avant avis, viennent ternir une faena de grande intensité.
La pétition est majoritaire.
Oreille fêtée. Silence à la dépouille.
6°toro – Rosito – 535 kg – 12/21
L’ultime, court de charge, comme plusieurs de ses frères, nous auront privé de capoteo digne de ce nom.
Fortes réalise cependant une belle mise en suerte au cheval, par chicuelinas marchées.
Le toro est économisé lors de la première rencontre. Fortes poursuit par tafalleras, lors d’un quite qui faillit mal se terminer. La seconde rencontre est prise sans s’employer et le picador est applaudi pour ce service minimal.
Javier Gómez Pascual est appelé à saluer après un bon tercio de banderilles.
Après brindis amical à Morante, Fortes volontaire débute sa faena appuyé à la barrière, rythmée par les olés du public. D’emblée, il dessine une grande série droitière, compas ouvert. La concha flamenca retentit tandis que les derechazos sont enchainés main basse et que les pechos, libérateurs, sont réellement toréées.
Sur la gauche, l’embestida est plus hésitante, ce qui n’empêche pas le Malagueño de tracer quelques naturelles profondes. C’est néanmoins sur la droite que la faena s’achève magistralement, dans une communion totale avec la plaza. Las, une vilaine entière basse, vite retirée, vient gâcher la fête.
Deux pavillons tombent cependant du palco : un de trop au regard de l’estocade.
Ovation au bicho.
Conclusion
Fortes est donc le grand triomphateur de la soirée. Porté par son public, il compense par une entrega sans faille les imperfections de ses estocades. Les trois oreilles accordées paraissent généreuses, mais sa sincérité et son engagement ne prêtent pas à discussion.
Olivier Castelnau
