Madrid, la corrida inattendue
Madrid, la corrida inattendue
Il est des corridas dont on dit que l’on n’attend rien. Parfois même, on vient aux arènes à reculons pensant que l’on va s’ennuyer. Celle programmée ce jour à Madrid en faisait partie. Mais elle a confirmé deux proverbes taurins. Le premier c’est qu’il ne faut pas écrire une reseña avant d’avoir vu la corrida. Le second est que quand les toros sont encastés, il y a de l’émotion en piste et sur les gradins.
On a tous vécu ce jour à Madrid un beau moment d’Aficion. Les toros d’Adolfo Martin par leur caste et leur race y ont largement contribué.
Les deux matadors sont sortis par la Puerta Grande. On peut chacailler celle de Roman qui a été très courageux et appliqué face au dangereux quatrième mais qui est resté, malgré sa bonne volonté en dessous du noble et encasté sixième.
Celle d’Antonio Ferrera est elle indiscutable. Cela peut suprendre tous ceux qui ont vu les prestations catastrophiques du torero de Badajoz en France cette année. Ferrera est le Docteur Jekyll et Mister Hyde de la tauromachie. Il peut être exécrable ou bien génial. Et génial il l’a été cette après-midi à Madrid. Il a su comprendre que le troisième était bon à gauche et les naturelles qu’il a instrumenté ont fait se lever le public de Las Ventas. Celle à l’excellent cinquième est une faena de deux oreilles à Madrid .Le recibir était extraordinaire mais l’épée était contraire limitant le privant du second appendice mais pas des vivats de la foule.
Seule regret à l’issue de cette course, c’est l’absence de mouchoir bleu pour récompenser le cinquième toro et de salut du mayoral à l’issue de la course.


Les toros
2026 est l’année des Adolfo Martin. Après deux bonnes sorties à Madrid et Aire sur Adour, les Albaserrada ont contribué à générer cette émotion qui fait se lever le public quand les toreros se mettent à leur niveau.
Les deux premiers ont été les moins intéressants de la tarde.La course est allée à mas. Le troisième avait une très intéressante corne gauche. Le quatrième a transmis de l’émotion par son exigeance. Le cinquième, qui est allé trois fois au cheval, a été un grand toro par sa caste et son exigeance. Le sixième a été d’une noblesse qui n’avait rien de naive. Quand il y a de la caste, il y a de l’émotion et il y a eu de la caste ce dimanche à Madrid.
Les toreros
Le premier toro manque de race et de forces. Antonio Ferrera ne s’implique pas au delà du minimum avant de mal tuer. Quand Ferrera prend la main gauche face à un troisième avec une demie charge la faena prend une autre dimension et la conclusion à l’épée lui permet de couper la première oreille de la tarde. La faena du torero de Badajoz au cinquième est de celle que l’on garde en mémoire. Le toro, un vrai Albaserrada, est encasté et se fait respecter du torero. Du début à la fin de la lidia, Ferrera sort le grand jeu et l’émotion est à son paroxysme quand il tue d’un exceptionnel recibir cité à près de 10 m. L’épée un peu contraire prive le torero d’un double trophée mais pas de l’oreille qui lui ouvre pour la deuxième fois de la temporada la Puerta Grande de Madrid.
Le second est exigeant et ne pardonne aucune erreur. Roman construit une faena appliquée et courageuse. Il tue efficacement avant de transformer un salut chaleureux en vuelta qui l’est un peu moins. Le quatrième est dangereux. La faena de Roman est courageuse et va à mas. Elle se termine par deux grands derechazos et une épée efficace. Oreille. Le sixième est d’une grande noblesse. La faena de Roman est appliquée, méritoire mais en dessous du potentiel du toro. L’épée est une belle épée un peu longue à agir. Oreille et Puerta Grande pour le torero de Valencia.
Fiche technique
- Arènes de Las Ventas, corrida de la Féria d’Automne. Toros d’Adolfo Martin.
- Antonio Ferrera: silence, oreille, oreille.
- Roman: vuelta (avis), oreille (avis), oreille (avis).
- Sobresaliente: Alvaro de la Calle
- Salut de Iván García et Pascual Mellinas au premier et de Angel Otero au cinquième.
- Treize piques
- Président: Juan Carlos Gonzalez Carvajal
- Quasi lleno
- Soleil et chaleur de fin d’été
Toro à toro
Numéro 71 Arenero Àntonio Ferrera
Le premier est léger mais joli armé. Antonio Ferrera le reçoit par des véroniques. L’Adolfo prend deux piques sans s’employer. Juste de forces, il fléchit entre les deux rencontres. Iván García et Pascual Mellinas saluent. Début de faena par doblones, Ferrera a du mal à trouver le sitio. Il est plus dans le chasse mouche que dans la lidia. A gauche c’est un peu mieux. Retour à droite, le toro a encore moins de charge. Le torero pinche avant de mettre une vilaine épée basse. Silence


Numéro 2 Aviador Roman
Le second est boiteux et est protesté. Il n’a pas beaucoup d’intérêt pour la cape de Roman. A la pique, il est bravito mais manque de poder. Roman brinde au public. Début de faena par doblones, le toro est noble. Roman enchaîne une bonne série à droite. Il est en difficulté sur la suivante. Le toro est se retourne vite. Malgré son nom le toro s’emploie sans faire l’avion. Il est très exigeant mais Roman s’arrime. Dès que le torero ne se centre pas, l’Adolfo ne pardonne rien. L’épée est en place et efficace. Vuelta.


Numéro 31 Aviador Antonio Ferrera
Le troisième est dans le type de l’encaste. Il cherche à s’échapper puis suit sans grande conviction la cape de Ferrera. Manso il prend une pique sans style. Le torero doit faire se déplacer le piquero pour une seconde rencontre légère. Antonio Ferrera après deux doblones entreprend le toro sur le piton droit. Le bicho est tardo et se retourne vite. A gauche, il s’arrête à mi passe. Ferrera perçoit une possibilité chez ce toro à priori pas simple. Comme par un miracle la faena change de niveau. La série suivante est excellente et la troisième superbe. La suivante initiée à droite et finit à gauche arrache les olés à Las Ventas. Ferrera tue d’une demie au recibir en citant de loin. Elle est efficace. Oreille.


Numéro 22 Sevillano Roman
Le quatrième est bien présenté. Il met bien la tête dans la cape de Roman. Mal piqué il prend deux puyazos en mettant les reins. Ferrera le sort du cheval par deux faroles et une belle demie. Début de faena compliqué, le toro serre le torero. A droite l’Adolfo Martin est tardo et violent. Il allonge le cou à chaque passe. Roman se fait bousculer sur la troisième tentative à droite. A gauche le toro est avisé. Le torero arrache des muletazos méritoires et est à nouveau en danger. La série suivante à droite comporte deux grands derechazos. Un avis sonne avant la première entrée à matar. L’épée est quasi entière mais tombée. Elle est efficace. Oreille. Roman part à l’infirmerie après sa vuelta. Il reviendra lidier le sixième.


Numéro 8 Chaparrito Antonio Ferrera
On voit qu’Antonio Ferrera est motivé quand il reçoit le cinquième. Le toro pousse et prend une grosse première pique. La seconde est un peu plus légère. La troisième pique montre le fond de bravoure du toro. Deux grandes paires de Angel Otero font se lever le public. Début par doblones, le public est avec le torero. Le toro est très exigeant. La première série à gauche est magnifique. Grande série alternant sans l’épée naturelles mains droite et gauche. Le torero est inspiré et le toro transmet. Le recibir est superbe avec une charge extraordinaire du toro. C’est une faena de deux oreilles mais l’épée est contraire. Ce sera donc un seul trophée. Le bleu n’aurait pas été une hérésie.


Numéro 34 Revoltoso Roman
Le sixième est léger. Il s’emploie dans la cape de Roman. Il prend deux puyazos sans s’employer. Nouveau quite de qualité de Ferrera. Roman double le toro avant de donner une très bonne série à gauche. Même piton, le toro cite de loin, le bicho est noble. La seconde série est aussi applaudie. La première à gauche aurait gagné à être plus centrée. La seconde est un peu meilleure. La troisième reste en dessous du potentiel du toro. L’épée est engagée et un peu longue à agir. Un avis sonne avant un descabello libérant un oreille de Puerta Grande.


Texte Thierry Reboul et photos Philippe Latour vu en contrabarrera tendido 6.
