Actualités TaurinesInterviewsOrganisateurs interviews

Arganda del Rey, une feria à découvrir

Arganda del Rey, une feria à découvrir

Une histoire, une culture…Arganda del Rey se transforme dès la mi-août pour début septembre se consacrer à sa feria taurine. Quand l’intérêt général prime sur l’intérêt personnel, les partis politiques et les peñas locales s’unissent et parlent d’une même voix pour bâtir une feria particulière et unique. Une vraie leçon,pour bien des organisations. Tertulias a rencontré Carlos Asenjo en charge de la partie taurine de la feria qui nous aide à comprendre ce qu’est Arganda del Rey. Une interview en forme d’invitation à la découverte…

Tertulias : Pour commencer, présentes-toi ? Quelle est ta fonction à Arganda et éventuellement en dehors d’Arganda ?

Carlos Asenjo : Je m’appelle Carlos Asenjo et je suis actuellement le coordinateur de la feria d’Arganda.

La commission taurine d’Arganda est composée à la fois de représentants des partis politiques et des peñas taurines de la ville. Concernant les représentants politiques, trois partis sont actuellement représentés et chacun dispose d’un membre au sein de la commission. À cela s’ajoutent huit peñas taurines. C’est donc l’ensemble de ces personnes qui participe à la définition et à l’organisation de la feria.

Dans mon cas, le maire m’a nommé coordinateur, appelons cela ainsi, et je suis donc chargé de coordonner le travail et les différentes actions de la commission. Ma fonction consiste notamment à sélectionner les toros, à aller les voir et à les évaluer. Lorsque tout ce travail est suffisamment avancé, généralement vers la fin de l’année ou au début de l’année suivante, nous commençons à nous intéresser aux novilleros.

Nous suivons aussi bien les novilleros sans picadors, susceptibles de débuter avec picadors au cours de la saison qui commence, que ceux qui évoluent déjà avec picadors. Voilà, dans les grandes lignes, en quoi consiste mon rôle.

Tertulias : Comment es-tu entré, personnellement, dans cette organisation ?

Carlos Asenjo : Je suis originaire d’Arganda del Rey. Ma famille est d’ici depuis toujours. Comme j’étais membre de l’une des peñas dont je vous parlais précédemment, j’ai intégré la Commission Taurine il y a quinze ans.

Quand on arrive dans une commission comme celle-ci, on est nouveau, on arrive avec beaucoup d’enthousiasme et l’envie de travailler. Mais on commence surtout par apprendre auprès de ceux que j’ai toujours considérés comme mes maestros, ceux qui m’ont enseigné tout ce que je sais aujourd’hui.

Ensuite, cela dépend de chacun : de la manière dont on s’investit, dont on cherche des solutions, dont on s’intéresse aux choses et dont on prend ses responsabilités. Petit à petit, on finit par trouver sa place.

Beaucoup d’années ont passé. Malheureusement, j’ai perdu plusieurs compagnons de route, des membres de la commission qui sont décédés et auxquels, dans des moments comme celui-ci, on pense énormément. D’autres ont dû quitter la commission pour des raisons personnelles.

Et puis, finalement, votre tour arrive. La vie finit par vous offrir votre moment. Pour moi, ce moment, c’est aujourd’hui.

Tertulias : Tu es un peu le chef d’orchestre ?

Carlos Asenjo : Oui, finalement, c’est un peu cela. Je suis le coordinateur et, d’une certaine manière, le visage visible de la tauromachie à Arganda, si l’on peut dire. Mais il faut préciser que je dépends de la commission. Ce sont ses membres qui définissent les grandes orientations. Pour ma part, j’essaie de les conseiller sur certains sujets qu’ils connaissent peut-être moins bien. Mais, au bout du compte, nous travaillons véritablement en équipe.

Tertulias : Quelle est l’importance de la feria taurine dans la ville ?

Carlos Asenjo : Il existe ici un enracinement taurin extrêmement important. Nous disposons de documents attestant que l’on court les toros à Arganda depuis plus de 400 ans. La Feria de Novilladas est évidemment plus récente : nous allons célébrer cette année sa 37ème édition.

La feria possède aujourd’hui une véritable renommée, mais surtout, à Arganda, le toro est au cœur de tout. Il constitue l’épicentre des fêtes. On ne pourrait pas imaginer les fêtes d’Arganda sans le toro. C’est quelque chose de fondamental pour la ville et pour ses habitants. C’est véritablement l’un des piliers des fêtes.

Il y a bien sûr des concerts, de très bons artistes viennent se produire, nous avons également une remarquable programmation d’orchestres et de nombreuses autres animations. Mais l’axe central des fêtes d’Arganda reste le toro.

Tertulias : Lorsque tu dis que tous les partis politiques participent à l’organisation de la feria, cela signifie-t-il que toutes les forces politiques d’Arganda sont d’accord sur le principe même de la feria taurine ?

Carlos Asenjo : Exactement. Actuellement, trois partis politiques sont représentés : le PP, le PSOE et Vox. Chacun possède un représentant au sein même de la Commission Taurine. Ils sont donc tous informés des différentes activités qui sont organisées et les acceptent. Sur ce sujet, nous avançons toujours tous dans la même direction.

Tertulias : Cela veut-il dire qu’ici, la tauromachie n’est jamais politisée ?

Carlos Asenjo : Oui. Pendant le reste de l’année, ils peuvent évidemment discuter et s’opposer sur de nombreux sujets. Ce sont des responsables politiques, ils doivent débattre, trouver des accords, etc. Mais lorsqu’il s’agit des fêtes et, plus particulièrement, de la tauromachie, tout le monde avance dans la même direction.

Depuis la création de la Commission Taurine en 1988, année où a également été créée la Feria de Novilladas, toutes les forces politiques se sont toujours rassemblées autour de ce projet et cela n’a jamais véritablement posé de problème.

D’ailleurs, lorsque nous avons malheureusement dû suspendre la feria pendant deux années en raison de la pandémie, la décision a fait l’objet d’un consensus. Évidemment, cela a provoqué de la frustration et du mécontentement chez certains aficionados, mais tout le monde pouvait comprendre la situation.

Tertulias : Comment expliques-tu que tous les partis politiques d’Arganda parviennent ainsi à s’entendre ? Est-ce par afición pour les toros ? Par intérêt national ? Ou simplement dans l’intérêt de la ville ?

Carlos Asenjo : Ce qui peut surprendre beaucoup de personnes extérieures à Arganda est, pour nous, quelque chose de tout à fait normal depuis la création de la feria en 1988. À cette époque, la situation politique était d’ailleurs encore assez complexe. La démocratie espagnole était relativement récente et il existait encore certaines tensions entre les différents camps politiques, si l’on peut dire.

Malgré cela, un principe s’est imposé. Il n’a peut-être jamais été formalisé par écrit, mais il perdure depuis toutes ces années : les partis politiques disposent de onze mois et de quelques semaines pour discuter, débattre, s’opposer et tenter de résoudre les problèmes des citoyens.

Mais pendant la semaine et demie que durent les fêtes, l’union est totale. C’est une union solide, durable et, comme je vous le disais, pratiquement intangible.

Aujourd’hui, les trois partis représentés au conseil municipal avancent donc tous ensemble sur cette question. Il y a même eu des périodes où certains partis n’étaient pas particulièrement amateurs de tauromachie — ce qui est parfaitement respectable — mais ils l’ont néanmoins acceptée et respectée.

Je ne pense donc pas que cela ait réellement quelque chose à voir avec la politique nationale. Nous savons qu’au niveau national, le gouvernement actuellement en place en Espagne n’est pas particulièrement favorable à la tauromachie.

Mais ici, à Arganda, le parti qui se trouve actuellement dans l’opposition respecte profondément la tauromachie. D’ailleurs, lorsqu’il a gouverné la ville au cours des huit années précédentes, il a soutenu la fiesta de manière inconditionnelle.

Pour nous, cette situation est donc parfaitement normale, presque quotidienne. Vue de l’extérieur, elle peut sans doute paraître surprenante. Mais nous sommes très heureux que toutes les forces politiques d’Arganda soient unies lorsqu’il s’agit de défendre et d’organiser la tauromachie.

Tertulias : Existe-t-il une étude économique permettant de mesurer ce que les toros apportent à la ville ?

Carlos Asenjo : Il n’existe pas véritablement d’étude économique réalisée, par exemple, par une université. En revanche, les commerçants comme les hôteliers — et il y a pas mal d’hôtels à Arganda — constatent clairement l’impact de cette période et le disent publiquement.

D’ailleurs, de nombreux commerces d’Arganda donnent de l’argent ou participent aux activités organisées avec les peñas à l’occasion des fêtes. Les commerçants collaborent donc eux aussi et, en retour, cette activité génère de la richesse. Entre une journée avec des toros à Arganda et une journée sans toros, la différence économique représente beaucoup d’argent.

Tertulias : Arganda est devenue un rendez-vous important de la saison espagnole des novilladas. Mais derrière tous ces spectacles, dans les rues comme dans les arènes, il existe un énorme travail de préparation. Comment commence l’organisation de la feria ?

Carlos Asenjo : La première chose que nous faisons, c’est de terminer une feria… et de commencer immédiatement à préparer la suivante ! Nous nous réunissons environ une semaine après la fin des fêtes afin que tout soit encore frais dans nos mémoires. Nous essayons alors d’identifier les erreurs qui ont pu être commises pendant la feria et de trouver rapidement les moyens de les corriger pour l’édition suivante.

Une fois ce bilan réalisé et les améliorations envisagées, nous commençons parallèlement à suivre les élevages pendant toute l’année : quelles ganaderías traversent une bonne période ? Lesquelles aimerions-nous faire venir ?

Puis, vers le mois d’octobre, en tant que responsable de la partie ganadera de la feria, je commence à me rendre là où la commission souhaite que j’aille. Nous essayons d’apporter une certaine diversité dans les encastes, de faire venir de nouvelles ganaderías qui ne sont encore jamais venues à Arganda, mais aussi de faire revenir certains élevages absents depuis plusieurs années.

novillo de Valdefresno pour 2026
Tertulias : À l’approche de la feria, la ville se transforme énormément, n’est-ce pas ?

Carlos Asenjo : La plaza d’Arganda est très particulière puisque les arènes continuent d’être installées sur la place même de la ville. C’est précisément ce qui les rend uniques et qui, à mon avis, donne une grande partie de sa beauté à la Feria d’Arganda.

Le montage commence justement à cette période, vers la mi-août. L’équipe municipale chargée de l’entretien, accompagnée d’une entreprise extérieure, commence par installer ce que nous appelons les barrotes, c’est-à-dire la structure qui délimite l’arène. À partir de là sont ensuite construits les supports qui accueilleront les gradins.

Cela paraît compliqué, et ça l’est certainement. Mais comme ces équipes effectuent ce travail tous les ans, elles le connaissent pratiquement par cœur. Vu de l’extérieur, cela semble extrêmement difficile, alors qu’eux seraient presque capables de le monter les yeux fermés. Ils commencent généralement le montage autour du 15 ou 16 août, puis les installations sont démontées une fois les fêtes terminées.

Tertulias : Et comment cela se passe-t-il pour les novilladas sans picadors organisées au printemps ?

Carlos Asenjo : C’est une autre organisation, complémentaire de celle-ci. Nous organisons la Vid de Oro, qui se déroule en septembre. Nous avons également la Vid de Plata, dont les tentaderos et les différentes phases éliminatoires sont organisés dans la finca du maestro Julián López « El Juli », située tout près d’Arganda.

Ces phases de sélection se déroulent là-bas au mois de mars. Ensuite, les trois meilleurs novilleros sont récompensés en participant à la finale, qui se déroule dans les arènes d’Arganda.

Tertulias : Peux-tu-vous nous expliquer plus précisément le montage des arènes et les contraintes qu’il entraîne ?

Carlos Asenjo : Les coûts sont plus difficiles à détailler parce qu’ils s’intègrent dans un budget global. En revanche, le montage est assez facile à expliquer puisque nous pouvons actuellement en suivre l’évolution jour après jour.

La première chose que font les équipes consiste à retirer toutes les jardinières de la place, puisqu’il s’agit normalement de la place publique de la ville. Elles retirent également tous les bancs. Il y a même une fontaine au centre de la place : elle est recouverte et protégée.

Ensuite commence ce qui constitue une véritable tradition pour l’équipe municipale : l’installation de la porte du toril, qui est en quelque sorte le point de départ et l’épicentre de tout le montage.

Cette journée représente presque une fête pour eux. Les années passent et, malheureusement, certains de leurs anciens collègues ne sont plus là. C’est donc aussi une manière de rendre hommage à tous ceux qui ont participé autrefois à ce montage et qui ont aujourd’hui disparu.

À partir de la porte du toril, ils commencent à construire le couloir menant au toril. Puis, en prenant cet ensemble comme point de référence, ils installent toute la structure en bois que nous appelons ici les talanqueras. Une fois cette structure en bois achevée — justement aujourd’hui, jeudi, ils viennent de la terminer — l’entreprise extérieure intervient dès le lendemain. Il s’agit de professionnels spécialisés dans le montage de scènes et de structures métalliques, qui prennent ensuite en charge l’installation des gradins.

15 jours de travail en 1 minute de vidéo . A voir!

Tertulias : Et comment la sécurité de toutes ces installations est-elle assurée ?

Carlos Asenjo : Ce sont des professionnels qui s’en chargent. L’équipe municipale est composée de personnels qualifiés et expérimentés. En matière de sécurité, difficile de faire mieux que des gens qui réalisent ce montage chaque année.

Ensuite intervient l’entreprise spécialisée. Ce n’est évidemment pas un travail que n’importe qui peut réaliser : ce sont des sociétés spécialisées dans le montage de structures métalliques. Et, sincèrement, c’est assez spectaculaire de les voir travailler, notamment par la rapidité avec laquelle ils montent l’ensemble de la structure.

Tertulias : Quelle est la capacité d’accueil des arènes ?

Carlos Asenjo : Arganda possède des arènes assez particulières. Concernant les gradins, nous disposons d’environ 1 900 places assises. Ensuite, dans la partie basse, la capacité est calculée en fonction du nombre de personnes autorisées par mètre carré, selon les recommandations de la police locale et les contraintes liées à la protection du site.

Au total, lors d’une journée normale, hors jours fériés, nous pouvons accueillir autour de 5 000 personnes sur la plaza.Lors des journées les plus importantes, notamment le vendredi et le lundi, nous pouvons atteindre environ 6 000 à 6 500 personnes.

Beaucoup de communes, viennent régulièrement demander à la mairie comment nous parvenons à organiser tout cela. Parce qu’au bout du compte, nous parlons de huit jours de spectacles taurins et d’environ une centaine d’animaux. Tout cela nécessite évidemment un travail préparatoire considérable.

Arganda est ainsi devenue une sorte de référence pour de nombreuses communes des environs. J’irais même jusqu’à dire que des organisateurs de certaines ferias importantes en Espagne ont déjà pris contact avec des responsables politiques de la ville afin de s’inspirer de notre organisation et de notre expérience.

Tertulias : Abordons maintenant les novilladas. Quelle est l’identité d’Arganda ?

Carlos Asenjo : Arganda est une feria qui se déroule en septembre et, compte tenu des périodes de naissance dans les élevages, les ganaderías sont généralement organisées en conséquence.

Il y a eu une époque, surtout aux débuts de la feria — j’étais très jeune, puisque je suis pratiquement né l’année même où elle a été créée — où l’on faisait venir un type de novillo extrêmement sérieux, parfois même disproportionné physiquement, avec de très grandes têtes, des armures très ouvertes, et pas toujours des morphologies très harmonieuses.

Avec le temps, cela a évolué. Arganda a aussi acquis, de plein droit, une véritable réputation, et nous avons progressivement affiné notre manière de choisir les novillos.

Aujourd’hui, puisque je suis chargé de cette partie, nous recherchons un type de novillo qui soit, comme je le disais précédemment, pratiquement un toro compte tenu des périodes de naissance chez les éleveurs, mais qui reste harmonieux. Nous voulons un novillo sérieux dans sa présentation, mais sans tomber dans l’exagération.

Tertulias : Pourquoi ?

Carlos Asenjo : Parce que les temps ont énormément changé. Il y a dix, quinze ou vingt ans, les novilleros qui arrivaient à Arganda ou dans les grandes ferias de septembre avaient parfois derrière eux trente, quarante, voire cinquante novilladas.

Aujourd’hui, malheureusement, il n’existe plus autant de villes ou de pueblos comme Arganda, Arnedo, Algemesí ou Villaseca. Cela se ressent forcément dans l’expérience des novilleros.

Si on leur impose des novillos aussi énormes que ceux que l’on voit parfois dans certains pueblos, pratiquement de véritables toros de corrida, cela finit par nuire au spectacle. Nous voulons donc préserver la présentation du toro, mais sans exagération.

La plaza d’Arganda n’est pas très grande ni très large. Les tercios sont compliqués. Un novillero qui possède réellement les qualités nécessaires peut évidemment toréer dans un espace très réduit, mais ce sont surtout les banderilleros qui ressentent la difficulté de la plaza pendant le tercio de banderilles.

Il faut également tenir compte du fait que la plaza présente une légère pente. C’est quelque chose que les animaux ressentent aussi. Ce sont donc tous ces petits détails qui nous conduisent à rechercher un novillo sérieux, avec de la présence, mais qu’il faut également savoir adapter aux caractéristiques particulières d’Arganda.

Je pense qu’aujourd’hui, nous avons trouvé un bon équilibre dans ce que doit être le novillo d’Arganda.

Tertulias : Recherchez-vous uniquement un type physique de novillo ou également certains encastes ?

Carlos Asenjo : Ce que nous ne voulons surtout pas faire, c’est demander à tous les encastes d’avoir le même type de toro. Cela, jamais.

Cette année, par exemple, nous avons construit une feria de six novilladas avec six encastes différents. Nous ne pouvons évidemment pas demander au toro de Los Maños d’avoir la même morphologie que celui de Valdefresno. Ce serait absurde et nous perdrions notre temps.

Le toro de Valdefresno est un animal généralement bien fait, long, avec du cou, de la tête et un trapío sérieux, parce qu’il correspond au type dont il est issu, celui d’Atanasio. À l’inverse, le toro de Los Maños est généralement plus court de cornes, plus petit, avec une morphologie différente.

Chaque encaste possède donc sa propre présentation et ses caractéristiques. Je pense que c’est aussi notre responsabilité, ou notre obligation, d’apprendre aux nouveaux aficionados cette culture taurine : chaque encaste possède son propre type. On ne peut pas exiger d’un Santa Coloma qu’il possède le même trapío qu’un Domecq.

Novillo de Los Maños 2026
Tertulias : Comment définis-tu l’afición d’Arganda ?

Carlos Asenjo : L’afición d’Arganda est une afición exigeante. Elle aime que les choses soient bien faites et elle sait reconnaître et valoriser ce qui est bien réalisé. Pendant longtemps, on a dit que l’afición d’Arganda était une afición très torista. Je ne pense pas que ce soit exactement cela.

Ce que l’aficionado d’Arganda aime, c’est un novillo fait, sérieux et bien présenté, mais cela ne signifie pas nécessairement qu’il soit torista. On peut par exemple présenter un novillo du Retamar, d’encaste Núñez, parfaitement fait et très bien présenté.

Ce que l’on recherche, c’est un animal harmonieux, avec une tête bien construite, des cornes bien placées, et qui ne soit pas disgracieux de face.

Et avec les novilleros, c’est la même chose : le public observe énormément et juge ce qu’il voit. Il faut se rappeler qu’Arganda se trouve à seulement 25 kilomètres de Madrid. Beaucoup d’aficionados d’ici sont également abonnés à Las Ventas. Cela explique en partie le niveau d’exigence et de rigueur du public.

À Arganda, un novillero ne peut pas venir simplement pour « passer l’après-midi », parce que l’afición s’en rendra immédiatement compte.

Tertulias : Avec ce type d’exigence concernant les novillos, est-il facile de construire la feria ?

Carlos Asenjo : Je dirais que c’est relativement facile grâce au nom qu’a acquis Arganda del Rey. En trente-sept ans, Arganda s’est construit une réputation importante, et cela pour plusieurs raisons : le sérieux dans la parole donnée, le sérieux économique — ce qui est également très important — et le sérieux dans la manière de promouvoir la feria.

Aujourd’hui, la Feria d’Arganda del Rey possède une résonance importante. Je ne sais pas si, en France, elle suscite autant de discussions qu’en Espagne, mais ici, dès le mois de mai, lorsque nous annonçons uniquement la liste des ganaderías, on sent déjà que les gens commencent à parler de la feria et ont envie de découvrir les novilladas qui seront lidiées à Arganda.

Pour les éleveurs, la visibilité que procure Arganda est donc considérable. D’ailleurs, plusieurs ganaderos souhaitent aujourd’hui venir lidier à Arganda, et je le sais directement puisque certains d’entre eux m’en parlent. Ils recherchent précisément la répercussion et la visibilité que leur apporte cette feria.

Tertulias : Dans tout cela, nous avons oublié un sujet essentiel : l’argent!

Carlos Asenjo : L’argent est évidemment très important et, comme je l’ai déjà expliqué, disposer d’un budget suffisant facilite énormément les choses. Lorsqu’on parle de pouvoir aller dans les élevages, de rechercher les novilladas que nous voulons et de sélectionner les animaux, il faut se rappeler que nous ne parlons pas uniquement de six novilladas.

Sur les huit jours de fêtes, nous parlons au total d’environ une centaine d’animaux. Tout est donc lié. Cela est possible grâce à un budget municipal intégré à la politique générale de la ville. Mais, comme nous l’avons déjà expliqué, puisque toutes les forces politiques participent à la Commission Taurine, le contexte est très favorable.

Dans le cadre du budget consacré aux fêtes, les trois partis qui représentent actuellement les habitants d’Arganda sont d’accord sur ce projet. Pour nous, membres de la Commission Taurine, cela facilite énormément les choses : nous pouvons aller au campo, chercher le type de novillo que nous souhaitons et, lorsque nous trouvons ce que nous voulons, nous pouvons l’acheter.

Tertulias : Et concernant les toreros, comment sont-ils choisis? Est-ce vous qui les proposez ensuite aux responsables politiques ?

Carlos Asenjo : Oui. Nous nous réunissons généralement autour du mois d’avril pour travailler sur la sélection des novilleros. Il faut dire que la création des différents circuits de novilladas nous a beaucoup aidés : ceux d’Andalousie, de Madrid, de Valence, d’Extrémadure ou encore de Castille-et-León. Nous surveillons donc ces circuits d’un œil, un peu comme des caméléons !

Et de l’autre œil, nous suivons pendant toute l’année certains novilleros sans picadors dont nous sentons qu’ils possèdent quelque chose de particulier et qui, l’année suivante, pourraient pratiquement débuter avec picadors dans les premières ferias de la saison, comme Olivenza ou Valence. C’est un peu notre méthode de travail.

Nous suivons très tôt les novilleros encore sans picadors, ceux qui sont sur le point de franchir le pas, mais aussi ceux qui ont déjà une année d’expérience avec picadors. Nous observons également les premières ferias de la saison. Madrid organise par exemple certaines novilladas avant San Isidro, Castellón également, et il existe beaucoup de pueblos et de villes où nous pouvons aller voir des novilleros avant le mois de juin.

À cette période-là, notre feria est pratiquement déjà entièrement construite. Et lorsque quelqu’un nous recommande un novillero — car il y a toujours des recommandations : « Va le voir, il va toréer là-bas… » — nous essayons de nous déplacer. Parce qu’une chose est ce que les gens nous racontent, et une autre est ce que nous voyons nous-mêmes dans l’arène.

Tertulias : Lorsque vous construisez la feria, cherchez-vous donc un équilibre entre les novillos et les novilleros ?

Carlos Asenjo : Oui, personnellement, j’aime beaucoup travailler de cette manière. Je cherche toujours à trouver un certain équilibre entre le type de novillada et le profil du novillero. Mais il faut reconnaître que, selon les années, nous ne disposons pas toujours d’une grande variété de novilleros.

Cette année, par exemple, a été assez compliquée. Deux ou trois novilleros importants, comme Julio Norte ou Julio Méndez, ont pris l’alternative. Tomás Bastos l’a également prise. Par ailleurs, nous ne sommes pas parvenus à trouver un accord avec Álvaro Serrano, triomphateur de la Feria de San Isidro, ni avec Emiliano Osornio, dans le cadre des négociations.

Cela représentait finalement cinq novilleros que nous aurions aimé pouvoir avoir à la feria. Alors il faut réfléchir, chercher d’autres solutions… et finalement, nous en trouvons cinq autres. Ensuite, nous essayons d’étudier leurs profils, leur manière de toréer, leur personnalité.

Avec les matadors, c’est parfois plus facile à identifier : certains possèdent un registre plus artistique, d’autres sont davantage fondés sur le courage ou sur un toreo plus classique. Avec les novilleros, nous essayons de faire la même chose : comprendre leur registre et leur associer la novillada qui, selon nous, peut le mieux leur convenir.

Tertulias : Y a-t-il eu de grands noms qui sont passés par Arganda ?

Carlos Asenjo : J’en ai vu quelques-uns moi-même et, pour ceux que je n’ai pas pu voir parce que j’étais trop jeune, je me suis beaucoup renseigné.

Des toreros importants sont passés ici : Jesulín de Ubrique, qui a été l’un des premiers grands triomphateurs de la feria, Finito de Córdoba, Morante de la Puebla, José Tomás, Talavante, entre autres.

Beaucoup de ceux qui évoluent aujourd’hui au plus haut niveau sont également passés par Arganda. Ginés Marín, par exemple, ou encore Julio Norte, qui est venu ici justement l’année dernière. On pourrait également citer José Garrido. Finalement, beaucoup de ceux qui sont aujourd’hui matadors de toros sont passés par Arganda lorsqu’ils étaient novilleros. D’ailleurs, eux-mêmes le reconnaissent souvent dans leur parcours professionnel.

Tertulias : Vous arrive-t-il de prendre des risques en engageant de jeunes novilleros encore peu expérimentés, qui n’ont pas encore beaucoup de métier ?

Carlos Asenjo : Je vais vous donner un exemple très concret. Aujourd’hui, c’est un matador de toros que l’on associe plutôt aux corridas dures. Mais, il y a quelques années, nous avons programmé à Arganda Juan de Castilla alors que pratiquement personne ne le connaissait.

Et quand je dis personne, c’était vraiment personne. Il devait débuter avec picadors le 29 août, alors que notre feria commençait au début du mois de septembre. Autrement dit, nous avions annoncé Juan de Castilla à Arganda alors qu’il n’avait même pas encore débuté avec picadors. Mais nous le suivions depuis longtemps. Nous connaissions parfaitement son évolution et nous savions qu’il avait les qualités nécessaires.

Évidemment, il ne bénéficiait peut-être pas de la même notoriété que certains autres novilleros de sa génération. Et, à Arganda, il s’est retrouvé face à une novillada de Jaral de la Mira particulièrement forte. C’était une novillada très sérieuse, vraiment très forte.

Beaucoup d’aficionados expérimentés d’Arganda nous reprochaient alors ce choix. Ils nous demandaient : « Mais qui est Juan de Castilla ? Nous ne le connaissons pas ! » . Eh bien, ce jour-là, il a coupé une oreille. Pour certains, une oreille peut sembler peu de chose. Mais à Arganda, une oreille vaut de l’or. Avec cette seule oreille, il a été déclaré triomphateur de la feria.

Il venait tout juste de débuter avec picadors le 29 août et sa deuxième novillada avec picadors était celle d’Arganda del Rey. Et il est devenu le triomphateur de la feria. L’année suivante, nous l’avons donc réinvité. Et il a de nouveau été déclaré triomphateur.

Le second escalafon

Cette fois, il était évidemment beaucoup plus aguerri. Il avait déjà participé à plusieurs ferias et était même passé par Madrid. Je cite souvent cet exemple parce qu’il illustre parfaitement notre manière de travailler. Nous observons énormément ce que j’appellerais le deuxième escalafón, celui des novilleros sans picadors. Chez certains, on perçoit déjà très tôt quelque chose de particulier. Vous en avez d’ailleurs un en France : Clovis. Ici, en Espagne, nous le suivons de très près.

Il y en a beaucoup d’autres. Armando Rojo, par exemple, que nous avons qualifié pour la finale de la Vid de Plata, mais aussi Manuel León ou Daniel Gutiérrez. Nous suivons déjà plusieurs de ces jeunes novilleros en pensant aux saisons à venir.

Tertulias : Beaucoup de Français sont-ils passés par Arganda ?

Carlos Asenjo : Oui, il y en a eu beaucoup. Cette année encore, si tout va bien, l’un d’eux sera présent le 10 septembre : il s’appelle Víctor. Un matador de toros français comme Adrien Salenc est également passé par ici. Il a été engagé lors de deux ferias de novilladas. Une année, il n’avait finalement pas pu toréer parce qu’il avait été blessé à Calasparra et nous avions dû le remplacer.

Yon Lamothe est également venu ici, tout comme Andy Younes, qui, je crois, a aujourd’hui arrêté, même si je n’ai plus beaucoup de nouvelles de lui. Il y a donc eu pas mal de novilleros français. Thomas Dufau a lui aussi lidié ici une novillada de Torrenueva. Et si je réfléchissais davantage, je pourrais certainement en citer encore d’autres. Donc oui, les novilleros français ont toujours été assez nombreux à passer par Arganda.

Tertulias : Et beaucoup de Sud-Américains également ?

Carlos Asenjo : Oui, énormément. Parmi les plus récents, on peut citer Isaac Fonseca. Cette année, par exemple, nous aurons Rafael de la Cueva, qui est Vénézuélien. Cristian Restrepo, de Colombie, est également passé par ici. Parmi les noms désormais connus, Adame est venu, tout comme Jesús Enrique Colombo ou encore Leo Valadez. Roca Rey, en revanche, n’a pas pu venir parce que nous ne sommes pas parvenus à un accord. Disons que c’est peut-être le seul petit regret que nous ayons dans notre histoire !

Tertulias : La feria taurine ne se limite pas aux novilladas. Il existe aussi d’autres spectacles taurins ?

Carlos Asenjo : Arganda est une véritable terre de recortadores.Certains des meilleurs recortadores d’Espagne sont originaires d’ici ou sont passés par Arganda. Beaucoup d’entre eux ont d’ailleurs participé à des concours en France. Nous les considérons un peu comme nos ambassadeurs, parce que partout où ils vont, lorsqu’ils sont présentés, le nom d’Arganda est associé au leur.

photo – fiestarganda

Arganda associe donc à parts pratiquement égales la tauromachie traditionnelle dont nous parlons depuis le début de cet entretien et les festejos populares. Et c’est l’addition de tout cela qui nous amène à ce chiffre impressionnant d’environ 100 toros en huit jours.

Une partie des animaux est destinée aux novilladas, et l’autre aux capeas et aux encierros. Il y a des capeas le matin après les encierros. Nous avons deux encierros quotidiens, et il y a également des lâchers après les novilladas.

Nous avons même une journée particulière, qui coïncide avec un jour férié, durant laquelle nous organisons également une capea nocturne. Au total, on peut dire qu’il y a environ cinquante toros pour les rues et cinquante pour les spectacles dans les arènes.

Tertulias : Qu’attendez-vous de cette édition de la feria ?

Carlos Asenjo : Avant tout, énormément d’enthousiasme. On le ressent déjà très clairement. Les abonnements ont récemment été renouvelés et pratiquement 99,9 % des abonnés ont renouvelé leur abonnement. Nous avons ensuite mis environ 200 nouveaux abonnements en vente.

Les gens ont fait la queue toute la nuit alors que les guichets n’ouvraient qu’à quatre heures de l’après-midi ! Les 200 abonnements sont partis en une heure et demie. Nous avons même dû interrompre la vente des abonnements, alors qu’il restait encore de la demande, afin de conserver suffisamment de places pour mettre en vente des billets à l’unité.

C’est indispensable, notamment lorsqu’un novillero français vient toréer. Il faut que sa famille, ses amis, des membres de peñas ou simplement des aficionados venus de l’extérieur puissent acheter une entrée.

Donc la première chose que nous ressentons aujourd’hui, c’est vraiment de l’illusion et de l’enthousiasme. Ensuite, l’aspect économique est évidemment important. Tout cela peut fonctionner seulement si l’organisation possède une certaine solidité économique et si l’aficionado répond présent.

Et aujourd’hui, il répond présent. Cela nous donne tellement d’enthousiasme que nous nous mettons même à rêver. Si le public nous demande de voir toujours ce qu’il y a de meilleur, alors peut-être qu’un jour il faudra commencer à réfléchir à faire encore grandir la feria. Après, il existe des choses qui ne dépendent évidemment pas de nous.

Nous proposons six novilladas avec picadors, plus celle sans picadors, donc sept après-midi taurins, chacun avec une personnalité et un intérêt particulier.

Ensuite, il faut que ce jour-là le novillo sorte bon, qu’il ait envie d’embestir et que tout se mette en place. Mais lorsqu’on vit cette évolution de l’intérieur, c’est encore plus impressionnant. Nous avons connu une époque où les gradins étaient à moitié vides, avec à peine 600 abonnés. Aujourd’hui, nous sommes proches de 1 800 abonnés.

Tertulias : Quelle est la clé de ce succès ?

Carlos Asenjo : La première clé, c’est de savoir reconnaître ses erreurs. Sur huit jours de fêtes, il y a forcément des choses qui vous échappent. Il existe des éléments que vous ne pouvez pas totalement maîtriser. Mais ce qui compte, c’est d’essayer de les améliorer.

Le problème — ou peut-être aussi la vertu de notre système — c’est que nous disposons d’une année entière pour corriger une erreur, mais nous ne pouvons pas la corriger immédiatement. Il faut attendre l’édition suivante. C’est précisément pour cela que nous recommençons à travailler très rapidement.

Si la feria se termine, par exemple, le 15 septembre, dès le 18 nous sommes déjà réunis pour faire le bilan à chaud. Cela n’a pas fonctionné : on le note. Cela a fonctionné mais peut encore être amélioré : on le note également. Et ce qui fonctionne parfaitement, il faut aussi savoir le conserver, parce que ce qui est bon doit rester.

C’est cela, notre niveau d’exigence envers nous-mêmes. Et surtout, nous essayons de conserver un contact direct avec l’aficionado. Pour nous, l’aficionado est fondamental. Toute personne qui souhaite contribuer par une critique constructive est écoutée et ses remarques sont prises en considération.

Tertulias : Quel est alors, selon vous, le problème de la tauromachie aujourd’hui ? Pourquoi ne fonctionne-t-elle pas partout comme à Arganda ?

Carlos Asenjo : Parce qu’à Arganda, tout est géré par des gens qui vivent réellement la tauromachie et qui n’ont aucun problème à la défendre. Nous parlons toujours ici d’un triangle. Les trois sommets de ce triangle sont le toro, l’aficionado et le professionnel. Ces trois éléments doivent fonctionner ensemble.

Si l’un des trois disparaît ou est négligé, tout le système se déséquilibre. Évidemment, la matière première est fondamentale : c’est le toro. Le ganadero et son animal sont donc essentiels. Mais sans l’aficionado, le ganadero n’a personne à qui montrer son travail.

Et le torero, lui aussi, vit grâce à l’aficionado. C’est donc véritablement un triangle dans lequel chacun alimente les deux autres. Si l’un des trois côtés se brise, nous perdons tout.

Tertulias : Et que penses-tu, par exemple, de ce qui se passe à Saragosse ?

Carlos Asenjo : Il y a parfois des intérêts personnels et, notamment, des problèmes liés à la politique, ce que nous n’avons pas ici. Lorsqu’un responsable politique intervient de manière excessive, il peut finir par créer un problème là où il n’y en avait pas.

Si une municipalité lance un appel d’offres pour la gestion d’une plaza, elle doit définir clairement ses exigences et ensuite demander à l’empresa de les respecter. Mais lorsque l’on cherche à compliquer constamment les choses, cela devient absurde.

Il existe énormément d’arènes municipales en Espagne, mais il existe aussi énormément de stades de football municipaux. Pourtant, les municipalités ne gèrent pas ces stades avec les mêmes contraintes administratives. Pourquoi s’acharner autant sur les toros ? C’est quelque chose que j’ai du mal à comprendre.

Tertulias : Et concernant l’avenir d’Arganda, le public est-il en train de rajeunir ou reste-t-il surtout composé d’aficionados plus âgés ?

Carlos Asenjo : Le public rajeunit énormément. Je vous parlais précédemment de ces gradins qui étaient autrefois à moitié vides. Nous avons décidé de transformer l’un d’eux en grada joven, un espace spécifiquement destiné aux jeunes.

Je l’ai très clairement en tête : cette tribune compte environ 470 places et elle est aujourd’hui remplie de jeunes. Nous proposons pour cette grada joven un abonnement à 75 euros, qui permet d’assister aux sept après-midi taurins ainsi qu’au concours de recortes. Et cela a créé une véritable dynamique.

Beaucoup de jeunes n’ont d’ailleurs pas réussi à obtenir un abonnement dans les gradins tellement la demande était forte. Mais comme on peut également regarder les novilladas depuis la partie basse, derrière les barrières, beaucoup de jeunes se retrouvent également là. Et finalement, c’est quelque chose de cyclique.

Ces jeunes qui sont aujourd’hui en bas finiront probablement, dans quelques années, par monter dans les gradins, exactement comme je l’ai fait moi-même lorsque j’étais plus jeune.

Tertulias : Combien coûte donc à un aficionado le fait d’assister aux novilladas ?

Carlos Asenjo : L’abonnement jeune coûte 75 euros. L’abonnement adulte coûte 110 euros.

Tertulias : Et pour une entrée à l’unité ?

Carlos Asenjo : Nous avons quatre gradins. Certains sont au soleil, d’autres à l’ombre, et l’une des tribunes possède même deux niveaux, avec un tendido bas et un tendido haut. Selon l’emplacement, le prix varie un peu, mais la moyenne se situe autour de 17 euros.

Je pense que c’est aussi l’une des clés de notre succès. Je vais voir beaucoup de novilladas sans picadors ailleurs et certaines coûtent déjà jusqu’à 15 euros. Ici, pour quelques euros de plus, vous pouvez assister à un spectacle d’un niveau supérieur puisqu’il s’agit d’une novillada avec picadors.

Et évidemment, les coûts d’organisation ne sont pas comparables. Une novillada avec picadors engendre beaucoup plus de dépenses qu’une novillada sans picadors. À Arganda, les novilladas sans picadors peuvent d’ailleurs être vues pour 8 euros.

Tertulias : Mais la feria génère-t-elle des bénéfices ?

Carlos Asenjo : Il faut préciser une chose importante : la feria est organisée par la municipalité et une municipalité n’a pas vocation à faire des bénéfices. La mairie dispose d’un budget consacré aux fêtes et ce budget doit servir à organiser ces manifestations.

La feria est néanmoins rentable. Elle fonctionne, attire du public et produit une activité économique importante autour d’elle. Il faut ensuite distinguer la partie consacrée aux festejos populares. Là, évidemment, il n’y a pas de recettes de billetterie puisque les encierros et les manifestations de rue sont gratuits.

C’est donc à la municipalité de défendre et de financer cette tradition, même si, prise isolément, elle n’est pas économiquement rentable. Il existe aussi quelque chose qui devrait sembler parfaitement normal, mais que je tiens à souligner parce que ce n’est malheureusement pas toujours le cas ailleurs : à Arganda, on ne lésine pas sur les moyens en matière de sécurité et de services médicaux.

Nous disposons d’un service médical homologué.

Et même plus que cela : il s’agit en réalité du même type de dispositif que celui utilisé à la Plaza de Toros de Madrid.

Si la réglementation exige un chirurgien, un anesthésiste, un infirmier et un certain nombre de personnels médicaux, Arganda double pratiquement ces moyens. Nous disposons même d’une infirmerie équipée de deux blocs opératoires.

Tertulias : Pourquoi un tel dispositif ?

Carlos Asenjo : À cause du volume de public que nous accueillons. Et là, nous ne parlons même plus seulement des novilladas. Un matin d’encierro, à Arganda, il peut y avoir 15 000 personnes dans les rues dès neuf heures du matin.

Comme je le disais, il y a deux encierros. On lâche d’abord les six novillos destinés à la novillada, puis ensuite quatre ou cinq toros de capea selon les jours.

Cela peut donc représenter jusqu’à onze animaux lâchés dans les rues au cours d’une même matinée. Avec 15 000 personnes présentes, le risque existe évidemment, et cela impose une organisation extrêmement sérieuse.

Tertulias : Quelle est la longueur du parcours de l’encierro ?

Carlos Asenjo : C’est encore une particularité d’Arganda : nous avons deux parcours différents. Pendant les quatre premiers jours, les toros empruntent une rue. Pendant les quatre jours suivants, ils passent par une autre. Et ce sont deux parcours complètement différents.

Tertulias : Pourquoi deux parcours ?

Carlos Asenjo : Tout simplement parce qu’il s’agit d’une tradition très ancienne qui a été conservée. Pendant les quatre premiers jours, les animaux empruntent une rue assez étroite et en montée. Ce parcours mesure environ 480 mètres.

Puis, pendant les quatre jours suivants, ils passent par une rue totalement différente : beaucoup plus large, vraiment très large, avec même des arbres le long du parcours. Les toros y disposent de beaucoup plus d’espace pour se déplacer. La distance est sensiblement la même, autour de 480 mètres, mais cette fois le parcours est en descente.

Tertulias : Quel parcours préfèrent les ganaderos ?

Carlos Asenjo : Les ganaderos, mais aussi les coureurs — parce qu’ici, à Arganda, ils sont nombreux et certains sont vraiment très bons — préfèrent généralement le parcours du bas.

Dans sa première partie, la rue est assez étroite, mais elle permet malgré tout de courir dans de bonnes conditions. Il y a également de nombreuses barrières derrière lesquelles les participants peuvent se protéger.

Mais ensuite, on arrive à un endroit très connu, la Plaza de la Bienvenida, ainsi nommée en hommage à la célèbre famille taurine. À partir de là, le parcours forme une sorte de goulot, entouré de maisons. Et surtout, il n’y a plus une seule barrière, plus une seule talanquera derrière laquelle se réfugier.

Lorsque vous vous engagez dans cette partie du parcours, vous devez donc être parfaitement conscient du risque. Il faut avoir les qualités nécessaires pour courir devant un toro, lui faire face et être capable de vous sortir de sa trajectoire sans vous faire prendre. C’est aussi pour cette raison qu’Arganda compte d’excellents corredores.

Tertulias : Pourquoi les novilladas ne sont-elles pas organisées le week-end ?

Carlos Asenjo : C’est lié à une tradition profondément enracinée à Arganda. Les week-ends sont réservés aux célébrations et aux actes religieux. Le premier week-end est consacré notamment à l’offrande florale à la Vierge, en l’occurrence la Virgen de la Soledad, qui est précisément au cœur des fêtes patronales d’Arganda.

Puis, le deuxième week-end est consacré à la procession. La Vierge quitte son ermitage pour être conduite jusqu’à l’église, avant les autres cérémonies du dimanche. Durant ces moments-là, il n’y a donc volontairement aucune manifestation taurine. Tout est centré sur la Virgen de la Soledad.

C’est aussi cela, finalement, l’identité des fêtes d’Arganda : il y a un temps pour les toros et un temps pour la tradition religieuse, et chacun conserve pleinement sa place.

Tertulias : Qu’est-ce qui fait qu’un aficionado devrait venir au moins une fois dans sa vie découvrir la Feria d’Arganda ?

Carlos Asenjo : Je lui conseillerais évidemment de venir la vivre, mais surtout de la vivre entièrement, depuis le matin. À neuf heures, lorsque la fusée retentit et que les six novillos de la novillada sont lâchés dans les rues, il y a déjà une ambiance extraordinaire.

Comme je vous le disais, il peut y avoir environ 5 000 personnes rien que sur la plaza, et sur l’ensemble du parcours de l’encierro, nous pouvons atteindre 15 000 personnes.

Le premier encierro se termine et immédiatement on prépare le second. Ensuite vient la capea matinale, très traditionnelle, très castiza. On y voit des recortadores, mais aussi des gens qui viennent toréer. À Arganda, il existe encore beaucoup de maletillas, ces jeunes ou ces aficionados qui descendent dans l’arène pour essayer de donner quelques passes.

Si je devais vous dessiner une journée type de la feria, après tout cela vient le moment de l’almuerzo : on mange un morceau, un bocadillo avec les amis, et évidemment commencent toutes les discussions taurines. Quel toro a-t-on préféré ? Quel novillero va triompher l’après-midi ? Chacun fait ses pronostics, ses propres quinielas.

Il y a ensuite le sorteo, qui génère ici une ambiance que je comparerais presque à celle de Pampelune. Les aficionados viennent observer les cuadrillas. Ils veulent savoir avec qui arrive tel ou tel novillero : est-ce qu’il vient avec Iván García comme banderillero ? Avec Javier Ambel ? Qui compose sa cuadrilla ?

Rien que cela commence déjà à créer une atmosphère particulière autour de la novillada. Ensuite, vous rentrez chez vous. Vous prenez une douche. Vers cinq heures ou cinq heures et demie de l’après-midi, vous commencez à revenir progressivement vers les alentours de la plaza.

Et je peux vous garantir que l’ambiance qui précède la novillada peut être comparable, dans son intensité, à ce que l’on ressent à Séville ou à Madrid. Je ne dis pas cela uniquement parce qu’Arganda est ma ville. Beaucoup de professionnels viennent ici précisément pour retrouver cette atmosphère taurine.

L’année dernière, par exemple, Jiménez Fortes est venu. Il s’est installé dans les gradins et a publié un très beau message accompagné d’une photo de la plaza alors qu’elle commençait à tomber dans la pénombre. À cette période de septembre, la lumière baisse rapidement. Peu à peu, les éclairages de la plaza prennent le relais. Vous avez cette image magnifique d’un novillero seul face à son novillo.

Il avait accompagné cette image d’une phrase : « Là où tout commence, je reviens aux origines. »

Lorsqu’une phrase comme celle-là vient d’un matador de toros qui est lui-même passé par Arganda, je crois qu’elle résume parfaitement ce que représente cette feria. C’est pour cela que j’invite tous ceux qui souhaitent vivre pleinement les toros, dans toute leur dimension et toute leur intensité, à venir passer une journée entière à Arganda, depuis l’encierro du matin jusqu’à la novillada du soir.

Ils seront toujours les bienvenus.

Propos recueillis par Fransua del Pozo et Philippe Latour

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

×
Verified by ExactMetrics