Arles : deux oreilles de poids pour Luque et bonne corrida de Torrealta.
Arles : Luque coupe deux oreilles de poids lors d’une bonne corrida de Torrealta.
Résumé
Même si Tomás Rufo a accompagné Daniel Luque sur le parvis de l’amphithéâtre arlésien cet après-midi, obtenant un trophée de chacun de ses adversaires, nous ne mettons pas sur le même plan la valeur des prestations. La corrida de Torrealta a, quant à elle, tenue toutes ses promesses maintenant un intérêt constant durant toute la tarde.
Les toros
Le fer de Torrealta était très à la mode de la fin des années 90 jusqu’au début des années 2000. Puis, il s’est fait plus discret. Originellement bâti avec du Torestrella, du Marquis de Domecq et du Jandilla conférant une grande originalité à l’élevage de Medina Sidonia (Province de Cadix), le sang est aujourd’hui adouci par du Domecq via Juan Pedro, Garcigrande, Victoriano del Rio et Santiago Domecq. Cette réintégration à la norme explique peut-être sa perte de popularité. Quoiqu’il en soit, la corrida lidiée ce jour est homogène, à l’exception du 1er de 560 kg acochinado, encastée bien que discrète au cheval et bien armée. La variété des robes, a rappelé les origines Torestrella. De jeux varié, le bétail a offert de réelles possibilités à leurs opposants.
Les toreros
La corrida du jour s’annonce comme le cartel des toreros triomphateurs, au regard de leurs performances ici-même l’année passée. Daniel Luque, Emilio de Justo et Tomás Rufo sont en grande forme. Leur début de saison à Castellón, Valence et Olivenza laisse entrevoir de grandes choses.
Le reportage photographique de Philippe Gil Mir
Fiche technique
- Arles. Feria de Pâques. Corrida. 2ème de feria. Corrida télévisée par Onetoro TV. 6 toros de Torrealta
- Daniel Luque (Sangre de toro et azabache) : Salut– 2 Oreille
- Emilio de Justo (Grenat et or) : Oreille – Silence
- Tomás Rufo (Evèque et or) : Oreille – Oreille
- 12 piques, Cavalerie Bonijol
- Présidente : Madame Camille Hoteman
- Sortie triomphale de Daniel Luque et Tomás Rufo
- Salut des banderilleros Sergio Blasco et Fernando Sánchez
- Entrée 2/3
- Soleil et température estivale fraichissant en fin d’après-midi.
Toro à toro
Daniel Luque
1° toro – N° 15 – 560 kg – 01/22
Le melocoton qui ouvre la plaza est grassouillet mais bien armé. Il prend une première pique sans pousser et lors de la seconde, le picador fait un saut périlleux à l’impact.
Daniel Luque prend rapidement la mesure de cet adversaire de peu de mobilité à la charge courte. Qu’à cela ne tienne, le style de la faena, construite liée dans un petit périmètre, n’est pas sans nous rappeler celui d’un Sanluqueño célèbre. Final classique par luquesinas après jeté d’épée. Le maniement de l’estoc est compliqué. Avis. Salut.
4°toro – N°9 – 530 kg – 01/22
Le Gerenense accueille le joli tostado bragado par un capoteo fleuri qui soulève les premiers olés. Le tercio de pique est sans histoire. Réservé le toro charge sur le piton droit avec violence et complications. A gauche, le bicho est plus franc, permettant à Luque d’enchaîner de grandes séries de naturelles en baissant la main, obligeant le toro à humilier. Le conclave est en effervescence. La faena va a mas. Les poncinas de clôture sont magiques. Mais le Maestro ne peut terminer son œuvre ainsi, nous laissant sur un sentiment d’inachevé. Alors il reprend la main droite, pour nous montrer en deux séries, qu’il avait réglé le problème initial de ce bord. Magistral. Entière caída après avis. Deux oreilles incontestables et incontestées. Palmas au toro.Vuelta dans une ambiance de feu.
Emilio de Justo
2° toro – N° 03 – 545 kg – 04/22
Le colorado, premier adversaire d’Emilio de Justo, est peu armé. Il prend un long puyazo en carioca sans pousser. La deuxième rencontre est pour le principe. Long brindis télévisuel diversement apprécié par le public… Le toro a laissé beaucoup de ses forces lors des deux premiers tiers. Il n’a plus de moteur. L’Extremeño l’entreprend en douceur, par un toreo profilé sur le pico, qui finit par le mettre en danger. Toutes les séries jusqu’aux naturelles finales sont données sur le reculoir. L’estocade est delantera mais efficace. Oreille généreuse.
5°toro – N° 23 – 500 kg – 12/21
Le quinto est un petit gabarit castaño oscuro. Il est juste de force et, de façon incompréhensible, De Justo qui ne paraît pas au meilleur de sa forme, le fait piquer longuement, très longuement. L’animal sort du châtiment sur les rotules. Dès lors, plus rien n’est possible si ce n’est quelques séries sous les sifflets. A noter le brindis à Morenito d’Arles qui fut pendant dix ans dans sa cuadrilla. Estocade après plusieurs pinchazos. Avis. Silence.
Tomás Rufo
3° toro – N°55 – 525 kg – 02/21
Tomás Rufo hérite en premier d’un colorado armé en pinces de crabe qui a du gaz. Le tercio de piques est pour la forme. Aux banderilles, Fernando Sánchez manque se faire attraper par le cornu, qui coupe le terrain à la manière d’un cocardier. Vexé, Sánchez va y revenir avec un superbe poder a poder. L’entame est délicieuse, le toro est doublé genou ployé. Les séries de la droite sont cadencées sur les bons appuis. Surpris par le moteur du Torrealta, Rufo se fait soulever sans mal. La faena reprend là où elle s’était interrompue. A gauche, c’est compliqué, le diestro n’insiste pas. Il reprend la droite pour une ultime série, avant une grande estocade un poil tombée. Oreille justifiée.
6°toro – N°37 – 535 kg – 01/22
Le jabonero sucio qui ferme la plaza est un brave. Il prend un bon puyazo en poussant, hélas la deuxième rencontre est trasera et rectifiée. Le picador, qui doit effectuer la vuelta finale, entend chanter Manon. Excellent deuxième tiers amenant Sergio Blasco et Fernando Sánchez à saluer. Brindis au respectable. Le bicho est entrepris de façon autoritaire avec une indéniable envie de relever le défi proposé par Luque. Las, la faena va demeurer marginale et le public ne s’y trompe pas. Ce ne sont pas les circulaires tirebouchonnées finales qui inverseront le courant. Numéro de porfia entre les cornes pour essayer une ultime fois de s’attirer les faveurs du public … et ça porte ses fruits. 2/3 de lame efficace dans le recoin et une oreille généreuse, permettant de rejoindre Daniel Luque a hombros.
Conclusion
En laissant 5 oreilles dans l’escarcelle de leurs opposants, les Torrealta ont suscité de l’intérêt et donnent envie de les revoir. Quant aux piétons, la palme va à Daniel Luque pour son faenon. Rufo n’a pas démérité et De Justo a été hors du coup.
Olivier Castelnau
