Les passes de cape : répertoire illustré des suertes du toreo
Le capote est l’un des instruments essentiels du toreo. Dès les premiers instants de la lidia, il permet au torero de recevoir le toro, d’apprécier ses réactions et de commencer à établir un dialogue avec sa charge. Mais au-delà de cette fonction, le travail de cape constitue un art à part entière, où se mêlent technique, rythme, élégance et inspiration.
De la véronique classique aux chicuelinas, des gaoneras aux navarras, les passes de cape composent un répertoire d’une grande richesse. Certaines servent à fixer le toro ou à le conduire, d’autres permettent de le placer ou de conclure une série. Leur exécution varie selon la position du torero, le mouvement des bras, la trajectoire imprimée à l’étoffe et la manière dont le toro suit le leurre.
Chaque suerte possède son histoire, ses particularités techniques et parfois le nom du torero qui l’a créée ou popularisée. Connaître ces passes, c’est aussi mieux comprendre les différentes expressions du toreo et apprécier la diversité des styles.
Sommaire des passes de cape
Les passes classiques et leurs variantes
Les passes classiques et leurs variantes
La véronique.
La véronique est la passe fondamentale du toreo de cape et l’une des expressions les plus classiques de l’art taurin. Elle doit son nom à l’évocation de sainte Véronique tenant le linge avec lequel, selon la tradition chrétienne, elle aurait essuyé le visage du Christ.
Comment s’exécute la véronique ?
Le torero présente le capote tenu à deux mains, face au toro ou légèrement de trois quarts. Lorsque l’animal s’engage dans l’étoffe, il accompagne sa charge par un mouvement des bras et du buste, en faisant passer le toro d’un côté de son corps. Le capote reste déployé et conduit la trajectoire de l’animal. Dans son expression la plus classique, la véronique recherche la lenteur, la profondeur et la fluidité du mouvement, sans rupture dans la conduite de la charge.

La chicuelina
La chicuelina est l’une des passes les plus populaires du répertoire du toreo de cape. Elle se caractérise par un mouvement de rotation du torero, qui laisse passer le toro tout en faisant envelopper son corps par le capote. Elle peut être exécutée isolément, mais prend souvent toute sa dimension lorsqu’elle est enchaînée en plusieurs passes, notamment dans les quites, ces interventions destinées à détourner ou à replacer le toro au cours de la lidia.
Comment s’exécute la chicuelina ?
Le torero présente le capote à deux mains et provoque la charge du toro. Lorsque celui-ci s’engage dans l’étoffe, le torero pivote sur lui-même, en faisant passer le capote autour de son corps. À la fin du mouvement, il se retrouve en position de présenter de nouveau l’étoffe au toro, ce qui permet d’enchaîner plusieurs chicuelinas successives.
Origine et histoire
La chicuelina doit son nom au matador sévillan Manuel Jiménez Moreno « Chicuelo » (1902-1967), auquel s’attribue la création de cette passe au début du 20ème siècle.

Le delantal (passe de tablier)
Le delantal est une passe de cape dérivée de la véronique, mais dont l’exécution repose sur une conception différente du placement et de la conduite du toro. Le capote se maintient très près du corps, à hauteur de la taille, dans une position qui évoque celle d’un tablier, d’où son appellation espagnole.
Comment s’exécute le delantal ?
Le torero se présente face au toro, généralement les pieds joints, en tenant le capote à deux mains. Contrairement à la véronique, où les bras s’écartent pour déployer largement l’étoffe et prolonger la charge, le delantal se caractérise par des mains ramenées près du corps, les poignets tournés de manière à présenter le revers des mains au toro. Les coudes sont relevés, tandis que le capote demeure près de la taille. Le torero conduit la charge dans un mouvement plus resserré, en jouant notamment sur la position des bras et du buste.
Origine et histoire
La création du delantal est attribuée au matador sévillan José Gómez Ortega « Joselito El Gallo » (1895-1920), l’une des figures majeures de l’histoire de la tauromachie. Joselito développa cette variation de la véronique en modifiant la position des mains, des bras et du capote, afin d’obtenir une conduite différente de la charge du toro.

La navarra
La navarra est une passe de cape traditionnelle qui appartient au répertoire ancien du toreo. Elle se caractérise par une rotation du torero sur lui-même après avoir conduit la charge du toro, permettant de retrouver une position favorable pour présenter à nouveau le capote.
Comment s’exécute la navarra ?
Le torero présente le capote à deux mains, dans une disposition proche de celle de la véronique, et invite le toro à s’engager dans l’étoffe. Il accompagne d’abord la charge en conduisant l’animal sur un côté. À la sortie de la passe, il effectue une rotation sur lui-même, dans le mouvement de la charge, afin de retrouver sa position initiale et de pouvoir enchaîner une nouvelle passe.

Les passes de cape utilisées dans les quites
La gaonera
La gaonera est particulièrement reconnaissable à la position du capote, tenu derrière le corps du torero. Elle appartient au répertoire des passes les plus spectaculaires du toreo de cape et trouve principalement sa place dans les quites.
Comment s’exécute la gaonera ?
Le torero place le capote derrière son dos, en tenant une extrémité dans chaque main. L’étoffe est ainsi déployée de part et d’autre de son corps. Lorsque le toro s’engage, le torero présente l’un des côtés du capote et accompagne la charge en faisant pivoter le buste et les bras, de manière à conduire l’animal sur le côté. La passe peut être répétée alternativement à droite et à gauche. Le torero conserve une position relativement verticale, tandis que le capote décrit un mouvement enveloppant autour de lui.
Origine et histoire
La gaonera doit son nom au matador mexicain Rodolfo Gaona (1888-1975), l’une des grandes figures de la tauromachie du début du XXe siècle. Si Gaona a donné son nom à cette passe et contribué à sa diffusion, il n’en est pas considéré comme l’inventeur au sens strict. La tradition taurine en attribue généralement la création au banderillero espagnol Saturnino Frutos « Ojitos », qui fut également le mentor de Gaona.

La tafallera
La tafallera se distingue par la position élevée des bras et le mouvement du capote au-dessus de la tête du torero. Elle appartient au répertoire des suertes de cape utilisées notamment dans les quites, où elle permet de varier les formes et les rythmes du toreo.
Comment s’exécute la tafallera ?
Le torero présente le capote en élevant les bras et en disposant l’étoffe de manière à offrir au toro une ouverture dans laquelle engager sa charge. Lorsque l’animal s’approche, le torero conduit son passage en faisant évoluer le capote au-dessus et autour de sa tête. Le mouvement des bras permet à l’étoffe de suivre la trajectoire du toro et de se replacer pour une éventuelle nouvelle passe.
Origine et histoire
La tafallera tire son nom de Tafalla, ville de Navarre possédant une ancienne tradition taurine. L’histoire de cette passe est généralement associée au matador navarrais Julián Marín, qui contribua à sa diffusion au 20ème siècle.

La caleserina
La caleserina est une suerte de cape d’origine mexicaine, caractérisée par un mouvement particulièrement élégant qui associe le capote placé derrière le corps du torero à une rotation accompagnée d’un geste au-dessus de la tête.
Comment s’exécute la caleserina ?
Le torero cite le toro de face, le capote disposé derrière son corps. Lorsque l’animal s’engage dans la charge, le torero élève le bras qui conduit l’étoffe au-dessus de sa tête, tout en libérant l’autre main. Il effectue simultanément une rotation sur lui-même, dans le sens opposé à la trajectoire du toro.
Origine et histoire
La caleserina fut créée par le matador mexicain Alfonso Ramírez Alonso « El Calesero » (1916-2002), l’une des grandes figures du toreo mexicain du 20ème siècle.
Réputé pour la finesse de son travail de cape, El Calesero conçut cette suerte comme une manière originale de conclure les quites exécutés avec le capote derrière le corps. Selon son propre témoignage, il l’expérimenta d’abord au campo avant de la perfectionner et de la présenter dans les arènes vers 1944.

L’orticina
L’orticina est une passe de cape créée et popularisée par le matador mexicain José Ortiz Puga « Pepe Ortiz ». Elle se distingue par le retournement du capote au cours de la charge et par une rotation du torero qui lui permet de se replacer face au toro.
Comment s’exécute l’orticina ?
Le torero présente le capote devant lui, à deux mains, comme pour commencer une véronique. Lorsque le toro s’engage dans la charge, il modifie la position de ses mains pour retourner l’étoffe et présenter à l’animal l’envers du capote, généralement jaune ou bleu, au lieu de sa face rose.
Il accompagne ensuite le passage du toro en effectuant une rotation sur lui-même, dans le sens de la trajectoire de l’animal. Le mouvement se poursuit jusqu’à ce qu’il retrouve une position face au toro, prêt à enchaîner une nouvelle passe.
Origine et histoire
L’orticina doit son nom à son créateur, le matador mexicain José Ortiz Puga « Pepe Ortiz » (1902-1975), surnommé El Orfebre Tapatío pour la finesse de son toreo de cape. Sa première présentation publique est généralement datée du 6 février 1927, dans les arènes d’El Toreo de la Condesa, à Mexico, lors d’une corrida où Pepe Ortiz partageait l’affiche avec Manuel Jiménez « Chicuelo ».

La saltillera
La saltillera est une passe de cape d’origine mexicaine, caractérisée par la position du capote derrière le dos du torero et par le mouvement de l’étoffe au-dessus des cornes du toro. Son exécution rappelle celle de la manoletina à la muleta, dont elle transpose certains principes au maniement du capote.
Comment s’exécute la saltillera ?
Le torero se place face au toro, généralement les pieds joints, en tenant le capote derrière son dos. Il cite l’animal et attend qu’il s’engage dans la charge. Au moment de la rencontre, il élève les bras afin de faire passer le capote au-dessus des cornes et de conduire le toro sur le côté de son corps.
L’étoffe glisse alors au-dessus du dos de l’animal, tandis que le torero conserve une position aussi immobile que possible. À la sortie de la passe, il pivote pour se replacer face au toro et pouvoir enchaîner une nouvelle saltillera.
Origine et histoire
La création de la saltillera est généralement attribuée au matador mexicain Fermín Espinosa Saucedo « Armillita Chico » (1911-1978), l’une des grandes figures de la tauromachie mexicaine du XXe siècle. Son nom fait référence à Saltillo, ville de l’État de Coahuila, au Mexique, où naquit le torero.

Les largas et les remates
La demi-véronique
La demi-véronique est une passe de cape utilisée pour conclure une série de véroniques. Elle appartient à la famille des remates qui permettent au torero de donner une conclusion à une séquence de capote.
Comment s’exécute la demi-véronique ?
Le torero présente le capote tenu à deux mains, comme pour une véronique classique. Mais au lieu de prolonger le mouvement pour laisser le toro poursuivre sa trajectoire, il accompagne sa charge en faisant pivoter son corps et en ramenant l’étoffe autour de lui. Ce mouvement plus resserré permet de modifier la trajectoire du toro et de terminer la série. La demi-véronique se distingue ainsi de la véronique par sa fonction de conclusion et par la rotation qui accompagne son exécution.

La revolera
La revolera est une passe de cape utilisée principalement pour conclure une série. Elle appartient à la famille des remates, ces gestes de finition qui permettent au torero de donner une conclusion artistique à son travail de capote. Elle se caractérise par un ample mouvement circulaire de l’étoffe, qui se déploie autour du torero et accompagne la sortie du toro.
Comment s’exécute la revolera ?
À la sortie d’une passe, le torero libère l’une des mains qui tenaient le capote et conserve l’étoffe dans l’autre. Il imprime alors au capote un mouvement circulaire ample, en le faisant tournoyer autour de son corps. Le tissu se déploie dans l’air tandis que le toro poursuit sa trajectoire.

La larga cambiada de rodillas
La larga cambiada de rodillas est une passe de cape particulièrement spectaculaire, souvent exécutée pour accueillir le toro dès sa sortie du toril. Le torero, agenouillé face à l’animal ou légèrement de trois quarts, conduit sa charge avec le capote tenu d’une seule main.
Comment s’exécute la larga cambiada de rodillas ?
Le torero se place à genoux et présente le capote d’une seule main, en invitant le toro à charger. Lorsque l’animal s’engage, il conduit son passage en déployant largement l’étoffe et en lui imprimant un mouvement qui dévie la charge sur le côté. Le capote accompagne alors le toro dans un geste ample, souvent prolongé au-dessus de la tête ou de l’épaule du torero.

Le farol
Le farol est une passe de cape caractérisée par le mouvement de l’étoffe au-dessus de la tête du torero. Dérivée de la véronique, elle appartient aux suertes les plus expressives du toreo de cape et peut être exécutée debout, à genoux ou avec un seul genou en terre.
Comment s’exécute le farol ?
Le torero se place face au toro et présente le capote tenu à deux mains, comme pour commencer une véronique. Lorsque le toro s’engage dans l’étoffe, le torero élève les bras et fait passer le capote au-dessus de sa tête, dans un mouvement qui évoque celui d’un homme jetant une cape sur ses épaules.
Il accompagne ce geste d’une rotation du corps, généralement dans le sens opposé à la trajectoire du toro, afin de retrouver une position lui permettant d’enchaîner une nouvelle passe.
Les différentes variantes du farol
Le farol de pie constitue la forme classique de la passe, exécutée debout. Le farol de rodillas est réalisé à genoux. Cette variante accentue l’exposition du torero et donne au mouvement du capote une dimension particulièrement spectaculaire.
Il existe également le medio farol, dans lequel le mouvement du capote au-dessus de la tête n’est pas accompagné d’une rotation complète du corps. Il peut notamment permettre de replacer l’étoffe derrière le dos pour poursuivre par des gaoneras.
Enfin, le farol invertido constitue une variante distincte, dans laquelle le torero modifie son orientation et la manière dont le toro passe par rapport à son corps.
Origine et histoire
L’invention du farol est traditionnellement attribuée au matador espagnol Manuel Domínguez « Desperdicios » (1816-1886). Selon les chroniques taurines, il aurait présenté cette nouvelle passe dans les arènes de Madrid le 13 mai 1855. Cette attribution a été reprise dans plusieurs ouvrages consacrés à l’histoire et à la technique du toreo.

La larga cordobesa
La larga cordobesa est une passe de cape exécutée d’une seule main, caractérisée par un mouvement ample et élégant qui accompagne la charge du toro. Elle appartient à la famille des largas, dont le principe consiste à conduire l’animal en laissant se déployer largement le capote. Elle peut être utilisée pour conclure une série de passes ou pour apporter une variation artistique au travail de cape.
Comment s’exécute la larga cordobesa ?
Le torero tient le capote d’une seule main et le présente au toro pour provoquer sa charge. Lorsque l’animal s’engage dans l’étoffe, il accompagne son passage par un mouvement ample du bras. Dans la larga cordobesa, le capote est élevé et déployé avec élégance, tandis que le torero conserve une attitude généralement verticale. L’étoffe décrit une trajectoire aérienne qui prolonge le mouvement du toro.

Les galleos : conduire le toro au capote
Les galleos constituent une famille de suertes dans lesquelles le torero conduit le toro en se déplaçant avec le capote. Contrairement aux passes classiques, où le torero laisse généralement passer l’animal d’un côté de son corps, le galleo repose sur une progression commune de l’homme et du toro. Cette technique permet notamment de déplacer l’animal d’un terrain à un autre, tout en conservant son attention sur l’étoffe.
Comment s’exécute un galleo ?
Le torero se déplace devant le toro ou légèrement de côté, en présentant le capote de manière à attirer et à entretenir sa charge. Il peut avancer ou reculer selon la suerte exécutée, tout en imprimant à l’étoffe des mouvements destinés à guider l’animal. Le toro suit ainsi le capote sur une certaine distance, sans nécessairement effectuer les passages latéraux caractéristiques d’une série de véroniques.
Une fonction importante dans la lidia
Historiquement, les galleos ont notamment servi à conduire le toro vers le cheval du picador ou à l’en éloigner après la pique.
Les principales formes de galleo
Le galleo por delante consiste à conduire le toro en se déplaçant devant lui, le capote présenté pour entretenir sa progression.
Le galleo por detrás repose sur une disposition différente de l’étoffe, placée derrière le corps du torero.
La mariposa, créée par Marcial Lalanda, constitue une forme particulièrement originale de galleo : le torero recule devant le toro en faisant osciller le capote derrière ses épaules, d’un côté à l’autre.

