Lunel : Nos toreros et ganaderos redorent le blason de la France.
Lunel : Nos toreros et ganaderos redorent le blason de la France.
À une époque où la tendance est davantage à la réduction qu’à l’augmentation du nombre de spectacles taurins, il convient de saluer l’initiative d’une plaza qui fait le choix inverse. En proposant un week-end entièrement consacré à la tauromachie espagnole, articulé autour de deux corridas, Lunel s’offre les contours d’une véritable mini-feria.
La corrida de ce jour reprend un concept récent initialisé à Nîmes et qui suscite un réel intérêt : une affiche 100 % française. C’est une juste reconnaissance du travail accompli depuis des années par les ganaderos français, dont les élevages n’ont cessé de progresser en qualité et en régularité. C’est également un projecteur braqué sur nos matadors, dont le talent et le professionnalisme demeurent trop souvent sous-estimés, y compris dans leur propre pays.
Cette corrida « bleu, blanc, rouge » constitue selon moi, le temps fort de ce week-end taurin. Au-delà des symboles, elle affirme la vitalité de la tauromachie française et sa capacité à proposer des cartels originaux, cohérents et porteurs de sens.
La Marseillaise ouvre, comme il se doit cette corrida, avant que les sept toreros français ne soient appelés à saluer.
Résumé
Les toros
Les sept toros du jour, choisis parmi différents élevages du sud-est sont correctement présentés en adéquation avec la catégorie de la plaza. Les représentants de Fernay, San Sebastian, et Alain et Frédérique Tardieu sont supérieurement armés. Tous sont économisés au cheval en une monopique, à l’exception du 7 de Alain et Frédérique Tardieu, piqué en manso et recevant trois rations de fer sans pousser.
Dans l’ordre de sortie :
- Capélan, de Christophe Yonnet : noble essentiellement sur sa corne gauche.
- Cubano de Jalabert : noble.
- Rosito de Fernay : brave mais sans chispa à la muleta.
- Malasombra de Pagès-Mailhan : noblissime mais peu piqué.
- Exorcista de San Sebastian : noble.
- Valiente de Tardieu Frères : manque de moteur et de transmission.
- Borracho de Alain et Frédérique Tardieu : manso sans option.
Les toreros
Aucun de nos représentants tricolores n’aura démérité. Bien entendu, la valeur de leurs prestations devra être appréciée au regard du faible nombre de leurs engagements. El Rafi et Adriano, les plus sollicités, coupent chacun une oreille. Mais le mérite revient à Tibo Garcia qui, malgré de rares contrats, obtient lui aussi un appendice qui aurait pu être doublé sans son échec aux aciers. Andy Younes aurait également pu couper un trophée avec un meilleur maniement de l’estoc.
Niño Julian, mal servi au sorteo, fait preuve de courage et de maîtrise face au manso sorti en septième position. Carlos Olsina hérite d’un toro sans gaz et tue mal. Quant au représentant du Sud-Ouest, Dorian Canton, il nous a semblé que, si son corps était bien à Lunel, sa tête, elle, se trouvait déjà à Mont-de-Marsan, où l’attend prochainement la corrida de José Escolar.
La corrida vue par l’objectif de Daniel Chicot
Fiche Technique
- Lunel. Arènes Francis San Juan. Corrida. 1ère de feria. 7 toros de Yonnet, Jalabert, Fernay & Hijas, Pagès Mailhan, San SebastianTardieu Frères, Alain & Frédérique Tardieu.
- Andy Younes (vieux rose et or) : salut (avis)
- Adriano (vermillon et or) : oreille (2 avis)
- Dorian Canton (marron et or) : silence (avis)
- Tibo Garcia (rose capote et or) : oreille
- El Rafi (bleu canard et or) : oreille
- Carlos Olsina (lilas et or) : salut (avis)
- Nino Julián (pourpre et azabache) : vuelta
- 9 piques, cuadra P. Heyral
- Vuelta al ruedo à Malasombra de Pagès-Mailhan
- Président : Monsieur Gorge
- Prix du meilleur torero : El Rafi
- Prix du meilleur toro : Malasombra de Pagès-Mailhan
- Entrée : moitié de l’ombre.
- Météo estivale.
Toro à toro
Andy Younes. Capélan de Christophe Yonnet. 482 kg.
Andy Younes hérite d’un Yonnet bien roulé mais commode de tête. Le toro prend un bon puyazo lors de son unique rencontre avec la cavalerie.
Après un brindis au public, Younes débute prudemment face à un adversaire noble mais montrant quelques signes de faiblesse. Une bonne série droitière déclenche la musique. À gauche, les naturelles se révèlent fluides, même si elles manquent un peu d’engagement. A droite le toro est tardo, mais sa corne gauche est excellente et permet à l’Arlésien de conclure superbement sur ce côté.
Hélas, trois pinchazos précèdent une vilaine lame portée dans l’épaule, suivi de deux descabellos. Salut. Palmas au Yonnet.
Adriano. Cubano de Marc Jalabert 500 kg.
Adriano se présente à Lunel après avoir coupé une oreille, la veille, à Bayonne. Il accueille par un capoteo plaisant, un joli castaño, ojo de perdiz, civilement armé. Le bicho reçoit une unique pique, poussée le cheval aculé contre la barrière suivie d’un quite fleuri.
Brindis à Adrien Poujol. Le Jalabert est doublé de façon élégante genou ployé. À droite, Adriano allonge le bras et donne de la cadence à ses séries, rapidement accompagnées par la musique. Moins en confiance à gauche, son trasteo manque d’engagement. La série de naturelles suivante, davantage croisée, gagne en intensité. Le toro est noble et ne pose pas de véritable problème.
Le final, débuté à genoux, est varié mais manque un peu de profondeur : bilbaínas inversées et circulaires qui portent sur les gradins. Manoletinas pour conclure. Une entière caída, après avis, précède une maladresse du puntillero qui relève le toro et entraîne un second avis. Oreille. Palmas au toro.
Dorian Canton. Rosito de Fernay y Hijas 515 kg.
Dorian Canton qui se présente dans le sud-est en tant que matador de toro, affronte un joli colorado de Fernay, bien armé et applaudi à sa sortie. Le toro est correctement piqué. Il reçoit un bon puyazo, puis met la cuadrilla en difficulté aux banderilles.
Brindis à Sébastien Castella. Le bicho manque de chispa. Il en résulte une faena appliquée, construite avec sérieux, mais sans relief. Malgré ses efforts, le Palois ne parviendra jamais à la faire décoller. Peut être son esprit vagabondait-il du côté de Mont de Marsan… ? Après un cadrage interminable, Dorian pinche avant de placer une entière delantera et caïda venant à bout du Fernay après avis. Silence et palmas à l’arrastre.
Tibo Garcia. Malasombra de Pagès-Mailhan 485 kg.
Tibo Garcia reçoit Malasombra par une larga de rodillas, puis poursuit par des véroniques allurées. Après une vuelta de campana, le toro est préservé par un picotazo rectifié.
Le Nîmois débute au centre joliment par un cambio dans le dos. Dès la première série de derechazos, le Pagès-Mailhan révèle une exceptionnelle noblesse. Il vient de loin, répète avec franchise et permet au diestro de lier d’excellentes séries sur les deux cornes. Une guitare et un chanteur flamenco accompagnent avec bonheur son début de faena. Avec ce bonbon, Tibo Garcia, qui torée peu, prend énormément de plaisir et nous en procure tout autant.
Des circulaires liées pour conclure une faena complète et bien menée. Hélas deux pinchazos précédant une entière un peu basse limitent la récompense à une oreille. Mouchoir bleu de troisième tiers au Pages-Mailhan qui n’a pas été piqué.
El Rafi. Exorcista de San Sebastian 488 kg.
El Rafi affronte un beau colorado de la famille Vangelisti, bien armé et applaudi à sa sortie. L’accueil par farol puis véroniques suaves est salué par les olés du public. Gabin Réhabi ménage ensuite l’animal par un simple picotazo. Aux banderilles, El Rafi partage le tercio avec Nino Julian ce dernier s’illustrant par une superbe paire dans le berceau.
Après un brindis au public, le Nîmois débute à genoux, au centre du ruedo. L’entame soulève le public et fait démarrer illico la musique. Intelligemment, El Rafi laisse respirer son adversaire, lui donne de la distance et lui sert de belles séries de derechazos. Le toro vient avec franchise et met bien la tête. Soucieux de préserver ses forces, il accorde régulièrement du répit à l’animal. La corne gauche s’avère également intéressante, mais le toro baisse progressivement de ton sonnant le temps de conclure, après luquesinas de bonnes factures.
Un pinchazo précède une entière contraire, un poil devant. Oreille fêtée. Ovation au toro.
Carlos Olsina. Valiente de Tardieu frères 488 kg.
Carlos Olsina hérite d’un toro de Tardieu très typé Núñez, flojito et qui reçoit un picotazo pour la forme.
Après brindis familial, le Biterrois débute par d’élégantes statuaires. Il enchaîne avec une bonne série droitière, compas ouvert. Mais la charge courte du toro et son absence de transmission limitent rapidement les possibilités. La faena, ambidextre, demeure correcte mais manque d’engagement et donc d’émotion.
Carlos Olsina termine par derechazos sans l’épée face à un animal parado et prompt à se retourner. Bernadinas pour conclure avant quatre pinchazos, suivi d’un tiers de lame et trois descabellos. Avis. Salut. Silence à la dépouille.
Nino Julian. Borracho de Alain et Frédérique Tardieu 496 kg.
Nino Julian fait sa présentation à Lunel en remplacement de Solal blessé et quelques semaines après son alternative istréenne. Son adversaire est un colorado bien armé. Abanto, le toro fuit les capotes, mais le jeune matador parvient avec patience à le fixer.
L’animal révèle rapidement des signes de mansedumbre attiré par le terrain des tablas. Difficile à mettre en suerte il doit être piqué en manso avec une première rencontre carioquée suivi de deux autres piques sans poussée. Le tercio de banderilles partagé par les deux Nîmois est laborieux et méritoire, face à ce toro distrait au comportement erratique.
Nino Julian appelle ses compañeros pour un brindis collectif, brindis brutalement interrompu par une charge soudaine et intempestive de l’animal vers le groupe de piétons semant la panique dans le ruedo. Le ton est donné. Dès les premiers muletazos, le toro ignore la muleta et ne manifeste d’intérêt que pour les planches.
Le jeune torero arrache quelques passes méritoires au cours d’une faena courageuse à la poursuite du bicho qui lui fait parcourir la totalité du ruedo, jusqu’au toril, destination finale du morucho. Trois pinchazos sont portés au fil des tablas, selon le bon vouloir de l’animal. Lors d’un pinchazo Nino Julian perd l’équilibre et se retrouve au sol sans conséquence. Une lame habile met fin au combat.
Vuelta al ruedo pour Nino Julian, justement récompensé pour son courage et son sens de la lidia. Bronca à l’arrastre.
Conclusion
Après plus de trois heures d’un spectacle durant lequel nous ne nous sommes pas ennuyés une seule minute, il convient de féliciter l’ensemble des protagonistes toreros et ganaderos. Sans les échecs répétés au moment de vérité, le bilan comptable aurait été encore plus favorable.
Et puisqu’il fallait établir un palmarès, El Rafi fut déclaré vainqueur, même si une partie du public — dont votre serviteur — aurait volontiers accordé la victoire à Tibo Garcia. En revanche, le prix du meilleur toro revint sans contestation possible à « Malasombra », de Pagès-Mailhan.
Olivier Castelnau


























































































