Avec le temps… Ivan Fandiño

Avec le temps : Ivan Fandiño ©️Philippe Latour
A Ivan Fandiño

« Avec le temps, va tout s’en va » chante Ferré.

Les jours de spleen, j’ai tendance à le croire !! Mais en réalité des jours heureux, pendant cinq ans j’en ai eu, c’est sûrement pour ça que même des années après, je ne réalise pas.
Je te revois, isolé dans tes coins préférés. L’épaule gauche frôlant le mur, Nestor à l’arrière, et ton homme de confiance barrant le côté droit.
Après la naissance difficile du torero que tu étais, cette quête tragique de reconnaissance. Le JE en valait il la chandelle ?

Visage fermé et regard noir, tu ne laissais qu’un cercle fermé et restreint, la possibilité de venir toucher l’intime. Alors parler de ce triste jour de grand soleil qui fut ton dernier, c’est autant pour moi que pour toi que je le fais. Cette peine sourde, lourd fardeau à porter sur un coin de l’épaule. Pourtant en corrida, la mort elle est là…partout ! Elle rôde tapie dans l’ombre. On en fait sa compagne de la fin d’après-midi, le temps d’une étreinte furtive et sans lendemain.

Cependant dans ce chaos émotionnel, l’ordre des choses règne. Les mules emportent la dépouille encore fumante, des toros noirs comme le deuil et l’enfer, puis dans le soleil couchant, la vie reprend son droit. C’est comme ça, c’est immuable, et pourquoi d’ailleurs ça devrait être différent ? Le tumulte des trompettes et tambours d’une banda, le coup que l’on boit, les discussions enfiévrées, nos si vains désaccords cordiaux sur une passe, une charge , une pique … pourquoi ça devrait être autrement ?

Oui mais voilà Ivan, il y a cinq ans tu nous as fait une mauvaise blague. Toi l’inexpugnable guerrier vainqueur de tant de batailles, tu as rendu les armes à ton corps défendant pour un adieu sans retour. En un clin d’œil, nous voilà ramenés à notre simple condition d’homme. Le fil fragile de ta vie qui se casse, et une abîme s’ouvre sous nos pieds.

Que faire de ça , ce malheur qui nous saute à la gueule sans crier gare et cette plaie qui se referme mal ? Lutter toujours, tant que nous en avons la force pour ne pas oublier , t’abandonner. Alors Ivan, avec le temps, non tout ne s’en va pas ! Tout est resté, bien ancré, au chaud pour toujours dans nos mémoires à l’abri de l’amnésie. Finalement, le lion ne s’est pas tu, il s’est simplement endormi!

Cinq ans….

Philippe