Lunel : Marco Pérez coupe deux oreilles lors d’une corrida décevante.
Lunel : Marco Pérez coupe deux oreilles lors d’une corrida décevante.
Si la programmation de la veille séduisait par son caractère inédit, le cartel dominical s’inscrit lui dans une logique beaucoup plus habituelle. Pour la quatrième année consécutive, Sébastien Castella et Alejandro Talavante retrouvent le sable de la piste pescalune. Ils sont cette fois accompagnés par le jeune Marco Pérez, dont la présence complète ce cartel « de luxe ».
La véritable nouveauté réside finalement dans l’absence de Lea Vicens qui était devenue au fil des éditions une habituée des lieux, mais cette année elle est appelée à chevaucher en Cantabrie du côté de Santander.
Si la veille la corrida française a apporté de nombreuses satisfactions, en ce dimanche les absents ont eu…raison. La faute au lot de toros de Garcia Jimenez insipide mais également au manque de motivation des piétons. Seul Marco Pérez a paru concerné.
Résumé
Les toros
Pour cette corrida, le choix du bétail s’est porté sur un élevage de garanti, très prisé du côté de Séville, celui de la Casa Matilla, marqué du fer de Garcia Jiménez, d’origine pur Domecq complété par un exemplaire du fer de Olga Jimenez Fernandez d’origine strictement identique.
Dans un tel contexte, il était illusoire d’espérer voir surgir des chiqueros des foudres de guerre. Le lot présenté s’est donc montré conforme à ce pour quoi il avait été retenu : homogène de présentation, d’un format réduit, peu armé et d’une remarquable complicité. Un lot manquant de force, manquant de race, manquant de moteur ; bref manquant de tout. On distinguera le 3 Fotografo noble sur les deux cornes mais d’une noblesse fade confinant à la sosería. La vuelta posthume qui lui a été accordée est totalement absurde.
Inutile de préciser que le tercio de varas fut réduit à une simple formalité, la monopique étant érigée en principe. Quant aux tercios de banderilles, aucun ne mérite d’être retenu.
Les toreros
Sébastien Castella, actuellement au sommet de son art et en grande forme, a construit face à son premier adversaire une faena appliquée, technique et parfaitement maîtrisée. En revanche, il n’a rien pu tirer d’un second toro totalement dépourvu de moteur.
Alejandro Talavante, malgré un lot qui lui tendait ses oreilles, est passé complètement à côté de son après-midi. Transparent, il a donné le sentiment que cette corrida de Lunel n’était pour lui qu’une corrida de plus – ou une corrida de moins – dans son agenda.
Seul Marco Pérez a semblé impliqué. Face à Fotografo, il a su saisir l’occasion qui lui était offerte de lui couper les deux oreilles. En revanche, il n’y eut rien à retenir de son dernier combat, mal conclu.
La corrida vue par l’objectif de Daniel Chicot
Fiche Technique
- Lunel. Arènes Francis San Juan. Corrida. 2ème de feria. 5 toros de García Jiménez et 1 toro de Olga Jimenez Fernandez (6)
- Sébastien Castella (parme et argent) : oreille (avis) – silence (avis)
- Alejandro Talavante (bleu roi et argent) : silence (avis) – silence (avis)
- Marco Pérez (lilas et or) : 2 oreilles – silence (avis)
- 6 piques, cuadra P. Heyral
- Vuelta al ruedo pour Fotographo de Garcia Jimenez N°11
- Président: Monsieur Gorge.
- Sortie a hombros de Marco Pérez.
- Entrée 4/5 éme
- Canicule. 37°C à l’ombre plus de 40°C au soleil
Toro à toro
Sébastien Castella
1° toro – Tequila N°79 494 kg.
Sébastien Castella hérite en premier d’un petit gabarit mal armé noble et de peu de race. Après la monopique symbolique, Castella construit une faena très technique et parfaitement maîtrisée, surtout sur la droite. La gauche se révèle moins convaincante mais le maestro conclut avec élégance. Entière efficace après un avis. Descabello. Oreille justifiée et palmas à la dépouille.
4°toro – Estero N°184 512 kg
Le 4 est grassouillet et gacho. Il prend une pique carioquée dont il sort affaibli. Après une entame de qualité, Castella se heurte a un adversaire qui se décompose progressivement. Malgré toute sa technique et sa bonne volonté, la faena va a menos. Pinchazo hondo après avis suivi de deux descabellos. Silence aux deux protagonistes.
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Alejandro Talavante
2° toro – Tequila N° 182 522 kg
Face à un toro mal armé vite escobillé mais possédant une bonne noblesse et sans difficulté, Talavante livre une prestation monotone et sans étincelle. Les séries s’enchaînent sans émotion. La musique très présente ne parvient pas à réchauffer l’ambiance. Entière caidita après un avis. Silence. Palmas à l’arrastre.
5°toro – Decorador N° 28 506 kg
Decorador est rondouillard et peu armé. Il possède une bonne embestida dont Talavante ne voudra profiter. L’Extremeño torée sans conviction et de façon superficielle abusant du pico de la muleta. Au final, deux véroniques allurées, le chat est maigre…Entière tombée après avis et pinchazo. Silence poli. Ovation au bicho.
Marco Pérez
3° toro – Fotografo N°11 496 kg
Marco Pérez touche le meilleur toro du lot, un joli negro harmonieux et un tout petit peu plus armé que ses frères. Début de faena à genoux qui porte sur les gradins. Le jeune maestro profite pleinement de la noblesse exceptionnelle de son adversaire. Un véritable carreton. La faena est spectaculaire et variée : derechazos, circulaires, arrucina et naturelles de face. La faena se termine comme elle a commencé : à genou. Conclusion par luquesinas et desplante a cuerpo limpio qui fait lever le conclave. Et comme l’estocade à se mouiller les doigts est foudroyante le palco libère deux oreilles méritées. En revanche le mouchoir bleu ne s’imposait pas au regard d’un premier tiers inexistant.
6°toro – Caralimpia N°90 512 kg
L’ultime toro de la course fin et correctement armé est du fer de Olga Jimenez. Il est aussi discret au cheval que ses congénères. Très motivé, Marco Pérez se heurte à un toro plus exigeant. Après une spectaculaire vuelta de campana à la sortie du premier doblon, la faena va s’étirer en longueur avec beaucoup d’approximations comme ce violent désarmé et surtout beaucoup de muletazos servis sur le passage ou avec le pico de la muleta. C’est long. Avis. Habile entière en avant après deux pinchazos. Double silence pour ne pas faire de jaloux.
Conclusion
La feria pescalune s’achève avec la sortie en triomphe de Marco Pérez par la Grande Porte des arènes Francis San Juan. Si cette corrida dominicale a permis au jeune Espagnol de confirmer tout son talent et à Sébastien Castella de poursuivre son excellente temporada, c’est pourtant la corrida 100 % française du samedi que je retiendrai.
Non par chauvinisme, mais parce qu’elle a démontré qu’il n’est pas toujours nécessaire d’aller chercher loin ce que l’on possède à portée de main. Avec des toros de bon jeu, de présentation sérieuse et des toreros pleinement investis, cette corrida tricolore a offert un spectacle de grande qualité.
Il convient de féliciter les organisateurs pour cela. Ils ont relevé et gagné un pari ambitieux. Une initiative qui pourait inspirer d’autres empresas et qui mériterait d’être pérennisée.
Olivier Castelnau




































































