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Mugron 2026 : choix forts et pari Santa Coloma

Mugron 2026 : choix forts et pari Santa Coloma

Avec Aignan, Mugron est le second rendez-vous incontournable des aficionados du Sud-ouest pour Pâques. Fidèle à son exigence et à son identité chalossaise, la Peña Taurine Mugronnaise continue de défendre une tauromachie sincère, faite de diversité et d’engagement. À quelques semaines de l’édition 2026, Tertulias est allé à la rencontre de Frédéric Marcel, son président, pour évoquer les enseignements de l’an passé et décrypter les choix forts de la programmation.

Tertulias : « Quel bilan tires-tu des Pâques Taurines de Mugron 2025 ? »

Frédéric Marcel : « L’édition 2025 a été globalement intéressante. Le matin, avec les erales d’Alma Serena nous avons pu voir le bagage et le courage de Clovis. Avec un eral compliqué, il s’est donné à fond. Il finit le costume complètement déchiré etcoupe des oreilles.

L’après-midi, c’était le retour des novillos de Baltasar Iban qui sont restés en deçà de nos attentes. Il faut dire que l’hiver avait été compliqué et il leur a manqué un peu de chispa.

Néanmoins le quatrième, excellent, a été honoré d’une vuelta posthume. Toréé par Emiliano Osornio, cela a été le moment fort au niveau tauromachique de l’après-midi. On a pu découvrir Julio Mendez, novillero aux dents longues, qui a montré beaucoup de poder avec la muleta. Il a confirmé que sur un début de saison, le moins expérimenté sur le papier peut surprendre. L’édition 2025 ne restera pas dans les mémoires, au plan artistique, mais cela reste une novillada intéressante.»

Tertulias : « Ne trouves-tu pas surprenant que le public n’ait pas plus réagi à ce qui se passait en piste au quatrième ? »

Frédéric Marcel : « Notre public n’est pas un public de feria. La tauromachie d’Osornio classique et profonde, porte peut-être moins sur les spectateurs « occasionnels » que celle plus spectaculaire de Julio Mendez. Nous en avons tenu compte pour 2026 en construisant un cartel avec des toreros aux styles très variés. »

Tertulias : « Et pour ce qui est de la fréquentation de cette édition 2025 ? »

Frédéric Marcel : « Il a plu toute la semaine précédente jusqu’au dimanche dans la nuit. La météo froide et pluvieuse du dimanche à Aignan, n’a pas encouragé les spectateurs à venir le lundi de Pâques à Mugron. La fréquentation a donc été décevante. C’est pourquoi nous avons décidé d’innover en 2026 pour permettre au public de venir même en cas de mauvais temps. 

A Pâques la météo peut être incertaine. Nous nous sommes donc rapprochés de nos voisins de Gamarde qui ont une arène couverte pour un prêt éventuel de leurs installations en cas de météo défavorable. Laccueil de la part de la Mairie et de la Peña Gamardaise a été très chaleureux. Ils ont accepté de nous recevoir si cette année la météo s’annonçait compliquée. Nous prendrons la décision de transférer toute notre organisation le jeudi en cas d’annonce de météo défavorable pour le lundi. »

Tertulias : « Ne risquez vous pas de perdre un partie de votre public traditionnel  en cas de transfert de la novillada? »

Frédéric Marcel : « Gamarde est et sera toujours un plan B, qui offre une solution alternative. Cela nous permet d’avoir une solution de repli sans avoir à trembler jusqu’au dernier moment. De plus avec la Dermatose Nodulaire Contagieuse, en cas d’annulation nous ne pourrions renvoyer les novillos en Espagne, nous sécurisons donc ainsi notre organisation. Gamarde, Mugron c’est la même culture chalossaise et taurine. Si exceptionnellment nous devons aller chez nos voisins, personne ne s’en choquera même si en interne, il a fallu expliquer les raisons de ce choix. »

Tertulias : « Pour ce qui est de la programmation elle-même, quelles sont les raisons du choix d’un desafio Santa Coloma ? »

Frédéric Marcel : « Notre leitmotiv c’est d’avoir un élevage qui transmet de l’émotion en étant intéressant pour l’aficionado et le grand public. Baltasar Iban que nous avons programmé trois années consécutives, correspondait à ce critère. Cette ganaderia prépare ses novillos six à sept mois avant les Pâques Taurines. Si l’hiver est compliqué, les novillos peuvent arriver pas assez préparés. Nous avons demandé à notre veedor de trouver des ganaderias qui dès l’hiver ont des novillos bien développés et faits tout en présentant un intérêt pour l’aficionado.

Nous avons vu ainsi cinq ganaderias et avons eu un coup de cœur pour Sanchez Arjona (Santa Coloma Coquilla) et Pablo Mayoral (Santa Coloma Buendia). Les deux ganaderos avaient, et c’est aussi un de nos critères, de l’intérêt à venir à Mugron pour y lidier une novillada. Le desafio amène de la diversité, et une découverte pour ceux qui ne viennent pas souvent aux arènes. Les deux fers ne sont pas venus en France depuis longtemps. On espère aussi que Sanchez Arjona parlera aux aficionados expérimentés qui ont connu les heures de gloire de la branche Domecq de ce fer. »

Tertulias : « Avec deux fers d’encaste Santa Coloma, est-il facile de monter le cartel piéton ? »

Frédéric Marcel : « Autant qu’avec les Baltasar Iban. Mais ce n’est pas si compliqué car il y a des candidats spontanés et des novilleros qui nous appellent. Notre idée était de faire un cartel qui offre de la diversité sans tomber dans la facilité d’un cartel de banderilleros qui peut naturellement interesser un public néophyte mais qui peut brouiller notre image auprès des éleveurs. Il faut donc concocter un programme mélant sérieux, un peu d’exotisme et de l’originalité.

Ainsi, nous avons rapidement pensé à Raquel Martin. Sa présence face à du Santa Coloma, est une surprise pour beaucoup. Nous l’avons vu très courageuse à Garlin face à un novillo de Nuñez Domecq toréé avec un nez cassé. Elle a fait front. Ella a proposé une belle tauromachie notamment avec de magnifiques naturelles. SI elle n’avait pas pinché, elle se serait qualifiée pour l’après-midi. C’est une salmantine qui connait la valeur des choses. Elle a très vite accepté notre proposition. »

Tertulias : « Une femme torera cela est rare. Souhaitez-vous susciter la curiosité du public ?

Frédéric Marcel : « Au-delà d’une question de genre, nous pensons que Raquel Martin mérite d’être au cartel. Cette jeune fille a des qualités, elle a du courage et a envie de triompher. En 2026, nous fêtons le trentième anniversaire de la venue de Cristina Sanchez à Mugron. Elle avait rempli les arènes et avait triomphé dans nos arènes. C’est donc aussi, un clin d’œil à notre histoire. Parfois en alignant les signes, on peut aussi aligner les planètes. »

Tertulias : « Et pour les deux autres, comment s’est opéré le choix ? »

Frédéric Marcel : « Nous avons voulu mettre face à ces utreros un novillero en pleine ascension. C’est le cas du catalan Mario Vilau. Il a remporté le circuit de la liga nacional des novilladas 2025. Il a pris toute sorte d’encaste et a triomphé à Céret ce qui n’est pas rien. C’est aussi un acte militant assumé que de soutenir la renaissance de l’Aficion Catalane.»

Pour le troisième poste, nous avons l’habitude de donner sa chance à un jeune. Nous avons choisi Eduardo Ruiz de Velasco. Très classique, il a un toreo pur. Il est apodéré par José Ignacio Uceda Leal. Il est le neveu du ganadero d’Ana Romero et connait donc très bien l’encaste Santa Coloma. C’est un garçon très courageux qui a déjà toréé du Sanchez Arjona avec qui il a triomphé. C’est une tête bien faite qui, poursuit des études d’ingénieur.» 

Tertulias : « Autre moment fort de la journée, la non piquée en matinale ? »

Frédéric Marcel : « C’est un moment important pour nous. Nous ferons confiance pour la douzième  année consécutive à la ganaderia Alma Serena. La principale qualité de cet élevage est de donner du jeu tout en demandant les papiers et c’est ce que nous recherchons. Philippe Bats a sorti un super lot l’an dernier à Hagetmau, qui doit inciter le public à venir aux arènes.

Pour les novilleros entre Jules Dujols « Julio Martin » et Iñigo Norte, ce sont deux jeunes qui font déjà parler d’eux. Iñigo est de l’Ecole de Salamanque. Il baigne dans la tauromachie avec son père et son frère depuis qu’il est tout petit. Il a des qualités avérées. Jules, on l’attendait à Arzacq et il a su répondre présent en triomphant. Sa personnalité est différente et comme on dit dans le milieu, il a « quelque chose ». Tout le monde a envie de voir la suite et la suite c’est à Mugron. »

Tertulias : « L’après-midi, le cartel est 100% espagnol. N’y avait-il pas de la place pour un novillero français ? »

Frédéric Marcel : « Il y a toujours de la place pour les Français. Chaque que nous avons pu le faire, nous avons intégré des nationaux dans nos cartels. Il y a eu Tristan Barroso, Dorian Canton, Yon Lamothe, Baptiste Cissé , Louis Husson, El Santo. Nous les avons tous mis. Aujourd’hui c’est un peu plus compliqué. Ils sont peu nombreux à avoir candidaté pour un desafio Santa Coloma. La vérité de cette année n’est pas celle de l’an passé et n’est pas celle de l’an prochain. Chaque fois que cela sera possible, nous mettrons des Français.  »

Tertulias : « Le fait de candidater, est-il un critère dont vous tenez compte pour monter votre cartel ? »

Frédéric Marcel : « Non, ceux que nous voulons engager nous les contactons. Mais il est important de savoir qu’un novillero veut se montrer et venir toréer à Mugron. Certains sont à un moment de leur carrière où ils veulent venir dans notre pays. Cela leur permet de faire parler d’eux au moment de prendre l’alternative et de faire leur première année comme matador. »

Tertulias : « Sur quels critères avez-vous choisi les trois novillos de chaque élevage. Y-a-t-il eu un travail conjoint avec l’éleveur ? »

Frédéric Marcel : « Nous demandons aux ganaderos de nous présenter huit novillos. Lors de la première visite, nous pouvons juger de la capacité à présenter un lot. Lors de la seconde visite, nous affinons le choix en réduisant à 4 ou 5 utreros. C’est là, qu’avec l’éleveur, nous sélectionnons, les novillos qui nous semblent le plus prêts mais aussi le plus dans le type de l’élevage.

Chez Pablo Mayoral, les plus grands ont de grandes probabilités d’être les moins bons car hors type. Sanchez Arjona les plus hauts et les plus armés, vont moins bien fonctionner. Chez le Santa Coloma, même si ce n’est pas une science exacte, on identifie quels types de toros vont mettre la tête. Notre veedor Poli Romero connait cela par cœur et nous aide à faire notre choix. Le choix définitif se fera à l’embarquement. D’ici là bien des choses peuvent encore arriver. »

Tertulias : « Comment allez vous procéder pour le sobrero ? »

Frédéric Marcel : « Au départ, nous voulions avoir un sobrero de chaque ganaderia. A cause de la DNC, les novillos ne peuvent pas repartir en Espagne. Nous devons donc prendre un sobrero d’un élévage français. Il y en a un magnifique chez Alma Serena. On a la chance d’être les premiers dans la programmation dans la zone, ce sera donc notre novillo de réserve. »

Tertulias : « Economiquement est-il facile avec un budget contraint de monter une novillada aujourd’hui ? »

Frédéric Marcel : « Aujourd’hui, il est très compliqué, au niveau financier, de monter ce type de plateau. Les élevages ont fortement augmenté leurs exigences tarifaires. Il y a des fers auxquels nous avions pensé et le prix les a éliminés d’office. Les demandes pour certains représentent un tarif de 50% supérieur à celui que nous allons débourser pour le desafio du 06 avril. C’est affolant. Nous sommes restés dans le même budget que les Baltasar Iban de 2024  et 2025. Mais au final, c’est 20% plus cher qu’il y a cinq ans et 40% plus cher qu’il y a dix ans. On arrive encore à trouver des élevages qui ont envie de lidier en France et qui restent raisonnables en prix. Mais le choix est restreint. C’est une évidence.

C’est un problème conjoncturel qui est devenu structurel. Les élevages de toros, hormis les dix plus connus, ne gagnent pas vraiment d’argent. Leur profitabilité est impactée par la hausse du prix de la nourriture et devient prétexte pour augmenter les prix. La rareté après l’abattage des vaches au moment de la COVID et donc avec moins d’animaux sur le marché crée une tension entre la demande et l’offre donc entraîne une tension sur le prix. De plus, nous subissons la concurrence des spectacles de rue qui achètent, à des prix très élevés, des novillos les plus forts et les plus armés. C’est un ensemble de facteurs d’inflation que nous subissons. Pour les éleveurs, même s’ils veulent voir leurs toros lidiés dans une arène, la rentabilité entre en compte au moment de fixer les prix. »

Tertulias : « Comment peut-on, dans un tel contexte, garder la foi quand on est organisateur de novilladas ? »

Frédéric Marcel : « Si nous étions raisonnables, nous arrêterions tout immédiatement. Mais il faut se dire que nos prédécesseurs pendant quarante ans de Pâques Taurines à Mugron ont eu les mêmes problèmes et même d’autres plus graves. Quand on a l’aficion, il faut être innovant et curieux. Il faut chercher de nouveaux élevages. Il faut aussi trouver d’autres sources de revenus pour financer notre journée taurine. L’année dernière, en 2025, nous avons monté six manifestations hors Pâques Taurines. Nous organisons des repas, des sorties, des voyages, des vide-greniers pour augmenter nos sources de revenus. C’est le prix à payer pour avoir un lundi de Pâques digne de ce nom. Et puis on garde la foi car on rencontre des gens formidables. C’est pour cela que nous ne baissons pas les bras. »

Tertulias : « Aignan a avancé sa journée au samedi. Est-ce un problème pour vous ? »

Frédéric Marcel : « Il y avait des gens qui faisaient le doublé. Je comprends très bien leur choix. Nous avons de très bonnes relations avec Aignan. Ils se heurtent aux mêmes problèmes d’intempéries et de concurrence du rugby. Ils se devaient d’essayer quelque chose. Nous avons réfléchi à mettre notre journée taurine le dimanche. En effet il y a des gens qui viennent de loin et restent pour les deux journées. Malheureusement Mugron joue le dimanche aux Sables d’Olonne. Et tous les autres clubs de la région jouent aussi ce jour-là. C’était trop risqué de passer au dimanche. »

Tertulias : « Qu’est ce qui fera une journée réussie du 06 avril 2026 à Mugron ? »

Frédéric Marcel : « Déjà, il faudrait que les aficionados ou se disent aficionados viennent tous à cette journée taurine. Si le soleil est là et que les spectateurs repartent avec un souvenir qui restera plusieurs années dans leur mémoire, ça sera parfait. Il faut savoir qu’en 1996, c’était l’avènement de Cristina Sanchez. En 2006, c’était la venue de Daniel Luque et en 2016 de Pablo Aguado. Je pense qu’en 2026, il y a tout intérêt d’être à Mugron pour le lundi de Pâques (sourires). »

Tertulias : « On a beaucoup parlé de prix mais qu’en est-il de votre politique tarifaire ? »

Frédéric Marcel : « La novillada est gratuite pour les moins de 16 ans, demi-tarif jusqu’à 22 ans et pour les autre places, pas de changement donc pas d’augmentation par rapport à l’an passé!.»

Entre contraintes économiques, aléas climatiques et exigences artistiques, organiser une journée taurine relève aujourd’hui d’un véritable défi. A Mugron, la passion et la volonté d’innover restent intactes. Suerte aux mugronnais pour leur journée taurine.

La réservation est ouverte depuis le lundi 23 mars par téléphone de 10h à 13h au 05 58 97 74 45 et ce jusqu’au samedi 4 Avril inclus (hors dimanche 29 Mars).

Propos recueillis par Philippe Latour et Thierry Reboul

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