Aire, aficion et plaisir
Aire, aficion et plaisir
Le 1er mai, c’est le jour du muguet et c’est aussi celui de la Novillada des Arsouillos à Aire sur Adour. Tertulias a rencontré Raphaël Salomé, membre de la commission toro de la Peña los Arsouillos, qui après être revenu sur l’édition 2025 a évoqué l’édition 2026.
Tertulias : « 2024 a été une année compliquée. Comment s’est passé 2025 ? »
Raphael Salomé : « Bien ! Nous avons répété les novillos de Palha après le lot extraordinaire de 2024. Ils avaient coché toutes les cases de ce que nous recherchons en tant qu’organisateurs par leur caste, leur mobilité et leur bravoure. Ils avaient également permis à deux novilleros de sortir a hombros. C’était logique que la ganaderia revienne à Aire en 2025.
Si le résultat artistique n’a pas atteint les sommets de 2024. Toutefois, nous avons eu une novillada intéressante avec un peu moins de bravoure et de chispa que l’année d’avant. Cirugeda a coupé une oreille tout comme Nino Julian. Les gens sont sortis des arènes avec le sourire et c’est le plus important. De plus les gradins étaient très bien garnis. C’est notre meilleure entrée depuis 2015, année où nous avons commencé à organiser cette novillada. Nous n’atteignons pas l’équilibre avec cette taquilla mais nous l’atteignons sur l’ensemble de ce que nous organisons lors la journée taurine. Cela nous a permis de se projeter avec sérénité sur 2026. Donc le bilan 2025 est globalement positif. »

Tertulias : « Est-il vraiment possible d’atteindre l’équilibre sur la novillada ? »
Raphael Salomé : « Je pense que c’est un objectif atteignable. Toutefois c’est de plus en plus difficile chaque année d’équilibrer recettes et dépenses. Côté recettes, on veut garder des prix attractifs et on ne veut pas augmenter le prix des billets. Avec un premier prix à 25 euros, cela fait un budget de 100 euros pour une famille qui vient aux arènes. On fait donc des efforts, notamment en direction des jeunes.
Côté dépenses, jamais ça ne baisse ! On a l’exemple type cette année avec l’augmentation du prix du gasoil. Ramener un lot de toros depuis l’Espagne n’a jamais coûté aussi cher. Tous les coûts liés à l’organisation du spectacle ont tous tendance à augmenter en particulier le prix des toros. Ces dernières années, nous avions acheté un peu en dessous du prix du marché mais les prix ont vraiment augmenté depuis la Covid.
Notre objectif est d’atteindre l’équilibre sur la journée taurine avec tous ses à-côtés. A Aire, nous sommes sur une bonne dynamique que ce soit notre novillada ou bien la corrida des Fêtes. On devrait pouvoir s’approcher de l’équilibre sur le spectacle en lui-même. »
Tertulias : « Comment expliques-tu ce renouveau d’Aficion autour des arènes d’Aire ? »
Raphael Salomé : « Pendant des années, on a payé la gestion de différents délégataires qui avaient d’autres intérêts que ceux de l’arène. Certaines années cela s’est vraiment vu. Les aficionados se sont sentis floués en particulier avec des annulations un peu intempestives. Il y a eu des lots dont la présentation n’était pas digne d’Aire sur Adour et aussi quelques ratés au niveau des résultats artistiques. Tout cela mit bout à bout, a amené les aficionados à déserter nos arènes. En 2015, il y a déjà 11 ans, nous avons pris, si on peut dire, le toro par les cornes avec l’aficion aturine.
Nous avons essayé de faire les choses un peu mieux, dans le respect d’une certaine éthique. Et surtout, et c’est très important, dans le respect de l’aficionado et du public qui paie sa place. Pour nous aficionados monter une novillada ou une corrida, c’est passionnant mais c’est aussi une responsabilité. Nous la prenons à cœur, sans trop se prendre trop au sérieux car nous sommes avant tout des Arsouillos. On essaie d’être transparent sur nos choix. Nous respectons avant tout les gens qui viennent chez nous. Le meilleur exemple en est la non annulation de la novillada de 2024 par respect pour ceux qui avaient fait le déplacement. »

Tertulias : « Comment caractériser le public de la novillada des Arsouillos ?»
Raphael Salomé : « Comme partout, il est difficile de faire la répartition entre aficionados et public local. Nous savons que nous avons besoin des deux. On ne néglige pas le grand public parce que c’est celui qui fait le nombre dans les arènes. Le public aficionado, on ne le néglige pas non plus parce que nous sommes aficionados nous-mêmes et que nous organisons des choses qui correspondent à notre aficion. Notre ligne directrice est maintenant claire et identifiée. Je pense que c’est un des facteurs qui explique cette dynamique positive, au niveau taurin, mais aussi au niveau de la taquilla. »
Tertulias : « Comment définis-tu cette ligne ? »
Raphael Salomé : « Nous, nous aimons le toro. Nous présentons des élevages qui à trois ans, sont plus simples à lidier qu’à quatre ou cinq ans. Nous choisissons en premier lieu les toros puis après, et c’est une étape qui est importante, les toreros. »
Tertulias : « Pourquoi ne pas avoir renouveler la ganaderia de Palha ? »
Raphael Salomé : « Nous nous sommes posé la question. Nous ne voulions pas nous faire piéger à reconduire une troisième fois cet élevage alors que le lot de 2025 était en dessous de celui de 2024. Rapidement nous avons choisi de nous orienter vers quelque chose de différent. Reconduire le même élevage pendant quelques années a souri à certaines arènes. Pour nous cela aurait une facilité et si cela avait été évident de 2024 à 2025, pour 2026 la quinzaine de membres de la commission toros des Arsouilllos, ont unanimement préféré partir d’une feuille blanche. »
Tertulias : « Comment choisissez vous l’élevage ? »
Raphael Salomé : « La feuille n’était pas tout à fait blanche ! Dans notre commission, Mathieu Cazalet fait un travail énorme en suivant depuis de nombreuses années les prestations de 70 à 80 élevages qui nous plaisent. Avec ce recul, il arrive à détecter certains élevages dignes d’intérêt. Cette première liste, sur le papier, on la réduit par téléphone en conservant les ganaderos qui ont un lot disponible et qui sera prêt pour le 1er mai. Ensuite nous allons au campo pour visiter six à huit ganaderias. Dans certains élevages, nous avons le sentiment de faire du tourisme et dans d’autres nous voyons des choses qui nous intéressent.
Et puis, et c’est primordial, il y a le prix qui rentre en compte. On négocie le prix, on intègre les coûts liés au transport.
Tertulias : « Pourquoi avoir choisi Raso de Portillo ? »
Raphael Salomé : «Cette année, nous avions trois pistes sérieuses. Après c’est notre aficion qui fait le choix. Nous avions intégré, avec la Junta des Peñas, en 2015 un novillo de Raso de Portillo dans une corrida concours d’encaste Santa Coloma. Il avait été brave au cheval. Il était resté un peu inédit par la faute du novillero. En 2018 pour le cinquantenaire de la Peña, nous avions mis, dans un desafio ganadero, deux novillos de ce fer.
Depuis cette date, nous allons régulièrement dans cette ganaderia car nous avons d’excellents rapports avec les représentants de l’élevage. En 2024, ils avaient quasiment tout vendu, restait un lot un peu disparate. Cette année, nous avons eu la chance de passer les premiers. Nous avons faire notre choix parmi la camade de 35 à 40 novillos. Un élevage de garantie et un choix élargi d’utreros, c’est idéal pour monter une novillada. Nous avons présélectionné dix novillos. Plus le temps avance, nous les avons vus récemment, plus la présentation du lot conforte notre choix. Par le passé, nous avons eu des novillos bien présentés parmi d’autres qui l’étaient moins. Cette année, le lot est bien présenté et extrêmement homogène. »

Tertulias : «Qu’est-ce qui vous plait dans cette ganaderia ? »
Raphael Salomé : « Pour moi, et c’est vraiment personnel, Raso de Portillo m’évoque la bravoure et la mobilité. C’est un toro qui a du poder, de la transmission et qui ne se livre pas forcément facilement mais qui se livre. Ce n’est pas seulement un toro de premier tiers. Il prend des piques, certes, mais, si on fait les choses bien, ces toros permettent de couper des oreilles. Ce que j’aime dans la corrida au sens général, c’est que le toro amène cette émotion et qu’il y ait un combat. Je comprends que certains aient une autre vision. C’est ce qui fait la richesse des échanges entre aficionados, mais il est primordial que le toro amène l’émotion en piste. C’est ce que nous avons vécu en 2024 avec la caste vive des Palha et c’est ce que nous allons chercher chez les Raso de Portillo. »
Tertulias : « Qu’est-ce qui vous a guidé dans le choix des novilleros ? »
Raphael Salomé : « Parmi bien d’autres, nous avons reçu cet hiver la candidature de Juan Molas. Le novillero dacquois a manifesté son intérêt à affronter les Raso de Portillo. Il souhaite franchir une nouvelle étape dans son parcours pour devenir matador. Nous avons vraiment apprécié ce geste et nous avons décidé très rapidement de donner cette opportunité à Jean Baptiste. C’est un torero local. Dans notre organisation, quand cela est possible, nous aimons à faire le pas vers les professionnels français qu’ils soient novilleros, banderilleros ou picadors.
Et puis on connait la personnalité de Jean Baptiste, ses qualités. Si les planètes s’alignent on peut assister à quelque chose d’extraordinaire. Le fait qu’il se soit porté candidat en prenant un type de toros différent de ce qu’il torée habituellement est un geste rare, que nous avons voulu saluer. Le fait d’être candidat a une vraie importance au moment de monter le cartel. »
Tertulias : « Qu’en est-il du second de la terna ? »
Raphael Salomé : « Ce sera Cristian Gonzalez. Lui aussi était candidat. C’est un profil différent de Juan Molas. Issu de l’Ecole Taurine de Salamanque, c’est un torero classique avec une vraie personnalité. Ce qui nous a intéressé avec lui, c’est qu’il est inédit chez nous. Il y a une grosse densité de novilladas dans le Sud-ouest en avril. Nous sommes la quatrième de ce mois. Le fait d’avoir un cartel original est pas facile. Nous essayons de faire des choix originaux après avoir pris contact avec nos amis de Mugron, Garlin et Saint Perdon. Cristian Gonzalez est un torero qui me fait penser à Manuel Disoleguarde dans sa planta et sa manière de toréer. Il a déjà une trentaine de novilladas piquées à son actif et ne passera pas à côté d’un novillo. »
Tertulias : « Et pour fermer le cartel ? »
Raphael Salomé : « Ce sera Pedro Andres. Comme Juan Molas, sa présence au cartel était pour nous une évidence. Il est de Vitoria et il toréé régulièrement chez Raso de Portillo. Quand nous avons discuté avec les ganaderos, ils nous ont cité Pedro Andres qui a triomphé devant chacune de leurs novilladas. Les éleveurs ont été très positifs à son sujet. Ils nous ont dit qu’avec lui, ils pouvaient voir leurs toros. Il torée avec un grand respect du toro et de l’élevage qui est lidié.
Sa régularité à la mort lui permet de couper beaucoup de trophées. Il a une vraie personnalité. Il est de Vitoria, ce qui n’est pas loin de Aire. Cela peut amener des basques à faire le déplacement.
Autre argument, dans sa cuadrilla il y a comme picadors Juan Antonio (Titi) Agudo et son frère Rafael. Le premier est le mayoral de Raso de Portillo et le second l’aide à s’occuper des toros. Au-delà d’être des belles personnes, ce sont deux grands professionnels. Leur présence au côté de Pedro Andres a également influencé notre choix. »
vidéo de présentation de la novillada
TTertulias : « Comment allez-vous gérer la problématique des sobreros ? »
Raphael Salomé : « C’est une vraie problématique cette année avec notamment les règles sanitaires relatives à la gestion de la DNC. A Aire, il y aura un sobrero qui vient de la ganaderia Alma Serena de la famille Bats. On a eu quelques sueurs froides car il a fait le tour des arènes ce mois d’Avril mais n’a pas été utilisé à Mugron, Saint Perdon et Garlin.
Pour les Raso de Portillo, on a eu le feu vert pour, comme chaque année, les faire venir cinq jours avant la course. Cela permet aux toros de récupérer, même si le trajet depuis Valladolid est plus court que depuis l’Andalousie ou le Portugal. »
Tertulias : « Aire a innové en mettant en place l’arrastre lent . Peux-tu nous en dire un peu plus ? »
Raphael Salomé : « L’arrastre lent, c’est quelque chose de très intéressant, qui permet de créer une cran intermédiaire sur le curseur entre l’ovation à la dépouille du toro et la vuelta al ruedo. Cela permet notamment de ne pas multiplier les vueltas al ruedo. C’est une idée qui nous a été proposée par Michel Florenza qui préside depuis des années nos novilladas. Nous l’avons mis en place. Maintenant Il faut l’expliquer, le défendre et s’en servir de manière pertinente.
Plus généralement, nous sommes en lien dans la manière de voir et de faire les choses avec les actions portées par la Fédération des Sociétés Taurines de France et le CPAC. Du coup cette année, nous allons mettre en place le Palco Valor. Pour la présidence technique, c’est la grille de jugement pour évaluer toros et toreros. Ces documents seront disponibles pour le public à partir d’un QR Code qui sera sur le document distribué à l’entrée des arènes. Cela n’enlèvera rien à la sensibilité de chacun mais le fait d’avoir ce référentiel et de le partager est important.»
Tertulias : « Les arènes d’Aire ont été endommagées lors de la tempête Nills. Où en seront les travaux le 1er mai. »
Raphael Salomé : « La tempête Nills a fait tomber une vingtaine d’arbres dans le parc devant nos arènes. Deux ou trois ont vraiment fait des dégâts sur la toiture du bâtiment. Le désamiantage a eu lieu la semaine du 13 avril. Les tôles de couverture endommagées ont été déposées dans la foulée. Même si la remise en état complète aura lieu au mois de mai, grâce à la réactivité des municipalités (ancienne et nouvelle) et des entreprises qui sont intervenues, la novillada va pouvoir se dérouler dans de bonnes conditions et ça c’est le principal. »
Tertulias : « Parle-nous du programme de la journée? »
Raphael Salomé : « Cette année, il y a des gros travaux devant les arènes avec une requalification du centre-ville et du carrefour devant l’Office de Tourisme. Nous n’avons pas la possibilité de faire un encierro le matin. Il y a quand même un rendez-vous incroyable et incontournable avec le grand banquet que nous organisons le midi. L’an dernier nous avions fait un « No Hay Billetes » et les places sont limitées. Les gens en parlent encore aujourd’hui tellement ce rendez-vous a été réussi. Il doit rester quelques places en lignes !
A 16h30, les bandas accueilleront le public aux arènes avant le paseo qui aura lieu à 17h. »
Tertulias : « Qu’est-ce qui fait que vous serez contents à la fin de la journée ? »
Raphael Salomé : « Avec un peu de recul, il y a quelque chose qui marque particulièrement : c’est l’expression sur le visage des gens qui sortent des arènes. Cela fait deux ans que l’on voit des sourires et c’est pour en tant qu’organisateurs et aturins, c’est une fierté. Dans une période compliquée, les gens ont besoin de s’évader. S’ils peuvent le faire en venant aux arènes et en particulier chez nous, nous en serions contents. On met tout en œuvre pour l’organisation et que les gens passent un bon moment puis parlent de toros sous le soleil en quittant les arènes. Ce serait vraiment sympa. »
Merci Raphaël. La réservation est ouverte à l’Office du Tourisme au 05 58 71 64 70 et en ligne : https://pena-los-arsouillos.assoconnect.com/collect/description/645102-h-billetterie-novillada-des-arsouillos-2026
Propos recueillis par Thierry Reboul
