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Jules Dujols, sans fard ni posture

Jules Dujols, sans fard ni posture

Il est des noms qui ne font pas encore la une des cartels. On pourrait même penser qu’ils ne dépasseront jamais le stade de l’espoir. Et pourtant, certains toreros donnent très vite l’envie de les revoir, laissant l’intuition que leur nom pourrait, demain, résonner durablement dans l’esprit de l’aficionado attentif.

Jules Dujols, que les arènes connaissent désormais sous le nom de Julio Martin, est de ceux-là. Un torero en devenir, encore en construction, mais déjà porteur de signes qui ne trompent pas.

Vent de fraîcheur

Pas d’enflammade inutile, bien entendu. Mais un vent de fraîcheur perceptible dans un milieu parfois corseté par les codes d’un toreo d’école où les personnalités s’effacent trop souvent derrière une efficacité standardisée, pensée pour couper des oreilles et satisfaire des publics aux critères d’exigence bienveillants.

Ce qui frappe d’abord chez lui, c’est la sincérité. Une tauromachie sans fard ni posture, où chaque geste ne semble pas répondre à une recherche d’effet. Julio Martin torée avec une gravité naturelle, celle des artistes intériorisés. Certes, il lui faudra veiller à ce que le beau geste ne devienne pas artifice, et apprendre à faire du geste juste un allié constant. Mais chez ce jeune homme, le toreo ne triche pas. Il avance sans bruit inutile.

Apprendre avant de briller

Techniquement, le jeune novillero français a, bien sûr, encore beaucoup à apprendre, Rome ne s’est pas faite en un jour. Mais avec sa volonté de lier les passes plutôt que de les empiler, Julio Martin ne torée pas pour briller vite.

Et c’est sans doute ce qui rend son parcours si intéressant à suivre. À une époque où tout s’accélère, où l’exposition médiatique précède parfois la maturité, il semble incarner le choix d’un temps qui s’allonge et se ralentit et de la progression silencieuse. Ce n’est pas un hasard si le Landais a choisi de s’exiler près des marais andalous et de la marisma, à l’école taurine de Sanlúcar de Barrameda, pour parfaire un apprentissage entamé à Cauna, sous la houlette de Richard Milian et de l’école Adour Aficion.

Un concept, à lui seul, n’a jamais fait un torero. Et le toro, qui remet toujours à sa place celui qui ne le comprend pas, n’est pas toujours un accompagnant docile. Lorsqu’il se fera opposant, il appartiendra à Jules d’en analyser le comportement et d’y apporter une réponse juste, jamais préfabriquée. C’est aussi là que se jouera l’essentiel de ce qu’il saura tirer de son enseignement futur.

Une première impression qui compte

Le temps de la confirmation arrivera vite. Les planètes ne s’aligneront peut-être pas toujours comme à Arzacq (du moins jusqu’à l’estocade du sixième Sepúlveda de Yeltes), mais comme le dit l’adage, on n’a jamais une seconde chance de faire une bonne première impression

Ce coup de cœur est-il une promesse lancée à la légère ? Non. Il s’agit simplement du regard posé sur un apprenti novillero français qui, par sa quiétude, son intériorité et sa sensibilité artistique, mérite que l’on s’arrête… et que l’on le suive de près.

Car bien souvent, les toreros qui marquent vraiment sont ceux qui, dès le départ, toréent avec l’âme avant de toréer pour la gloire et le succès.

Philippe Latour

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