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Alberto Lamelas, entrega, sincérité et honnêteté

Alberto Lamelas, entrega, sincérité et honnêteté

Alberto Lamelas est né en 1984 près de Jaen. Il a pris l’alternative en 2009 à Valdemorro et l’a confirmée en 2013 à Las Ventas. Il vit actuellement à Madrid. Dès ses débuts comme novillero, il a créé un lien fort avec l’Aficion française et en particulier avec celle de Mont de Marsan. C’est à l’issue d’un tentadero organisé par la Peña Alberto Lamelas de Mont de Marsan que nous avons pu échanger avec lui.

Tertulias : « Alberto, comment s’est passé le tentadero d’aujourd’hui  ? »

Alberto Lamelas : « Il s’est bien passé. Ce fut pour moi un tentadero intéressant et qui m’a permis un bonne préparation. La première vache a été très bonne avec beaucoup de classe sur la corne droite. Si elle a manqué un peu de forces, elle avait vraiment une grande noblesse et une belle embestida sur ce piton. La seconde avait beaucoup de vitesse  et de mobilité mais elle a manqué d’humiliation. Mais pour un aficionado elle a été importante. La troisième a été querenciosa. Pour s’entraîner, c’était bien mais elle ne convient pas pour un ganadero.»

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Tertulias : «   Pourquoi es-tu devenu torero ? »

Alberto Lamelas : « Je suis devenu torero parce que j’en ai ressenti l’envie et le besoin. Je ne suis pas d’une famille taurine. C’est mon cœur qui m’a demandé de devenir torero. »

Tertulias : « Tu as pris l’alternative en 2009, quels sont les moments qui ont marqué ta carrière? »

Alberto Lamelas : « Je torée depuis presque 20 ans. J’ai connu beaucoup de moments bons et d’autres qui l’ont été moins. Je retiens le bon côté des choses. En premier, il y a eu le jour de mon alternative. C’était un rêve qui se réalisait. Puis il y a eu la confirmation à Madrid en 2013 avec une corrida de Montalvo. J’ai fait une vuelta al ruedo. Si je n’avais pas pinché, j’aurai coupé une oreille. En France, j’ai eu plusieurs tardes mémorables, des après-midi  qui restent dans la mémoire du torero et de l’aficionado. La première, c’est en 2014 à Vic Fezensac avec le toro Cantinillo de Dolores Aguirre. Cela fait onze ans et beaucoup d’aficionados s’en souviennent et m’en parle encore. Cette tarde m’a ouvert beaucoup de portes. J’ai pu toréer à Mont de Marsan. »

Tertulias : «  et depuis Cantinillo ? »

Alberto Lamelas : « Ma présentation à Mont de Marsan a été un grand après-midi. J’ai toréé un toro sardo de Miura que j’ai attendu à porta gayola. J’ai reçu ce jour-là une cornada. Cela reste pourtant un bon souvenir pour moi,  J’ai montré que je « pouvais « avec un toro sérieux et compliqué. J’ai coupé une oreille et la plaza, debout, scandait « torero, torero.! » J’ai ressenti ce jour-là beaucoup d’émotion. A Mont de Marsan, il y a eu une corrida en 2021 de Pedraza de Yeltès avec une sortie « a hombros ».

En 2022 j’ai fait une faena sensationnelle à un grand toro de la même ganaderia. Malgré la très forte demande du public, le président m’a refusé la seconde oreille. Sincèrement, et sans polémique, je l’ai vécu comme une injustice. Parmi les corridas mémorables, il y a eu celle d’Arles. J’ai coupé trois oreilles en 2024 lors d’une corrida de Yonnet. Elle est pour moi inoubliable. Il y a eu aussi cette année, la corrida de San Martin de Crau où j’ai coupé une oreille à un Escolar Gil. Tous les aficionados savent que c’est une arène difficile et exigeante sur les toros qui y sont lidiés. »

Tertulias : «  Comment définis-tu ta tauromachie ? »

Alberto Lamelas : « Je torée comme je suis dans la vie avec entrega, sincérité et honnêteté. Je me donne à fond et j’essaie de faire le mieux possible sans jamais tromper personne.»

Tertulias : «  Tu es perçu en particulier en France comme un spécialiste de corridas dures. N’est-ce pas frustrant pour toi de ne pas toréer des corridas « plus faciles  ? »

Alberto Lamelas : «  Je pense que c’est un cliché. On dit que je suis un spécialiste des corridas dures parce qu’on ne me donne pas la possibilité de lidier d’autres types de corridas. Et je tiens également à souligner que j’ai eu l’occasion, peut-être dans des corridas moins difficiles, de vivre des après-midis importants, comme par exemple à Mont-de-Marsan. Il y a eu ces deux corridas de Pedraza que j’ai pu toréer et où j’ai pu démontrer que j’ai sais toréer.  

Je ne renie pas du tout les corridas difficiles, mais dans un autre type de corrida, j’ai été également à la hauteur. En 2021, je suis sorti par la grande porte, avec un Pedraza noble et en 2022 j’ai le sentiment d’avoir été meilleur à un toro très noble. J’ai également pu sortir a hombros à Teruel lors d’une corrida avec Roca Rey et Ginés Marín. Le peu d’opportunités que j’ai eues de toréer un autre type de corridas, je pense que j’ai  fait des faenas importantes. Mais bon, je sais quelle est ma place. Je suis heureux et fier que les aficionados veulent me voir dans les corridas dures. Cela signifie que je résous les problèmes dans ce type de corrida et que je suis à la hauteur. »

Tertulias : « Que représente la France pour toi ? »

Alberto Lamelas : « En termes taurins, tout. Parce que la France est le pays qui m’a accueilli pratiquement tout au long de ma carrière. Dès mes débuts comme novillero, j’ai beaucoup toréé en France, avec une année où j’ai participé à 15 novilladas ici (en France).

Pour moi, cela représente beaucoup. Et puis, en tant que matador, les après-midis les plus importants de ma carrière se sont déroulés ici, dans les arènes françaises. »

Tertulias : « Y-a-t-il une différence entre les corridas toristas en France et en Espagne  ? »

Alberto Lamelas : « Je pense que le public français est plus sensible lorsqu’il s’agit de regarder ce type de corridas, car il accorde beaucoup d’importance au tercio de varas, ce qui n’a peut-être aucune importance en Espagne. Actuellement, dans un village espagnol, on organise une corrida difficile et le public ne veut pas que l’on pique les toros, ce qui est tout le contraire ici en France.

En France, l’aficionado veut voir ce genre de corridas et une suerte de vara bien exécutée. La France a une vraie sensibilité sur ce type corridas. »

Tertulias : «   Y-a-t-il un marché pour ce type de corridas en Espagne ? »

Alberto Lamelas : « Moins qu’en France. Il est vrai qu’à Madrid, par exemple, il y a plusieurs corridas toristes. À Séville, il y a la corrida de Miura, etc. Peut-être que dans ces endroits, on leur accorde la même importance qu’en France. Mais ensuite, au niveau des villages, le public ne comprend pas les corridas toristes ou n’a pas la sensibilité nécessaire pour les apprécier.  Aujourd’hui,  il y a des exceptions,  par exemple San Agustín de Guadalíx qui imposent les trois piques. Tout se passe selon le modèle français. Je pense que c’est important parce qu’il peut y avoir ce type de marché en Espagne aussi.  Ce que fait « Tres Puyazos » , permet de faire connaître en Espagne ce type de corridas. »

Tertulias : « Depuis 2009, tu as toréé entre 9 et 13 corridas chaque année . Est-ce suffisant pour vivre du métier de torero ?»

Alberto Lamelas : «  Finalement, chacun donne  une valeur à sa vie et ses actions, et j’ai eu la chance, pendant ces années-là, de pouvoir vivre de mon activité de torero. J’ai en complément une activité de taxi à Madrid.  Cela me permet de concilier facilement ma profession de matador de toros avec mon travail de taxi.»

Tertulias : «  Comment arrives-tu à concilier ces deux activités? »

Alberto Lamelas : « Au final, le taxi est un travail où l’on n’a pas besoin de pointer à une heure précise, on travaille quand on veut. Pour moi, c’est parfait car, par exemple, je m’entraîne tous les jours le matin jusqu’à 13 ou 14 heures. Puis à partir de cette heure-là, je vais travailler l’après-midi. Donc, je consacre la matinée entièrement au toro et l’après-midi au travail. Ce n’est pas comme être dans un bar où il faut servir des boissons, où il faut être obligatoirement présent. Je n’ai pas de contraintes quand je vais  au campo pour tienter. »

Tertulias : « En 2024 et 2025, tu as très peu toréé. Comment l’expliques-tu ? »

Alberto Lamelas : « Je ne veux pas parler d’injustice, car il s’agit simplement des circonstances et de la vie d’un torero. Il y a des moments meilleurs, des moments moins bons. Malgré les difficultés, par exemple cette année 2025 où je n’ai toréé qu’une seule corrida, celle de Saint Martín de Crau, où j’ai coupé deux oreilles à un Escolar Gil, cela m’a aidé à grandir, à m’améliorer en tant que torero, à me trouver moi-même.  Le plus facile aurait été de crier à l’injustice mais mon état d’esprit n’a pas été celui-ci. J’ai travaillé pour m’améliorer. Grâce à ce travail, je sais que je vais revenir dans une arène et que je vais présenter une autre dimension de moi-même au public. »

Tertulias : « Comment imagines-tu la prochaine temporada ? »

Alberto Lamelas : « Je l’envisage comme depuis mes débuts. J’ai toujours eu la chance de faire beaucoup de tentaderos, beaucoup de campo, C’est quelque chose que j’ai toujours pris très au sérieux. Pour moi, aller au campo, c’est grandir en tant que torero, vouloir chaque jour m’améliorer. Nous sommes en hiver, bien sûr, j’essaie de parler à des empresas qui ont des arènes pour essayer de décrocher un contrat, pour essayer de toréer le plus possible l’année prochaine, mais pour l’instant, c’est un peu tôt. A la  date où nous sommes, rien n’est encore décidé. Mais ce qui m’importe vraiment, c’est de vouloir m’améliorer, d’être de jour en jour, d’année en années encore meilleur.»

Tertulias : « Et pour la suite de ta carrière? »

Alberto Lamelas : « Le milieu taurin est assez fermé. Il y a un groupe de toreros et d’entrepreneurs, plutôt d’entrepreneurs, qui dirigent la plupart des arènes ou tirent les ficelles de la tauromachie. Si vous ne faites pas partie de ce cercle, c’est compliqué. Mais bon, je pense que cela a toujours existé et j’espère que la situation s’améliorera.

Tertulias : «   Quel est pour toi l’avenir de la tauromachie en Espagne ? »

Alberto Lamelas : «  Il y a le problème des antis mais il y a surtout un vrai problème économique pour la tauromachie.Ce qui est vrai, c’est qu’en Espagne, il y a beaucoup moins de fêtes, beaucoup moins de corridas qu’il y a 15 ans, par exemple. Alors, bien sûr, cela a un impact énorme.

Les arènes de première et seconde sont plus solides que les autres. Par exemple la Feria de Vic est une feria mondialement connue,et je pense que ce type de ferias ne sera pas affectée. Ils vont continuer dans cette voie car le résultat est positif.

En Espagne comme en France,  le problème est celui des arènes de troisième catégorie. Il y a peu de public. Les coûts d’organisation d’une fête, d’une corrida de  toros  sont très élevés. Comme il n’y a pas beaucoup de public, ces festejos sont difficiles à rentabiliser. Préserver ces festejos qui sont essentiels pour maintenir  l’Aficion et ceux qui vivent  des toros est à la fois primordial et compliqué . »

Merci Alberto pour ces quelques instants que tu as accordé à Tertulias. Suerte pour les prochaines temporadas. Au plaisir de te revoir dans les arènes en Espagne et en France.

Propos recueillis par Thierry Reboul

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