La tauromachie est-elle de droite ou de gauche ?
La tauromachie est-elle de droite ou de gauche ?
Propos introductif
La question semble simple, presque naïve : la tauromachie est-elle de droite ou de gauche ? Loin de nous l’idée de donner une réponse tranchée car pour naive qu’elle soit, la ques0tion est bien plus complexe qu’il n’ y paraît. En effet, en réalité, elle révèle un glissement politique profond.
Ce qui est interrogé aujourd’hui, ce n’est plus la corrida comme fait culturel, mais la place que nos sociétés acceptent encore d’accorder à des traditions qui ne s’inscrivent pas dans le récit dominant du progrès. En France comme en Espagne, la tauromachie est devenue un objet de projection idéologique, un symbole commode autour duquel s’agrègent discours moraux, identitaires et électoralistes.
Eh oui, 2026 est une année d’élection. En France lors des municipales (15 et 22 mars) dans les régions du sud de tradition taurine et en Espagne pour des élections régionnales (Aragon, le 8 février, en Castille et Léon, le 15 mars, et en Andalousie, et sa population, le 30 juin), les toros pourraient s’inviter même modestement dans le débat sans compter que 2027, dans les deux pays des élections générales vont se tenir.
Une culture antérieure aux clivages politiques
Alors certes, à l’échelle des problèmes de la planète, les débats sur la tauromachie ne sont sûrement que vanités, mais un petit tour d’horizon au delà de toute querelle partisane, ne peut faire de mal pour comprendre ce phénomène de politisation croissante de la chose taurine des deux côtés des Pyrénées. Le sujet sur le continent latino-américain nous est sur le fond par trop étranger pour qu’on en vienne discourir ici, même s’il est évident qu’il y aurait beaucoup à dire:
La tauromachie a précèdé largement les catégories politiques modernes. Elle a traversé monarchies, républiques, dictatures et démocraties sans jamais se laisser d’elle-même enfermer dans un camp idéologique. L’afición a toujours été sociologiquement et politiquement diverse. La réduire à un marqueur partisan revient à projeter sur elle des grilles de lecture anachroniques.
Espagne
Tauromachie et franquisme : un raccourci commode
Associer tauromachie et franquisme est devenu un réflexe politique binaire. Ce raccourci peut en effet confiner à une récupération facile pour en justifier son opposition.
Certes le régime franquiste a instrumentalisé la tauromachie. Il l’a fait aussi avec d’autres expressions culturelles. Ce n’est pour cela qu’il en est à l’origine. La corrida existait bien avant Franco et lui survivra bien après. De nombreuses figures taurines et intellectuelles, à commencer par Federico García Lorca, étaient éloignées, voire opposées au franquisme. Le « llanto por Sanchez Mejia » de ce dernier en est une trace indélébile. C’est l’une des œuvres les plus marquantes du célèbre poète et dramaturge espagnol . Publiée en 1935, elle raconte la mort tragique du torero Ignacio Sánchez Mejías et explore des thèmes tels que la mort, le deuil, la passion et l’identité profondément espagnole.
Le franquisme n’a pas créé la tauromachie. Il l’a utilisée. Comme le flamenco ou certaines fêtes populaires, la corrida a servi d’outil de propagande nationale. L’amalgame actuel toujours vivace repose davantage sur une stratégie politique contemporaine que sur une analyse historique
De la démocratie au clivage idéologique
Pendant plusieurs décennies de démocratie post-franquiste, la tauromachie n’était pas un sujet clivant. Elle coexistait avec les alternances politiques sans devenir un marqueur idéologique. Le tournant s’opère au début du 21ᵉ siècle, lorsque la corrida devient un symbole à déconstruire pour l’animalisme politique et un marqueur identitaire pour d’autres. L’interdiction catalane de 2010 illustre cette recomposition politique. De nos jours en Navarre, au Pays Basque les positions anti-taurines de EH Bildu n’en sont qu’une nouvelle expression.
Hors des partis identitaires, actuellement, Vox (extrême droite) a fait de la tauromachie un emblème idéologique, renforçant paradoxalement son caractère désormais politique. Le Parti Populaire (droite) adopte une défense patrimoniale prudente, tandis que le PSOE (gauche) incarne une position du grand écart. Critique au niveau national mais pragmatique dans les territoires taurins.
France
Une politisation tardive mais brutale
Contrairement à l’Espagne, la tauromachie n’a jamais occupé une place centrale dans le récit national français. Géographiquement circonscrite à quelques territoires du Sud, elle a longtemps vécu dans une relative indifférence politique. Cette marginalité a pourtant facilité sa nationalisation idéologique. Ce qui est local devient, vu de Paris, un symbole abstrait et incompris qui devient aisément attaquable.
À partir des années 2010, la corrida cesse progressivement d’être perçue comme une pratique culturelle régionale pour devenir un objet moral national, instrumentalisé par les courants animalistes et écologistes. La gauche radicale et une partie de l’écologie politique en font alors un marqueur emblématique de leur combat, au même titre que la chasse ou l’élevage intensif.
Une exception juridique devenue cible politique
N’oublions pas que le cœur du débat français n’est pas culturel mais juridique. La corrida est tolérée non par idéologie, mais par une exception de droit fondée sur l’existence de traditions locales ininterrompues. Cette exception, repose sur un principe fondamental : le respect des libertés locales dans un cadre républicain.
La tauromachie cristallise ainsi une tension profonde entre un universalisme moral et reconnaissance des particularismes culturels.
La loi Caron, moment de bascule idéologique
La proposition de loi portée par Aymeric Caron en 2022 constitue un tournant majeur. Pour la première fois, la corrida est frontalement attaquée au Parlement comme pratique à abolir, non au nom du droit, mais au nom d’une morale politique.
Le rejet du texte n’a pas apaisé le débat, bien au contraire. Il a révélé une fracture nette :
- LFI et EELV favorables à l’interdiction, inscrivant la corrida au sein dun combat idéologique global.
- La droite et le centre, défenseurs de l’exception au nom des libertés territoriales dans leur majorité.
- Le Parti socialiste, profondément divisé entre une tradition décentralisatrice et une pression militante urbaine.
- Le Rassemblement national, opposé au texte moins par attachement culturel que par rejet politique de son porteur, illustrant une instrumentalisation inverse mais tout aussi réelle.
Depuis cet épisode, la tauromachie est durablement installée comme marqueur idéologique, bien au-delà de son poids réel dans la société française.
Une fracture territoriale plus qu’un clivage partisan
Néanmoins, en France, la tauromachie révèle moins une opposition droite-gauche qu’une fracture territoriale et sociologique : Paris contre les régions, métropoles contre cultures rurales, émotion médiatique contre complexité historique.
La majorité des élus locaux des territoires taurins — toutes tendances confondues — continuent de défendre la corrida, non par conservatisme idéologique, mais par attachement à une culture vécue, transmise et assumée. À l’inverse, l’opposition la plus virulente provient de zones où la tauromachie n’existe pas, renforçant l’idée d’un débat largement déconnecté du terrain.
Conclusion
Finalement, la tauromachie n’est ni de droite ni de gauche. C’est là que sa politisation en devient complexe. En France comme en Espagne, ce sont les politiques qui ont transformé une culture vivante en champ de bataille.
À force de l’instrumentaliser, on ne débat plus de ce qu’elle est, mais de ce qu’elle représente. Peut-être est-il temps de rappeler qu’une culture ne se juge pas à l’aune des slogans, mais à celle des territoires et des libertés. Elle est devenue l’un des terrains privilégiés des fractures contemporaines : urbain contre rural, émotion contre complexité, morale contre culture.
Le débat ne porte plus sur ce qu’elle est, mais sur ce que chacun veut projeter sur elle. Le risque n’est pas seulement culturel : il est démocratique.
Philippe Latour

On raconte qu’un dimanche de l’entre-deux-guerres, le célèbre manadier Fernand Granon (dont la manade fut reprise en 1945 par le non moins célèbre Jean Lafont) conduisant une course vers un village de « Petite Camargue », fut arrêté à l’entrée du village par des gens opposés à la tenue de cette course pour des raisons de politique locale. Il leur aurait dit (en provençal mais je ne sais l’écrire) : « Les toros ne sont ni rouges ni blancs, ils sont noirs! » – obtenant ainsi (dit-on) la levée du barrage…
A la maison par respect à la Grand-mère (Passionaria Andalouse réfugiée politique) de ma chère et tendre épouse (et crainte du rouleau à pâtisserie) on vote Carole Delgas, le courant Socialo pro-taurin (pas le courant d’Huchet des Tourtereaux Socialistes Boucalais Froustey- Laisney).
La Tauromachie est et doit rester apolitique, mais restons factuels :
– Les Ecologistes (ex EELV): le 25 Octobre 2025 sur Capbreton (région MACS), leur secrétaire nationale Marine Tondelier signe le manifeste du CRAC Europe pour l’abolition de la corrida,
– PS : 1er Trimestre 2025, le Maire Socialiste de Vieux Boucau Pierre Froustey & Président des MACS (2ème rechute le 25 Octobre) interdit les Corridas sur Vieux-Voucau,
– RN : en 2014, le Maire de Fréjus (& Fondation BB) interdit la corrida sur Fréjus,
– On attend toujours l’inscription de la « Ligne Rouge Taurine » dans les Programmes électoraux de la gauche rassemblée sur M2M (Frédérik Dutin), Nimes (Vincent Bouget) ….
– Service Public : suppression des directs Taurins sur ICI Gard Lozère, Signes du Toto ICI Occitanie, …
D.ROGER