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Málaga : la caste des Victorino illumine la Malagueta

Málaga : la caste des Victorino illumine la Malagueta

Ce jour nous est proposé le cartel torista de la feria, marqué par le grand retour de la ganadería de Victorino Martín à la Malagueta, douze ans après sa dernière apparition avec une corrida complète. C’était le 18 août 2014 : Manuel Escribano figurait déjà au cartel, mais en troisième position. Celui qui fête aujourd’hui ses quarante-deux ans se voit offrir en guise de cadeau d’anniversaire, le poste de chef de lidia. À ses côtés, Emilio de Justo et Saúl Jiménez Fortes, les deux derniers triomphateurs du cycle. Une combinaison gagnante les hommes parvenant à se hisser au niveau des Albaserrada marqués du « A couronné ».

Les toros

Victorino Martín avait préparé pour Málaga une corrida sérieuse, cinqueña, splendide de présentation et parfaitement typée Albaserrada. Plusieurs exemplaires sont applaudis à leur entrée dans le ruedo. À l’exception de l’ultime, ankylosé du train avant, les toros ont affiché présence, mobilité et fond. Bref, une corrida encastée, contrastant radicalement avec les lots lidiés les jours précédents.

Au cheval, le comportement aura été conforme aux caractéristiques de l’encaste : des piques prises sans rechigner, mais sans véritable bravoure. Les cinq premiers ont offert, en revanche, un grand jeu au troisième tiers, avec une noblesse piquante, vive et exigeante. Tous ont gardé la gueule fermée jusqu’au bout. Tous ont été ovationnés à l’arrastre.

Mention spéciale à Borracho sorti en 4ème position, honoré d’une vuelta posthume récompensant sa caste vive, en dépit d’un comportement au cheval qui n’a pas été exemplaire.

Les toreros            

Face à son premier, Manuel Escribano reçoit une cornada de 15 cm dans le mollet droit. Faisant preuve d’un remarquable pundonor, le Gerenense reste en piste et va lidier ses deux adversaires à la suite. Il gagne l’infirmerie après avoir coupé une oreille de son second opposant.

Emilio de Justo livre deux prestations remarquables. La première, très technique, aurait mérité un trophée. Son second combat, face à l’excellent Escusano dont il coupe les deux oreilles, lui permet d’exprimer toute sa toreria empreinte d’autorité et de dominio. Emilio de Justo ouvre, une nouvelle fois, la Grande Porte de la Malagueta.

Fortes, quant à lui, a la chance de croiser Borracho, fils de Muralista, indulté par Rubén Pinar en 2020 à Villanueva del Arzobispo. Le toro est encasté et d’une grande noblesse. Le Malagueño lui sert un faenón justement récompensé de deux appendices, synonymes d’une deuxième Grande Porte consécutive. En revanche, il doit également composer avec le sixième, handicapé par une évidente faiblesse du train avant, qu’il affronte sans abdiquer et avec dignité.

Fiche Technique
  • Málaga. Corrida. 6ème de feria. 6 toros de Victorino Martin – Vuelta al ruedo pour Borracho N°53, 587 kg, né en 01/21
    • Manuel Escribano (Azabache et or) :  Salut (Blessure) – Oreille
    • Emilio de Justo (Blanc et azabache) : Vuelta – 2 Oreilles
    • Saúl Jiménez Fortes (Azur et or) :   2 Oreilles – Silence (avis)
  • 13 piques. Cuadra de caballos Equigarce.
  • Président : Antonio Roche
  • Salut de Antonio Chacón et José M. Valcarce au 5°
  • De Justo et Fortes sortent par la grande porte.
  • Entrée 3/4
  • Grand bleu. 28 °C.
Le déroulé de la corrida
Fortes
6°toro – Bárbaro – 567 kg – 01/21          

Une fois n’est pas coutume et contre toute logique chronologique, je débuterai ma chronique par la fin. Ainsi serons-nous débarrassés de Bárbaro, qui clôture la tarde et fait figure d’empêcheur de tourner en rond. La mouche dans le lait, aurait dit Audiard.

Comme ses frères, Bárbaro est supérieurement présenté, suscitant même quelques applaudissements à son entrée en piste. Problème : il semble ankylosé du train avant, sans que cela ne provoque la moindre réaction du palco, alors que le public gronde.

Cette fragilité physique compromet rapidement sa mobilité. Le toro en vient à se défendre sur place et devient dangereux. La faena est nécessairement décousue, mais elle demeure digne et valeureuse. Fortes n’abdique pas. Il s’arrime et parvient à arracher quelques muletazos méritoires.

Deux pinchazos précèdent un avis, puis une entière tire-bouchonnée, suivie de deux descabellos, viennent à bout de l’invalide.

Silence et pitos à l’arrastre.

Cela étant dit, reprenons le cours des événement et revenons à l’ordre chronologique.

Manuel Escribano
1° toro – Garrochista – 516 kg – 02/21

Escribano accueille le tambour-major, le plus léger du lot, à puerta gayola, exercice devenu sa marque de fabrique. Bon capoteo de réception, rythmé, face à un toro doté d’une excellente embestida.

Le tercio de varas ne restera pas dans les annales. Le Victorino prend deux piques dont une administrée par le picador de réserve puis revient seul chercher un troisième picotazo lors de la sortie du cheval. A noter, l’excellente lidia de Felipe Proenza.

Escribano délivre un bon deuxième tiers, dont on retiendra surtout la troisième paire : un spectaculaire violín posé al quiebro.

Le toro a de la présence et surveille tout ce qui bouge. Bonne entame, avec changement de main dans le dos face à un adversaire qui se retourne à la vitesse de l’éclair. Les naturelles sont prudentes devant ce toro exigeant, manifestement venu pour en découdre. Il cherche les mollets, ce qui est une caractéristique des toros de Victorino et finit par trouver sa cible au cours d’un accrochage peu spectaculaire et qui pour beaucoup sera passé inaperçu. L’Andalou est cependant victime d’une cornada de 15 cm dans le mollet droit, qui ne l’empêche pas de continuer le combat, comme si de rien n’était.

La faena presque exclusivement gauchère est composée de muletazos distillés un à un, sans véritable liaison. Grande estocade, légèrement desprendida. Le toro meurt en brave au centre du ruedo. Salut et ovation au Victorino.

2ème toro – Murallono – 560 kg – 05/21

Après avoir obtenu l’autorisation de ses compañeros, Escribano combat en suivant son second adversaire, un magnifique cárdeno bien armé, très typé Albaserrada qui prend deux piques au cours desquelles il est économisé.

Diminué, Escribano abandonne les banderilles à sa cuadrilla, exercice auquel celle-ci est manifestement peu habituée.

Belle entame par doblones auxquels le toro répond avec rythme. À droite, il s’engouffre dans la muleta dominatrice du Generense. L’animal est noble et humilie mais cette noblesse n’a rien d’anodin. À gauche, le toro demande davantage à être consenti et serre un peu plus. Physiquement diminué, Manuel n’insiste pas et conclue d’un estoconazo justifiant à lui seul l’oreille coupée.

Salut au son de « Torero, Torero », ovation au Victorino. La Malagueta entonne cumpleaños feliz pour le valiente qui fête aujourd’hui ses 42 ans. Avant de regagner l’infirmerie, Manuel dépose son oreille au centre du ruedo.

Emilio de Justo
3° toro – Planetario – 586 kg – 01/21

Après le retrait précoce d’Escribano, la corrida prend des allures de mano a mano.

Le tío qui sort en deuxième position est applaudi. Son trapio est impressionnant et il est armé comme un cuirassier. Il freine dans le capote de De Justo, qui l’embarque habilement pour le conduire jusqu’au centre.

Mal piqué au cours d’un premier puyazo sérieux, il pousse peu lors de la seconde rencontre.

Brindis télévisuel aux sinistrés du tremblement de terre colombien.

Le combat, car il va bien s’agir d’un combat, débute par des doblones empreints d’autorité. La première série droitière est déjà un modèle de dominio. Le toro vient avec franchise et répond du tac au tac. Mais il se retourne comme un chat et cherche lui aussi immédiatement les mollets du bipède. À gauche, le Victorino est exigeant. De Justo s’en accommode parfaitement et le domine en baissant la main. Après chaque pecho, le toro se retourne comme un diable qui sort de sa boîte. En grand technicien, l’Extremeño va progressivement asseoir sa domination au cours d’une faena peu spectaculaire mais dont les aficionados auront reconnu la valeur. L’entière au premier assaut résulte trasera et lui coute probablement l’oreille. Le palco reste de marbre face à une pétition paraissant majoritaire. Vuelta fêtée, ovation à l’arrastre et sifflets à la présidence.

5°toro – Escusano – 545 kg – 12/20

Le cinquième est lui aussi un tonton sérieusement armé qui prend ses deux rations de fer, sans histoire.

Le tercio de banderilles permet à Antonio Chacón et José M. Valcarce de saluer.

Le bicho est châtié par de superbes doblones en gagnant le centre sous les olés. Le toro est encasté et dangereux, il ne faut pas lui laisser gagner la guerre des terrains. A ce jeu, il a trouvé l’adversaire qui convient. Dès la première série, l’autorité de De Justo lui montre clairement qui commande. Musique. Le Victorino a du moteur, répond avec promptitude aux sollicitations et s’engouffre dans la muleta avec classe. À gauche, l’affaire devient plus compliquée et le danger rôde, mais De Justo ne désarme pas. Retour à droite pour réaffirmer sa domination, avant un final suave face à un adversaire rendu. Magistral estoconazo. Deux oreilles et grande ovation au Victorino.

Fortes
4° toro – Borracho – 587 kg – 12/21

Dès sa sortie, Borracho fait sensation par sa présentation. Il est économisé en deux picotazos par manque de force, mais il donne quelques signes de bravoure en poursuivant systématiquement et violemment les banderilleros jusqu’aux planches.

Fortes entame sa faena en douceur et, très vite, l’évidence s’impose : le toro possède une noblesse exceptionnelle sur les deux cornes. Il boit littéralement la muleta du Malagueño tandis que résonne le paso « La Malagueta ». La faena va aller a mas. Le torero baisse la main, ralentit et allonge les charges du Victorino. Le toro répète gueule fermée. Les séries s’enchaînent et soulèvent la plaza. Le final, par derechazos profonds et templés est magnifique.

Quelques voix s’élèvent des tendidos pour réclamer l’indulto, ce qui bien sûr n’a aucun sens. Grande estocade pour deux oreilles fêtées comme il se doit dans une vuelta accompagné de son fils. Un mouchoir bleu de troisième tiers, récompense le Victorino encasté.

Conclusion

Au terme de cette grande tarde de toros, le succès est collectif. Celui d’abord, de Victorino Martín, qui pour son retour, a envoyé à Málaga une corrida superbement présentée et encastée.

Succès également des hommes qui ont su se hisser au niveau de leurs adversaires. Emilio de Justo, magistral de maîtrise et de dominio, et Fortes, auteur du faenón de la tarde franchissent ensemble, pour la deuxième fois du cycle, la Grande Porte de la Malagueta. Sans oublier Manuel Escribano qui, blessé, aura donné une nouvelle démonstration de professionnalisme et de pundonor.

Une image manque pourtant à ce triomphe : celle du mayoral de Victorino accompagnant De Justo et Fortes dans leur sortie en hombros. Les deux toreros auraient été bien inspirés de l’inviter à les rejoindre car ce sont bien les toros de Victorino qui ce soir détenaient les clefs de cette porte.

Olivier Castelnau

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