Séville : Porte du Prince pour Tomas Rufo, oreille pour Juli

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La Maestranza s’est faite toute pimpante pour un de ses gros cartels. Puisque l’alumbrado de samedi a marqué le retour officiel de la feria de Séville après deux ans de privation, l’attente est maximale. Comme souvent en pareil cas le lleno de no « hay billetes » fait le bonheur des revendeurs. Ainsi les robes sévillanes sont se sortie mais la météo n’est pas de celle qui incite à l’optimisme. Nuages gris , du vent et au final des abats d’eau rendant la piste boueuse par endroit. Les toros de Victoriano del Rio grands et bien présentés en général ont pour trois d’entre eux laisser des oreilles entre les mains des toreros. Tomas Rufo a survolé l’après-midi en faisant preuve de maturité au service d’une douceur et d’un temple digne des plus grands. Juli a su, avec le 4ème, hausser le niveau et part avec une oreille en poche. Roca Rey pourtant soutenu par le public, sensible à sa tauromachie, a vu s’envoler toute possibilité de succès à cause de l’épée.

Fiche Technique
  • Arènes de la Real Maestranza de Séville, 6ème corrida de la Feria d’Avril, lleno de « no hay billetes »
  • 6 de Victoriano del Rio dont trois cinqueños (3, 4 et 5)
    • El Juli : silence, oreille
    • Andres Roca Rey : saluts (avis), ovation (2 avis)
    • Tomas Rufo: oreille , deux oreilles (sortie par la porte du prince)
  • 12 piques
  • Temps d’automne avec de la pluie et du vent rendant la piste à la limite du praticable
  • Tomas Rufo faisait sa présentation à Séville
Toro a toro

Botellero sort sous une pluie intense, grand et lourd. Rapidement il accuse la pique sous laquelle il se défend. Juli en début de faena double par le bas en gagnant le centre en tentant de discipliner le Victoriano. Le toro ne met pas la tête chaque charge lui coutant beaucoup. Pourtant en toquant fort le torero arrive à déclencher la charge .Les efforts du Juli sont vains pour donner de l’allant et de l’intérêt à son travail. Conclusion difficile . Le toro tombe dans le silence.

Quasi 600 kgs de Victoriano sortent avec le 2ème de l’envoi. Discret sous les plis de la cape, l’animal s’emploie sous le double châtiment dosé de José Manuel Quinta. Tout d’abord Roca Rey s’impose immédiatement par le haut tout en gagnant le centre. Dans son style , main droite basse et dominatrice il obtient dans les 1ères séries la répétition des charges. A gauche le toro est tardo et peu clair. L’état de la piste se dégrade .En reprenant par derechazos près des planches, Roca retrouve du rythme. Pour conclure il sert des bernardinas exposées, et enfonce une entière au second essai (avis). Saluts.

Tomas Rufo , reçoit de cape avec temple, le 3ème dans la boue qu’est devenu le sable ocre de la Maestranza. Deux piques pris en manso par le Victoriano. Les premières séries à droite sont de qualité et déclenchent la musique. La faena baisse d’intensité de l’autre rive , le toro se réservant. Rufo insiste donc par derechazos, dans un ensemble dominateur mais manquant d’intensité. Comme l’estoconazo est fulminant, l’oreille est plébiscitée et par conséquent concédée.

Tomas Rufo, oreille au 3ème ©️Empresa Pages

Pour débuter, El Juli s’impose dans sa réception par véroniques rématée par une double demie bien que le 4ème soit distrait à sa sortie. Dans un terrain meuble , le Victoriano lève et renverse le cheval. Le temps de relever le groupe équestre , Juli par chicuelinas et demie lui sert un quite ovationné. Dès le début de faena Juli soumet le toro tout en gardant de la douceur dans la muleta. A droite le toro prend bien le leurre , plus difficilement sur l’autre corne. Sans obliger de trop le Victoriano et toréant avec la ceinture Juli donne le tempo. Raccourcissant les distances et baissant la main en fin de faena, il profite de la charge du toro dans un ensemble qui plait à Séville. Mauvaise demi épée finale. Oreille et ovation à la dépouille du toro

Oreille pour Juli ©️Empresa Pages

Le 5ème garde la tête haute au capote. Discret dans les deux premiers tiers, le Victoriano arrive inédit pour la faena. Roca Rey bataille pour trouver un fil conducteur. A base de séries droitières courtes il essaie de donner du liant. Pourtant c’est sur la gauche avec une corne moins claire que l’émotion va s’installer, la faena allant a mas. Le péruvien opte sur la fin pour une tauromachie plus effectiste et encimiste, qui réveille le public trempé. Entière plate au 2nd essai, descabellossss (2 avis).Ovation

Grande série de réception par véroniques et demie de Rufo au dernier. De toute évidence, cette facilité au capote se confirme par un quite par chicuelinas de catégorie donné entre les deux piques sans histoire que subit le Victoriano. D’entrée, Rufo montre les qualités de sa main gauche. Le toro prend le leurre mais manque un poil de chispa ayant une tendance à sortir vers les barrières. Rufo avec une série ininterrompue de droitières, le garde près de lui. C’est trop pour le Victoriano qui va a menos. Pourtant avec une maturité étonnante le torero de Tolède s’adapte pour une fin de faena qui reprend du rythme grâce au pouvoir et à la douceur de sa muleta. Il s’engage derrière l’épée en étant pris spectaculairement et apparemment sans mal et doit s’y reprendre une 2ème fois pour placer un entière. 2 Oreilles.

Philippe