Vic : une Féria ratée

Vic 2022, une Féria ratée.

Pour beaucoup d’aficionados, la Féria de Vic est un moment important de leur saison taurine. Il est plus que probable que les vicophiles sont, à l’issue de l’édition 2022, déçus, chafouins, grognons. Cette féria a été décevante et même irritante. Nous avons tous un peu mal à notre Féria de Vic. Plus grave qu’un bilan artistique médiocre, il manquait du monde sur les gradins. On est loin des llenos d’antan .

Un constat amer et attristé.

Un public au comportement innaproprié

Décevant a été le comportement d’une partie du public, dissipée et parfois pédante ou outecuidante, qui applaudissait des picadors qui ne piquaient pas ou des estocades « basses mais efficaces ». Irritant et même ignoble quand une vingtaine d’individus pitoyables, certains alcooliquement imprégnés, qui n’ont pas leur place sur les gradins des arènes, ont bombardé avec des bouteilles d’eau les toreros.  Ces mêmes individus ont même insulté Domingo Lopez Chaves, ce torero a qui ils étaient prêts à construire une statue le samedi.

On a vécu de beaux moments en 2021 avec des aforos réduits et des publics exigeants mais attentifs et respectueux . Le retour d’un public moins aficionado coincide avec celui de comportements décalés par rapport à ce qu’est notre conception de la corrida. Cela nous éloigne du confort dans lequel nous nous étions installés l’an passé. Le débat sur cette évolution des publics est un vrai débat qu’il faudra avoir. Mais avant de transmettre savoir et savoir faire, il sera nécessaire de remettre de l’ordre dans le savoir être.

Des toros « peu vicois », âgés et décastés.

Décevante a été la présentation des toros lors de cette féria. Un des novillos de Raso de Portillo cornicorto n’aurait jamais du sortir en piste dans une arène de première catégorie. Les autres avaient des pointes abîmées . Irritante à été la présentation des Cebada Gago limite basse pour une plaza comme Vic, ou fuera de typo pour certains . A part les Baltasar Iban , aucun lot n’a été un lot vicois pour ce qui est de la présentation.

Décevantes ont été les prestations des trois premiers Raso de Portillo et des Valdellan. Irritant a été le manque de race des Cebada Gago. Le summun (ou le fond du gouffre) a été atteint avec la très mauvaise course d’Escolar Gil. Il ne faut pas confondre corrida dure avec des toros sérieux, encastés et qui demandent les papiers avec une morruchada. Une corrida torista n’est pas un défilé de toros infumables. Le quatrième toro semblait connaître le grec et le latin. Le cinquième n’a jamais compris qu’il était un toro de combat. Tout cela est le signe d’un élevage en déliquescence ou mal géré (ou bien les deux). Ses résultats, depuis quelques années, en sont une preuve.

Des raisons multiples

Les explications à ces fracasos sont multiples. Le choix de ganaderias vues et revues qui ne sont pas au mieux de leur forme en est une. L’âge des toros en est probablement une autre. Très peu de cuatreños, beaucoup avaient quasiment six ans , depuis la reprise post Covid les ganaderos passent les produits qu’ils n’ont pas pu écouler depuis 2020. A quelques exceptions près, dont les intéressants Valverde  d’Alès, toros âgés ont souvent rimé avec public dépité.  Certains encastes ne supportent pas le poids des ans. Il y a une différence entre un animal de cinq et deux ou trois mois et un de six ans moins quelques jours.Le problème est général. Il est probablement temps de revenir à une pyramide des âges plus « traditionnelle » en apurant les stocks de toros trop âgés. Vic, côté toros, a été une féria ratée.

Des toreros limités ou peu motivés.

A l’exception de Lopez Chaves et de Javier Cortes tous les toreros ont été décevants. Desconfiados, peu inspirés dans leur faena, ils ont, en plus, très mal tué. Jamais les clarineros n’ont eu autant de travail. Ils ont passé leurs après-midi à sonner des avis. Certes il est difficile de trouver des toreros à mettre devant le toro et le public vicois mais le casting de la Féria 2023 ne pourra pas rester au niveau de celui de 2022.

Quel dommage que les Baltasar Iban n’aient eu pour adversaires que Ruben Pinar et Damian Castaño!. On est loin des Ruiz Miguel Fundi, Rincon ou plus récemment des Luque ou de Justo . Quand on dit que tous les autres toreros ont été décevants, c’est faux. L’un d’entre eux a été détestable. Antonio Ferrera, la tête à Madrid, a été en dessous de tout. Le problème est que nous allons devoir le supporter à plusieurs reprises cette saison.

Et maintenant ?

Et pourtant !

Souvent les vicois ont eu de la chance. La dernière course, le dernier toro sauvaient une Féria « pas terrible ». Il y a bien eu un grand moment pendant cette Féria. On le doit à un très bon lot de toros de Baltasar Iban. Bien présentés, avec de la bravoure et de la caste, ils ont fait que, durant trois heures, Vic était redevenu Vic. Seul Javier Cortes a été à la hauteur de ces toros. Si la course de Baltasar Iban avait clos la Féria, elle aurait été l’arbre qui cache la forêt et on aurait oublié le reste. Le seïsme de cette année est en fait un mal pour un bien. Il propulse au premier rang une multitude de problèmes qui , n’étant pas traités, ont conduit Vic a vivre une Féria ratée.

Que faire ?

Les organisateurs vicois vont vivre des moments difficiles. La tentation sera grande de chercher des coupables et, pour certains, de baisser les bras. Le pire serait de rechercher dans le passé des recettes ou des solutions qui ne fonctionnent plus.Le problème n’est pas conjonturel, il est structurel. Une situation de crise est toujours, si on veut s’en donner la peine et les moyens, une source de progrès.I l faut juste accepter de se remettre en cause. Vic sait ce que doit être Vic. La corrida du dimanche matin, en est la preuve. Son ADN , ce sont des toros bien présentés et armés , braves au cheval, sérieux et transmettant de l’émotion au troisième tiers. Face à eux, des toreros comme Chaves ou Cortes, comme les Ibanes pour les toros, sont le niveau minimum requis. Cette année, ils étaient le maximum possible.

Une nécessité absolue.

C’est à partir de ce constat que les vicois* pourront définir un plan d’action ( voire d’urgence) pour sauver leur (notre) Féria. La corrida « torista » ne souffre pas la médiocrité, elle exige l’Excellence. Les vicois devront renoncer à des certitudes, faire preuve d’imagination, de créativité, rebattre les cartes pour construire une Féria 2023 qui soit à la hauteur des attentes des aficionados pour qui cette arène représente vraiment quelque chose. Vic, 2023 devra être différente, elle ne pourra pas être une Féria ratée.

« Vic, réveille toi. On t’aime et on a besoin de toi ! »

Thierry Reboul

Juste pour se remonter le moral, la vidéo de la corrida de Baltasar Iban réalisée par notre confrère Alain Garres du site www.corridatv.fr

7 Comments

  1. BeLe réseña, oui je trouve que VIC manque de recherches dans leurs choix d’élevages , il semble pourtant possible à faire ce choix là. D’autres toreros ? Peut-être , il y en avait un qui espérait remplacer Pilar (christobal Reyes) il serait mal tombé avec ces Escolar. Beaucoup de choses à revoir.les Baltazar avaient aussi 6 ans 4 SuR 6 !espérons pour 2023 , le toro est une passion mais elle a aussi un coût, ne l’oublions pas !

  2. Tout à fait d’accord! Mais que dire de Dédé Cabannes si prompt à jouer les « Monsieur Loyal » et si absent quand il s’agit de donner de véritables infiormations aux aficionados ? (cf le fiasco du dernier jour)

    • Je suis d’accord avec cette affirmation. Dans les arènes il n’y a pas que des professionnels et des amis, il y a aussi un public qui paye sa place et qui veut comprendre. Il y aurait peut-être des réactions moins violentes si les gens étaient informés.

  3. Faites une liste des élevages Torista pour Vic…elle n’Est pas extensible. Faites la même chose pour les Toreros capables de lidier à Vic…ben ils ne sont pas bien nombreux. Il fallait se douter que les ganaderos passeraient les invendus en 2022 ! C’est un des problèmes de Vic tout comme cela l’a été à Madrid où l’on a vu une grande quantité de Toros de plus de 5 ans et demie ! Faites confiance aux Vicquois , ils travaillent déjà pour l’an prochain !

  4. Félicitations Mr Reboul. Tout est dit mais à mon avis il ne faut rien attendre de Mr Cabannes.

  5. Je m’étonne Thierry que tu ne dises pas un seul mot sur la conduite inqualifiable de Mr Cabannes qui tout simplement enlever le droit à Domingo Gonzales de faire un véritable tour d’honneur fêté comme il aurait dû et peut être même q’une sortie à hombros aurait été méritée ( au passage, les Ibanes avaient le même âge que les autres lots). Je pense que cela au aussi pesé dans la réaction extrême et condamnable du public qui n’est pas pardonnable, mais reconnais quand même que la cocotte était sur le deux depuis samedi, qu’elle a bouilli dimanche pour finir d’exploser lundi.
    Pour ma part je ne vois de changements possibles que s’il y a un changement de personnes au sein du CTV. Il est difficile de laisser sa place surtout lorsque l’on est empreint de pouvoir, mais je pense que c’est nécessaire et sera salvateur pour l’avenir vicois.
    Abrazos.

    • J’ai couvert Vic une vingtaine d’années. Plus jeune je campais dans la grange d’un copain Vicois . J’y ai vécu de grandes ferias comme des minables. Monter les cartels de Vic n’est pas chose aisée je le sais bien . Et le label « Pentecôte a Vic » n’offre plus l’assurance tous risques que les aficionados et amoureux de cette plazza verront ce qu’ils sont venus rechercher. Belle analyse Monsieur Patrick Soux. Et que le CTV se ressaisisse au plus vite avec un peu plus d’originalité dans ses choix . Pour le campo de Ferai ca ira …

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