Málaga : De Justo triomphe de la mansada de Victoriano del Rio
Málaga : De Justo triomphe de la mansada de Victoriano del Rio
No hay quinto malo. Une fois n’est pas coutume, le proverbe se vérifie. Emilio de Justo profite du seul toro « potable », d’un encierro imbuvable de Victoriano del Rio. Il est également intéressant de constater que la seule présence de Roca Rey ne suffit plus à assurer un lleno de « hay billetes ».
Les toros
On a frôlé le petardo ganadero. Par bonheur Cantaor sorti en 5, un toro noblote sur les deux bords, sauve la corrida de Victoriano del Rio.
Le 3 invalide de l’arrière-train est remplacé au cours du deuxième tercio, par un sobrero ne valant guère mieux mais qui tient debout. A l’exception donc du 5ème et à un moindre degré du 6ème, les toros sont mansos, décastés et faibles. La palme revenant au 4ème un manso intégral, littéralement aimanté par les tablas.
Dans ces conditions, le premier tercio se résume à une première rencontre anodine suivie d’un simulacre au deuxième contact. Les quatre premiers toros sont copieusement sifflés à l’arrastre.
Les toreros
Talavante apathique, manifestement venu en spectateur, sort sous la bronca.
Roca Rey volontaire face à son premier adversaire n’a rien pu tirer de son deuxième opposant.
Emilio de Justo s’est montré déterminé tout au long de l’après-midi. Après avoir dû composer avec un premier adversaire sans option, il sait profiter de son bon sorteo face à Cantaor. Appliqué, engagé et décidé, il lui coupe les deux oreilles et s’ouvre ainsi la grande porte de la Malagueta.
Fiche Technique
- Málaga. Corrida. 4ème de feria. 6 toros de Victoriano del Riodont dont un sobrero (3bis)
- Alejandro Talavante (Lilas et or) : Silence – Pitos
- Emilio de Justo (Marine et or) : Salut – 2 oreilles
- Andrés Roca Rey (Aubergine et or) : Salut – Silence
- 12 piques. Cuadra de caballos Equigarce.
- Président : Carlos Bueno Guezala
- Salut de « Viruta » au troisième.
- Emilo de Justo ouvre la grande porte.
- Entrée 9/10
- Nuageux. 30 °C.
Toro à toro
Alejandro Talavante
1° toro – Frenoso – 563 kg – 11/21
Talavante accueille au capote son premier adversaire, par le strict minimum. En bon manso, le toro fuse successivement vers le cheval de réserve puis vers le titulaire pas encore en place. Il est mal piqué en deux rencontres données en carioca.
Emilio de Justo faisant montre d’entrega intervient pour un superbe quite par chicuelinas ajustées, conclut par une somptueuse revolera qui soulève la plaza.
Talavante débute sa faena par des passes aidées par le haut face à un toro tardo. Les premières séries droitières sont conduites avec une extrême prudence : profilé et constamment fuera de cacho, le torero ne s’engagera pas davantage à gauche. Le toro manque totalement de moteur, et Talavante ne se fait pas prier pour aller chercher l’estoc.
Deux pinchazos par le périphérique précèdent une entière caída. Silence. Pitos à l’arrastre.
4°toro – Jaceno– 572 kg – 03/22
Dès le capote, face à son deuxième opposant qui donne des signes inquiétants de mansedumbre, Talavante nous montre bien qu’il n’a pas envie. Il laisse le soin à Alvaro Montes de mettre le toro en suerte pour une première pique prise en poussant sur une seule corne. La deuxième rencontre est pour la forme.
Le deuxième tercio est contrarié par un animal complètement parado.
Au vu de l’entame de faena, on comprend très vite que l’affrontement va tourner court. Le toro cherche immédiatement refuge dans les planches, du côté du toril. L’Extremeño ne fait rien, ou presque, pour tenter de l’en sortir et plie bagage en cinq minutes, montre en main.
Une entière en place, portée au deuxième assaut, met fin à cette purge.
Pitos aux deux protagonistes : au torero pour avoir simplement expédier les affaires courantes et au toro pour n’avoir de bravo que le nom.
Emilio de Justo
2° toro – Jubilado – 575 kg – 02/22
Le premier adversaire de Emilio de Justo est un castaño correctement armé. Il donne lui aussi rapidement des signes de mansedumbre et paraît davantage intéressé par les tablas que par les sollicitations des capotes.
L’accueil par véroniques soignées, gagnant progressivement le centre est particulièrement apprécié. Il s’en suit une superbe mise en suerte au cheval par chicuelinas marchées, montrant toute la détermination du natif de Cáceres. Le toro reçoit une première pique sans pousser, puis une seconde simulée.
Roca Rey intervient au quite par chicuelinas et tafalleras.
Emilio entame sa faena en prenant la mesure du bicho par derechazos liés, ponctués d’un magnifique changement de main qui déclenche la musique. Hélas sur la corne gauche, le toro se désintéresse rapidement de la muleta et s’oriente systématiquement vers les planches pour finir en querencia contre les tablas. De fait, la faena va a menos.
Une demi-lame bien placée vient à bout du manso. Petite pétition avant salut et sifflet à la dépouille.
5°toro – Cantaor– 544 kg – 12/21
Le cinquième est un burraco sans excès de tête. Il montre lui aussi quelques signes de faiblesse mais sa charge semble exploitable. Il reçoit une petite pique dont il ressort à genoux, puis un second contact purement formel.
Emilio de Justo brinde au public sous une grande ovation.
En maintenant la muleta à mi-hauteur, il parvient à arracher des séries de derechazos vibrants qui imposent la musique. La corne droite est bonne. Le toro répond également bien sur la gauche. Le corps relâché, Emilio dessine alors des naturelles fluides et templées.
Il reprend ensuite la main droite, abandonne l’épée et offre un superbe final. L’entière est trasera mais libère deux oreilles, la deuxième nous paraissant un peu généreuse. Son octroi bénéficie, probablement de l’ennui général précédant. Emilio reçoit les félicitations de ses compagnons de cartel ainsi que celles de Diego Urdiales présent dans le callejon. La vuelta est longuement fêtée au son du solennel Puerta Grande. Cantaor est applaudi.
Andrés Roca Rey
3° toro bis – Ebanista – 582 kg – 09/21
Le troisième titulaire est plus armé, mais aussi plus léger. Il s’affale sur le sable à plusieurs reprises et interdit pratiquement tout toreo de capote. Le tercio de varas tourne au simulacre. Contre toute attente, le président finit par sortir le mouchoir vert après la deuxième paire de banderilles.
Le troisième bis est comme ses prédécesseurs, il fuit les capotes, charge de façon désordonnée et donne lui aussi d’inquiétants signes de faiblesse. En bon manso, il va chercher sa ration de fer auprès du cheval de réserve, dont il ressort en titubant. La seconde pique n’est qu’un nouveau simulacre.
Viruta salue après des bandérilles correctes.
Roca Rey décidé, brinde au conclave. Le Péruvien commence sa faena par des statuaires liée dans un mouchoir de poche, ponctuées de deux changements dans le dos qui déclenchent la musique.
Très technique, Roca Rey parvient un temps à intéresser son adversaire et à l’embarquer dans sa muleta au cours de derechazos valeureux, donnés en avançant la jambe. À gauche, les choses se compliquent : chassez le naturel, il revient au galop. La nature du manso reprend le dessus obligeant la musique à s’interrompre. Le toro prend querencia dans les tablas du toril, d’où, malgrés les efforts, il est impossible à déloger. La faena est entraînée vers le bas par un toro complètement décasté. À l’impossible, nul n’est tenu. Roca Rey porte une entière bien placée et efficace lors du deuxième assaut. La pétition est minoritaire.
Salut. Pitos au toro.
6°toro – Curioso – 530 kg – 03/22
Après la prestation de De Justo, la pression repose désormais sur les épaules de Roca Rey. Le sixième est terciado. Il semble disposé à en découdre dans le capote du « King ». Les deux rencontres avec le cheval sont sans histoire, la seconde demeurant parfaitement anodine.
Roca commence prudemment sa faena sur la corne droite. La musique retentit par surprise, comme pour rompre le silence et encourager le diestro. Mais la faena composée de muletazos égrenés les uns après les autres sur la corne droite, seule fréquentable, ne connectera jamais avec le public. Le numéro de porfia final finit par réveiller les supporters du Péruvien.
La demi-lame bien placée est suffisante pour faire tomber le toro mais pas l’oreille réclamée par le fan club.
Silence au piéton et au quadrupède.
Conclusion
Au terme de cette corrida, on ne retiendra que le triomphe d’Emilio de Justo. Déterminé du début à la fin, il a su exploiter avec sincérité et engagement les qualités du seul animal disposant de quelques qualités. Emilio de Justo ouvre une nouvelle fois la puerta grande de la Malagueta à laquelle il semble, désormais habitué.
Olivier Castelnau
