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Istres : En un rincón de nuestro corazón !

Istres : En un rincón de nuestro corazón !

L’aficion française s’est donné rendez-vous à Istres, en ce premier jour de l’été, pour rendre un hommage vibrant à l’une des plus grandes figures de la tauromachie contemporaine : le maestro colombien César Rincón.

Comme il fut rappelé lors du prologue de cette tarde exceptionnelle, César Rincón demeure le détenteur d’un exploit que nul n’a encore égalé : quatre Grandes Portes consécutives à Madrid, obtenues en 1991. Mais réduire César Rincón à cette statistique serait oublier l’essentiel. Car Rincón fut avant tout un révolutionnaire du toreo. Souvenons-nous du contexte. Les années 1980 avaient été marquées par l’influence écrasante de Paco Ojeda et de sa tauromachie verticale dite de « l’espace réduit », servie dans un « mouchoir de poche », spectaculaire certes, mais qui étouffait la charge du toro. Et puis, César Rincón est arrivé avec sa fraicheur et son toreo qui rendait au toro l’espace nécessaire pour exprimer toute sa puissance. En citant l’animal à distance, Rincón rétablissait un équilibre qui rendait sa place au toro.Cette conception du toreo allait marquer durablement son époque et influencer toute une génération de matadors.

C’est donc à juste titre que la France, ici à Istres, après l’Espagne à Madrid en octobre dernier, a souhaité célébrer à son tour, celui qui n’est pas seulement un torero d’époque, mais un torero pour l’Histoire.

Hommage donc, lui a été rendu en piste, par le Maire de la ville, Monsieur Robin Prétot accompagné de Bernard Carbuccia directeur des arènes. L’hymne national colombien et la Marseillaise ont retenti durant le paseillo.

Résumé
Les novillos

Afin de s’assurer d’un maximum de garantie, les novillos pour ce festival de gala ont été choisis chez Jandilla. Tous bien roulés et armés pour la circonstance, ils ont proposé un bon jeu contribuant largement au triomphe de la tarde. Les meilleurs ont été les 3, 4, 5 et 6. Rien à dire sur le premier tiers, la monopique a été de rigueur à l’exception du 1er qui reçut deux rations de fer.

Les toreros            

César Rincón est accompagné pour la circonstance de la maxima figura française, Sébastien Castella qui traverse actuellement une excellente période et de Juan Leal le matador arlésien plus habitué des combats épiques face à des adversaires d’une autre envergure.

Le festival vue au travers de l’objectif de Philippe Latour
Fiche Technique
  • Istres. Arènes du Palio. Festival de Gala. 6 novillos de Jandilla.
    • César Rincón (Traje Corto) :  Oreille – 2 Oreilles
    • Sébastien Castella (Traje Corto) : Salut – 2 Oreilles
    • Juan Leal (Traje Corto) :  2 Oreilles – 2 Oreilles
  • 7 piques, Cavalerie Bonijol
  • Président : Monsieur Cervantes
  • Salut de José Chacón au 5e  et de Marco Leal au 6e
  • Vuelta au 6e novillo
  • Sortie en triomphe de César Rincón, Sébastien Castella et Juan Leal
  • Entrée : plein apparent
  • Grand bleu. 35°C à l’ombre.
Toro à toro
César Rincón
1° novillo – N° 45– né en 02/2023

Dès les premières passes de cape, César Rincón démontre qu’il n’a rien perdu de sa planta torera. Trois véroniques templées conclues par une larga ont suffis pour rouvrir la boîte à souvenirs.

Après une chicuelina ciselée pour mettre le novillo parfaitement en suerte, celui-ci reçut deux piques. Sans doute, une de trop. Brindis à Sébastien Castella. Début de faena par des séries suaves données sur les deux bords. Comme aux plus beaux jours de sa carrière, Rincón cite de loin. Le novillo hésite à s’engager, le Colombien a alors le réflexe qui convient : plutôt que d’aller chercher son adversaire, il se recule encore et se déplace latéralement pour lui offrir un terrain plus favorable, déclenchant la charge. Hélas, le Jandilla, trop châtié lors des deux premiers tiers, a perdu une grande partie de son moteur et sa charge s’éteint progressivement.

Une grande entière contraire, au premier assaut libère l’oreille alors que la pétition n’est pas majoritaire. Les aficionados ont réclamé ce trophée justifié, non pas pour le simple mérite du combat mais pour le remerciement de toute son œuvre passée. Il est des oreilles qui valent davantage que certains rabos. En une larga, une chicuelina, et trois véroniques, César Rincón nous avait déjà comblés.

4°novillo– N°90 né en 11/2022

Dès l’accueil capoteo de son deuxième adversaire, le maestro colombien semble retrouver la fraîcheur et l’inspiration de ses grandes années. Les véroniques sont données avec douceur et engagement, tandis que la mise en suerte au cheval, exemplaire de précision, nous rappelle combien ce passage de la lidia avait toujours occupé une place essentielle dans son répertoire.

Après un brindis au public, l’entame par aidées par le haut est superbe de toreria.

Une trinchera magistrale sert d’entame à une première série droitière conduite avec cette science des distances qui demeure la signature du Colombien. Le novillo répond avec noblesse et Rincón trouve le parfait sitio pour lui laisser développer sa charge. Au cœur de la faena surgit une naturelle somptueuse, de celles qui hérissent le poil. Olé !

Si le novillo baisse progressivement de rythme, le maestro trouve encore les ressources pour proposer une grande série de la main droite, profonde et templée, qui constituera le sommet de la faena.

Une grande estocade portée avec détermination permet l’octroi de deux pavillons. La vuelta est fleurie et nos yeux s’embuent à l’idée que c’est probablement la dernière que nous lui voyons effectuer.

Sébastien Castella
2° novillo – N° 10 né en 03/2023

Passons rapidement sur le premier adversaire du Biterrois qui aura été le moins intéressant du lot. Brindis à Bernard « Marsella » avant que Sébastien Castella ne prenne la muleta. Hélas, le novillo se révèle vite limité, sans fond et sans moteur. Malgré toute sa bonne volonté, le torero ne parvient jamais à donner du relief à une faena qui se prolonge sans émotion. Trois quarts de lame tombé, nécessitant l’usage du descabello. Salut et silence à la dépouille.

5°novillo – N° 06 né en janvier 2023

Le cinquième novillo est le mieux roulé de l’envoi. Une unique rencontre avec le cheval suffit à remplir les obligations du premier tiers avant que José Chacón ne soit appelé à saluer pour son intervention aux banderilles.

Dès les premiers muletazos, Sébastien Castella comprend qu’il a face à lui un adversaire noble mais limité de fond. Avec intelligence, le Biterrois choisit de le ménager, en lui laissant le temps de se reprendre entre les séries afin de préserver son moteur.

La main droite va alors offrir les plus beaux muletazos de la tarde. Les derechazos, liés avec une douceur infinie, semblent tirés par un poignet de velours. Le toro suit la muleta, littéralement aimanté par l’étoffe. Castella dissimule la muleta derrière lui, ne laissant dépasser qu’un pan étroit de la serge, suffisant pour déclencher une charge franche et cadencée. Le novillo cité de loin, comme le préconise le maitre colombien, la jambe avancée accentue la profondeur et la transmission. Sur le côté gauche, le novillo se montre plus réservé. Retour main droite, Castella retrouve immédiatement le fil de son inspiration. La conclusion est donnée par une série de naturelles de face, pieds joints, face à un animal soumis et hypnotisé.

L’estocade est à l’image de la faena : engagée et spectaculaire. Une première tentative de volapié semble heurter le harpon d’une banderille, avant qu’une entière efficace ne vienne conclure l’œuvre. 2 oreilles viennent récompenser cette leçon de tauromachie, délivrée par un maestro au sommet de son art.

Juan Leal
3° novillo – N°102 né en 11/2022

Sans parler du simple picotazo, le point fort du premier tiers est un joli quite par tafalleras, conclu d’une larga magnifique qui permet à Juan Leal de se mettre en confiance.

Après avoir dédié son combat à ses compagnons de cartel, il entame sa faena au centre de la piste par une série appliquée, prenant soin de marquer les temps et de laisser au novillo toute la distance pour développer sa charge. La suite, construite avec goût, au fil d’enchaînements liés, suaves s’adapte parfaitement aux qualités de l’adversaire. Une facette de sa personnalité à laquelle Juan Leal ne nous avait pas habitué, très loin des affrontements rugueux et des combats épiques qui sont son quotidien. Le torero choisit cette fois un registre plus intimiste, fait de délicatesse, de mesure et de bon goût.

À l’heure de l’épée, le torero s’engage avec détermination pour un pinchazo avant que la lame ne glisse sur l’os avant de s’enfouir en place jusqu’à la garde.

Deux oreilles qui viennent récompenser cette prestation pleine de douceur et de maîtrise. Grande ovation au novillo.

6°novillo – N°33 né en 11/2022

Accueilli au son de Luis Mariano, j’avoue qu’il s’agit pour moi d’une première, le novillo est reçu par un capoteo appliqué. Picotazo de circonstance suivie d’un bon tercio de banderilles amenant Marco Leal à saluer.

Juan Leal débute sa faena par un répertoire plus familier, à genoux au centre de la piste, par un farol de muleta spectaculaire qui faillit cependant tourner au vinaigre. L’avertissement ne modifia pas pour autant son attitude volontaire. L’Arlésien semble vouloir lui aussi rendre hommage à César Rincón en donnant de la distance à ses sites. À gauche, les premiers muletazos sont donnés avec prudence. Sur le piton droit, en revanche, le novillo trouve davantage de rythme. Il répète ses charges avec noblesse, totalement soumis à la conduite de la muleta de Leal.

Un desplante exécuté à cuerpo limpio vient ponctuer une faena valeureuse. Le torero passe tout près de la correction lors d’une bernadina finale, ce qui refroidit quelque peu l’ambiance. Pas pour longtemps car l’estocade est entière un poil trasera mais suffisante pour délivrer deux nouveaux appendices. Ovation au noble Jandilla

Conclusion

Une après-midi mémorable pour dire aurevoir et merci à Cesar Rincon, le géant Colombien. C’est l’occasion de rappeler que la corrida sera définitivement interdite en Colombie, après une période transitoire de trois ans qui prendra fin en 2027. Nous ne pouvons que regretter amèrement qu’un pays à l’histoire taurine aussi riche, balaye d’un revers de main tout un pan de sa culture. Nous retiendrons également de ce festival l’immense classe de notre maxima figura française, Sébastien Castella. Et bien entendu nous ne pouvons que nous réjouir d’avoir découvert aujourd’hui un Juan Leal qui nous était peu connu.

Olivier Castelnau



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