Vive le roi!

Gracias Roca

“Gracias Roca, te vas a llevar la tarde » entends-je gueuler dans les oreilles !!!

Mes voisins de tendido enfin ceux de derrière, sont dans le moule de ce nouveau public comment dire… festif , voilà festif. Le Gin to facile, la parole haute et le verbe pas très riche même dans la langue de Cervantes qui n’est pas toujours mon amie! N’empêche qu’ils sont nombreux dans les arènes, désormais multicolores de Bilbao, à penser comme eux.

Je ne suis pas très réactif à la tauromachie du péruvien, question de sensibilité. Trop de ci, pas assez de ça, il manque quelque chose pour qu’il me touche et me transporte.

En ce dimanche, commencé sous le soleil, terminé sous le vent et les nuages noirs que de grosses gouttes paresseuses finirent par percer de temps à autre, c’était Talavante que je venais voir! Le bon Alejandro a du mal à remettre la machine en marche. A part quelques véroniques de soie, il resta plutôt inédit. Quant à José Mari, le fils du Manzanares qui avait fait de Bilbao une de ses arènes fétiches après un grand triomphe dans les années 70, son capital sympathie et sa plastique le protègent encore de l’exigence d’un public familial et populaire comme celui du jour. On sent bien qu’il a été mais que c’est de plus en plus difficile de continuer à être. Bref, revenons à nos braillards d’à côté ou plutôt l’objet de leurs excès d’enthousiasme.

Tauromachie du peuple

Les Jandilla du jour n’offrent pas grand-chose, le vent se lève, les bourrasques mettent la muleta à l’horizontale parfois. De tout ça Roca Rey n’en a cure. En deux passes, il capte l’attention du public et de son adversaire à cornes. Impavide, impassible, le danger ne semble pour lui qu’un mot dans le dictionnaire. Il est fort le bougre et il est difficile de ne pas rentrer même des gradins dans sa muleta. Sa puissance, son poder sont prodigieux, sa capacité à soumettre la charge d’un toro muleta basse caressant le sol d’une rare efficacité.

Dans les tribunes c’est l’ébullition. Sans faire de la sociologie à deux balles, Roca touche le cœur du public. Sa tauromachie est lisible, compréhensible du plus grand nombre avec un concept basé sur le courage et la soumission de l’adversaire. Une tauromachie du peuple en quelque sorte. Torero de pouvoir qui pèse sur les toros et finit par les réduire à sa volonté, tous les ingrédients sont là pour en faire le dominant des années qui viennent.

La tauromachie a besoin de figures populaires en qui s’identifier. Andres Roca Rey jeune homme de 25 ans est de cette trempe et c’est une bonne nouvelle. « Que le roi seulement soupire et tout le royaume gémit » (Shakespeare), espérons donc que les toros l’épargnent et qu’il garde la flamme toujours vaillante.

Philippe

4 Comments

  1. J’entends ce que tu dis, mais au delà de son côté populaire, sur les fondamentaux il toree bien. Le type. C’est ce qui m’a toujours frappé , étonné, sur les canons de ce que nous croyons ère le toreo… peu de faille…

    • FX on est en phase , torero du peuple mais soumettant les toros donc toréant.. Ce n’est pas ce que je préfère en tauromachie mais c’est très fort!

  2. Bonjour Philippe,

    La question reste quand même : Est-ce une réussite pour la tauromachie si celui qui remplit les arènes ne respecte pas les canons fondamentaux du toreo ?

    Qu’on soit d’un milieu populaire ou non, si on se retrouve dans une arènes, c’est quand même qu’on s’intéresse un peu à l’esthétisme de la tauromachie. Ce n’est pas si dur à faire comprendre que les arucinas, les luquesinas & le destoreo que pratique Roca Rey ne correspondent pas aux canons esthétiques & éthiques de la corrida espagnole. Il est investi, courageux, plein d’envie, etc. (et bien-sûr, respect à tous ceux qui se mettent devant un toro & chacun fait comme il peut) mais cela ne fait pas tout. À mon sens, la voie qu’il a choisi est néfaste. À part sur la première passe d’une série, il a toujours la jambe contraire en arrière, n’offre jamais la fémorale au toro. Il est de l’école des Juli, Perera, Castella.

    Il ne s’agit pas de jouer les ayatollahs pour se faire mousser mais il est juste de rappeler que le toreo de verdad c’est : la poitrine de face ; la jambe contraire avancée ; toréer avec la ceinture ; évidemment se mettre dans le sitio et chercher la corne contraire ; toréer avec la pansa de la muleta et pas le pico &, sur une naturelle, si possible, tenir le palo plutôt au milieu que par le bout. D’autant que Rey toréé quand même essentiellement des élevages avec lesquels il est plus facile de se mettre en valeur…

    Angel Tellez a montré durant le San Isidro 22 qu’on pouvait respecter ces canons et avoir de l’impact sur les gradins, même en faisant presque du « passe à passe ». À choisir, je trouverais plus juste et gratifiant pour l’aficion que l’école des [Tellez, Ureña, Lamelas, Roman Collado, Urdiales, Morante] – même si chacun ont leurs défauts – soit celle qui remplisse les arènes plutôt que celle des pegapases à l’esthétique un peu vulgaire.

    Peut-être en colportant La Bonne Parole mais c’est une vaste entreprise…

    • Gaspar par populaire j’entends public non averti ou large … comme je l’écris je ne suis pas très sensible à la tauromachie de Roca Rey mais je pense sincèrement que pour faire venir du monde aux arènes , la corrida a besoin de tels toreros. Je vous trouve plutôt dur sur le toreo du péruvien qui a un grand pouvoir de domination et cela ne peut se faire sans un minimum d’exposition. ¨Pour Tellez il se trouve que j’étais aussi dans les tribunes lors de son triomphe et il a sur trois séries toréer comme vous le dites , sera t’il capable de le faire sur la durée? J’ai des préférences en matière de toreo mais je crois aussi aux vertus de la diversité. A partir du moment où les arènes seront pleines, il sera plus aisé d’acculturer .. en tout cas merci de votre passage et de votre commentaire.

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