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Michel Barcelo « un mélange de peur et de plaisir »

Michel Barcelo « un mélange de peur et de plaisir »

De la passion du cheval camarguais à l’exigence du toro brave « à l’espagnole », Michel Barceló a construit sa ganadería avec patience. Ganadero français conscient des attentes et des fragilités de son métier, il raconte sans détour son parcours, ses choix d’encaste, son rapport au campo, à la sélection et à la piste. Tertulias l’a rencontré.

Tertulias : « Comment es-tu devenu ganadero? »

Michel Barcelo : « En fait, tout petit c’était mon rêve. Ma famille n’est pas particulièrement aficionada. J’avais  toutefois un oncle qui avait essayé de toréer à l’école taurine de Lunel. A  l’époque, c’était un embryon d’école taurine. Il m’a amené à ma première novillada à Lunel, je devais avoir cinq ou six ans. A partir de là, la passion ne m’a jamais quitté. Je vivais  à Lunel, et j’ai fait mes armes en tant que cavalier amateur à la manade Rébuffat. Puis après avec mon épouse, ça ne nous, a plus lâché. Mon rêve de toujours était d’avoir des bêtes à moi.

Au départ j’ai créé un manade camargue pour assouvir ma passion du cheval. Le cheval était très important pour moi. La partie course camarguaise m’intéressait moins. On a eu quand même des taureaux qui ont bien marché et ont fait carrière. En 2006, on a eu un petit problème sanitaire sur la manade, qui n’était pas grave. L’élevage de l’espagnol nous attiré beaucoup plus, on a profité du problème sanitaire pour changer de tauromachie en 2007. »

Tertulias :« Comment s’est donc construit ta ganaderia? »

Michel Barcelo : « Les premiers achats se sont faits chez Antonio Palla, ganaderia d’origine Jandilla. A cette époque, il marchait très fort (Samadet, Arles) avec de très très bons résultats. J’ai pu le rencontrer à Arles.  Après discussion Il nous a consenti la vente de 25 vaches et prêté 4 sementales pendant 4 ans. Ensuite, on a rajouté du Santafé Marton, ganaderia navarraise d’origine Marquis de Domecq.

Puis on a refait un achat chez Antonio Palla. Ce fut notre base de travail. Le Jandilla me convient parfaitement. En 92 nous avons pu acheter des vaches d’origine Daniel Ruiz, origine Jandilla, via la Gloria grâce àPatrick Laugier. J’en ai acquis 25. »

Tertulias : « Qu’est-ce qui fait que tu préfères cette encaste de Jandilla? »

Michel Barcelo : « Je suis un ganadero toreriste, même si je ne m’aime pas cette classification de toriste ou  toreriste. Ce sang donne de bons résultats, même si son élevage est pointu car on peut vite tomber dans le piquant. C’est un sang qui est intéressant parce quand la caste est présente, c’est de la bonne caste. »

Tertulias : « Pourtant tu as mis un peu de Marquis de Domecq, qui lui est plutôt piquant. »

Michel Barcelo: « En fait, on a tout fondu en un seul sang. On ne peut pas encore en parler de sang propre, mais le  côté Jandilla a quand même pris le dessus par les vaches d’Antonio Palla et de La Gloria. L’apport Santafé Marton s’est fondu dans la masse. De plus je n’ai jamais eu de semental de cette origine. »

Tertulias :« Comment gères-tu  la problématique de consanguinité ?   

Michel Barcelo : « Pour le moment, on n’en a pas. On a investi il y a deux ans sur trois sementales de Chamaco. L’année dernière, avec un confrère, on est allé chez Chamaco, à Seville, et on lui a acheté un lot d’erales. On les a tientés ici en France, à l’âge de 3 ans. Et sur ces novillos, on a pu en garder 3, qui correspondaient vraiment à ce que je cherchais.

Avant qu’ils ne passent sur toutes les vaches, il y en a pour dix ans. Chez nous, on travaille beaucoup par famille. Avec un semental qui me fait d’excellents produits, je le gère après l’hiver sur papier. Je vois qui est sa fille, pour faire les lots de saillie de façon à éparpiller tout ça et ne pas trop tomber dans la consanguinité. Un peu de consanguinité n’est pas méchant. Çela dépend de ce que tu fixes comme caractère. »

Tertulias : « Comment  se sont passés les débuts? »

Michel Barcelo: « Passionnants. Au début , on ne sait pas trop où on va. On a des bêtes qu’on ne connaît pas bien. Bien sûr il y a des déceptions mais petit à petit, on sent que cela s’améliore. Je me fie beaucoup aux retours des gens qui nous le disent, plutôt qu’à mon interprétation personnelle. Ca progresse. 2025 a été très intéressante sur le plan des résultats. »

Tertulias : « Les premiers toros, tu les as sortis quand et où? »

Michel Barcelo: « La première en novillada non piquée – Arles 2009 – a été compliquée.

On avait acheté les bêtes en 2007 et la plupart des vaches sont arrivées d’Espagne « suitées ». Luc Jalabert qui a su que j’avais acheté du bétail chez Antonio Palla, a voulu que je lui vende une non piquée pour Arles . Je ne connaissais absolument pas les bêtes qui était arrivée avec leurs mères. La novillada est sortie  compliquée. Au cartel, il y avait Juan Leal, Victor Barrio, Mathieu Guillon et  Javier Jiménez. »

Tertulias : « Que s’est-il passé après cette première sortie? »

Michel Barcelo: « Ce fut difficile. On a donc beaucoup travaillé dans les fiestas camperas, notamment avec notre installation à Quissac. Cela nous a servi de laboratoire et permis de voir comment évoluait la sélection. On est sortus à Alès, Vauvert, Castelnau Rivière Basse, à Vergèze. Nous  sommes sortis donc dans des petites arènes grâce à des présidents de clubs taurins qui nous aident. »

Tertulias : « Quels sont les moments qui ont marqué la vie de la ganaderia ? »

Michel Barcelo: « La première sortie à Arles, même si le résultat n’a pas été à la hauteur bien entendu. A la ganaderia, nous avons vécu un grand moment avec Octavo Chacon, un jour de Fiesta Campera avec notre décision d’indulter un toro. Les débuts en corrida à Saint-Martin-de-Crau en 2019, avec un toro, qui a été lidié par Octavio Chacon.

Cette année on a vécu une saison très intéressante. A Alès, après des années en non piquée, on a amené un toro pour la corrida concours. Le toro ne fut pas complet, notamment sur la corne droite, qui d’après Damian Castaño, avait des complications. Mais ce fut un toro sérieux. Il a pris trois piques avec force et jusqu’au bout de la faena, a gardé un  galop qui nous a fait plaisir.

Le grand moment, cela a été Riscle. On a amené trois novillos le matin, trois novillos un peu différents, un très doux, un très bon, le troisième, et le second un peu plus encasté. L’après-midi, notre toro a été le meilleur de la course, avec beaucoup de bonne caste. Il partait de loin et Alvaro Lorenzo l’a toréé à merveille. Il s’est relâché parce que le toro permettait de le faire. »

Tertulias : « Comment vis-tu ces jours de course?

Michel Barcelo: « Après le plaisir et la fierté d’avoir été appelé, plus la date arrive, plus la peur s’installe. Partout où l’on va, on sait que l’on n’a pas le droit à l’échec en tant que ganadero  français. C’est encore plus vrai quand on est un jeune ganadero, On est attendu. L’exigence prend le pas sur la bienveillance. Si ça se passe mal, il y en a qui sont contents. Donc je vis un mélange de peur et de plaisir. »

Tertulias : « Comment tu sélectionnes et sur quels critères ? »

Michel Barcelo: « On tiente quasiment tout à la ganaderia. Quelques vaches le sont en public comme cette année, à Bellegarde pour la Primavera de la tauromachie. La première chose que je demande à un animal c’est le galop. Il faut qu’il galope comme le toro d’Alès. De sa sortie jusqu’au dernier muletazo le toro doit transmettre et avec un toro qui charge au galop, le torero doit-être capable d’aguanter et maîtriser cette charge. Le galop c’est primordial. Après, bien sûr, le toro doit avoir de la noblesse. Un toro qui est capable de galoper pendant 10 minutes avec le museau qui touche le sable, c’est un effort énorme. C’est aussi de la bravoure. »

Tertulias : « Quelle est ton exigence en tentadero lors du premier tiers ? »

Michel Barcelo: « Le cheval a bien sûr son importance mais on ne cherche pas un nombre élevé de rencontres. Je limite les rencontres car en corrida, le règlement prévoit deux piques. C’est rare de voir trois piques sauf en corrida concours. Pourquoi donner deux piques à un taureau de 4 ou 5 ans et en infliger cinq à six à une vache de 2 ans? Ce qui m’intéresse à la pique, c’est pas tellement le moment du châtiment, c’est surtout l’arrancada. Quand la bête se fixe devant le picador et qu’elle charge régulièrement, sans s’arrêter au milieu, sans regarder le public, c’est magnifique. »

Tertulias : « Es-tu plus exigeant au premier tiers pour les sementales? »

Michel Barcelo: « Un toro est plus costaud, donc on peut donner plus de puyazos. En tienta, nous dirigeons le tercio. On peut doser la première pique. Lors d’une première rencontre, ce n’est pas la peine que le toro s’épuise, ça ne sert à rien. Il faut pouvoir le replacer plusieurs fois en augmentant la distance d’un puyazo à l’autre. »

Tertulias : « Quel pourcentage de vaches gardes-tu à l’issue des tentaderos? »  

Michel Barcelo: « C’est variable. L’année dernière on en a beaucoup gardé. Je ne me fixe pas de chiffre. L’année dernière , nous avons eu un semental d’origine Daniel Ruiz qui nous fait de très bons produits, donc on en a gardé plus que d’habitude. Sinon, en règle générale, nous gardons cinq vaches par an. »

Tertulias : « Combien as-tu de têtes? »

Michel Barcelo: « Nous avons actuellement 60 vaches de ventre pour un total de 170 têtes sur l’exploitation toutes catégories confondues. »

Tertulias : « Tu as combien d’hectares pour élever ton bétail ? »

Michel Barcelo: « A Quissac où nous sommes propriétaires, il y a 75 hectares. A Fos-sur-Mer qui appartient au port autonome, on a aussi 60 hectares. On y  met un lot de vaches quasiment toute à l’année. La zone de Fos a été pas mal défigurée. Mais nous, on a un pays qui est  beau, plein de marais. C’est le pays où on avait les camargues. »

Tertulias : « Tu sors plutôt en non piquée. quel est ton objectif, rester en novillada ou  passer en corrida ? »

Michel Barcelo: « Notre objectif suprême, et impossible à atteindre, c’est de sortir une novillada à Séville. Mais sinon, on a l’ambition d’aller le plus vite et le plus loin possible. Cette année on va essayer de garder quelques toros pour l’année prochaine. Sur les 8 novillos que nous avons à vendre, on va essayer d’en garder au moins quatre pour aller en corrida l’an prochain.  

En non piquée nous allons à Fourques le 28 février, à Vauvert le 8 mai. Pour Riscle, comme on n’a pas de toros, il y a une grande  chance que nous fournissions la « sans chevaux ». »

Tertulias : «  Pourquoi y’a t-il assez peu de non piquées dans le Sud-est ? »

Michel Barcelo: « Parce que les jeunes ont abandonné. Les grosses ferias marchent mais une non piquée isolée, ç’est difficile. Même dans le Sud-Ouest, Castelnau-Rivière-Basse a été obligé d’arrêter et la fiesta Campera de Rion n’a pas eu lieu en 2025.

S’il n’y a pas de non piquées, il n’y a pas d’écoles taurines. On forme des toreros mais une fois qu’ils veulent monter dans l’autobus, il n’y a pas de place pour eux. Sans vedettes au cartel, il n’y a pas grand monde sur les gradins.»

Tertulias : « Tu es sorti dans le Sud-ouest et dans le Sud-est. Quelle différence vois-tu entre ces deux régions taurines ? »

Michel Barcelo: «  Le Sud-ouest est  très convivial d’abord. Et… Je ne sais pas comment dire. J’aime la ruralité du sud-ouest. Ça me plaît beaucoup. C’est plus exigeant au niveau des toros mais quand les toros servent,  partout le succès est là. »

Tertulias : « Quelles sont les difficultés que tu rencontres en tant qu’éleveur, aujourd’hui? »

Michel Barcelo: « C’est de voir des affiches qui sortent, avec des novilladas complètes en espagnol, même en non piquée. C’est un peu dommage. Depuis 20 ans, il y a des efforts énormes qui ont été faits par les éleveurs français. Ils sont allés chercher des bêtes en Espagne. Ils ont fait une sélection très rigoureuse. Mais l’Espagne a la préférence de certains. Pourtant je suis allé à Millas cette année. Les organisateurs ont prouvé que l’on peut faire de belles choses avec des novillos français. »

Tertulias : « Et d’un point de vue économique? »

Michel Barcelo: « Heureusement qu’on a une autre activité, sinon nous serions morts de faim. Sur chaque animal vendu, on perd de l’argent. On ne va pas dans les arènes de première catégorie. Dans les petites arènes, la taille des arènes ne permet pas de payer les toros convenablement et les clubs taurins organisateurs ont des moyens financiers limités.

Donc, on a beaucoup d’hébergements ici sur le mas, les  fiestas camperas, où on reçoit beaucoup d’associations. Cela nous permet de passer les bêtes mais aussi de faire les repas et de gagner de l’argent. C’est indispensable. Je fais de la vente directe de viande aussi pour le desecho. Cela fait partie des revenus annexes pour équilibrer les comptes. »

Tertulias : « Qu’en est-il de la situation sanitaire? »

Michel Barcelo: « Il n’y a rien d’alarmant chez nous. Avant c’était la leucose, maintenant il y a l’IBR. En 2027, il faut qu’elle soit totalement éradiquée. Nous on y est quasiment, il n’y a pas de soucis. Avec notre vétérinaire, on a veillé à éliminer par petits lots depuis plusieurs années. J’ai éliminé même des vaches qui nous plaisaient beaucoup, qui nous faisaient des bons produits.

En vaccinant très régulièrement, tous les 6 mois on est arrivé à ce que les doublenques et les ternenques soient exemptes. Il me reste 4 vaches qui vont partir cette année quand leurs veaux seront sevrés. Maintenant, il ne reste plus que cette fameuse DNC. On ne sait pas trop où on va. Si la saison va attaquer ou pas. Tous les jours, cela peut changer. »

Tertulias :« Quelles complications cette veille sanitaire permanente entraîne t-elle ? »

Michel Barcelo : « Par exemple, pour l’IBR, on a rentré 6 toros de Chamaco. Ils partent à Séville. La prise de sang est impeccable. Mais le corral de Chamaco n’était pas reconnu par la DDPP de là-bas. Ils partent en transit à la ganaderia San Isidro, à côté de Madrid. C’est un réservoir de toros, il y a beaucoup de lots qui transitent par là.

Arrivés là-bas, prise de sang, et un mois de quarantaine. 6 toros impeccables. Deux prises de sang, une à Seville, une à Madrid, impeccables. Au moment de repartir, je refais les prises de sang. Un des six toros de Chamaco est positif. Il repart à Seville, mais les 5 autres qui étaient en compagnie d’un positif, sont restés un mois de plus en quarantaine. Reprise de sang, et au bout du deuxième mois. Cette fois, les conq sont négatifs et ils peuvent entrer en France.

Les 27 dernières vaches qu’on a achetées à La Gloria, étaient toutes positives. Elles l’étaient car vaccinées avec l’ancien vaccin. Elles n’étaient malades, mais marquées positives par le vaccin. »

Tertulias : « Et comment tu vois l’avenir, au point de vue sanitaire des élevages de braves? »

Michel Barcelo: « Là-dessus, je n’ai pas d’inquiétude. J’ai plus d’inquiétude sur la bêtise humaine et les animalistes que pour la santé. Parce que tout le monde a fait des efforts énormes sur le sanitaire. Il n’y a plus d’ennui grave. »

Tertulias : « Par rapport aux animalistes, comment ressens-tu les choses? »

Michel Barcelo: « Je me demande encore aujourd’hui comment on arrive encore à tuer des toros de combat. Quand on voit les proportions que cela prend, il y a de quoi être inquiets. On a commencé avec les cirques, et les animaux sauvages. Mes enfants font des spectacles équestres. Aujourd’hui certains organisateurs enlèvent les numéros avec les chevaux parce qu’ils reçoivent des plaintes, car les chevaux sont contraints. »

Tertulias : « Et par rapport à la fréquentation des arènes et l’évolution des aficionados? »

Michel Barcelo: « Ça c’est compliqué aussi. Aujourd’hui les gens se dispersent beaucoup. Donc on n’a pas l’argent pour tout faire. Alors il y a les loisirs, les vacances, et puis on délaisse les arènes. Les grosses ferias, , elles ne sont pas trop touchées, ce sont les petites arènes qui rament. Et s’il n’y a pas de petites arènes, il n’y a plus de jeunes ganaderos. »

Tertulias : « Le principal danger est-il économique ou animaliste ? »

Michel Barcelo: « L’aspect économique et la montée de l’animalisme sont liés. Je vois des gens qui vont aux arènes, qui font l’effort d’aller aux arènes, et qui ne supportent plus plein de choses. La puntilla qui se passe mal, ça crie, ça hurle. Pour le picador c’est pareil. S’il n’ arrive pas à metrre la pique au bon endroit, le public crie…Et si un jour il y avait un accident en piste, le cheval qui se fasse tuer, je ne sais pas ce qui se passera. Ce public de plus en plus sensible continuera-t-il à venir aux arènes ? »

Tertulias : « Que penses-tu des fundas ? »

Michel Barcelo : « Ca ne me dérange pas. C’est un peu comme quand on a fait les torodromes. C’est une technique nouvelle, pourquoi ne pas essayer? Les fundas, je ne pense pas que ça gêne les toros. Si ça peut en sauver quelques-uns et éviter les blessures, pourquoi pas. Moi je ne les utilise pas, par manque de temps, de matériel et je n’ai pas un nombre suffisant de toros. »

Tertulias : « Qu’est-ce que tu as senti comme différence entre l’élevage du Camargue à l’Espagnol, sur la manipulation, le comportement au campo?

Michel Barcelo : « Dans le Camargue on a beaucoup de toros castrés, dans l’Espagnol ils sont tous entiers. Le comportement d’un entier Camargue ou Espagnol est le même. Ils sont bagarreurs, et il  y a beaucoup de blessures.

Là où ils différent c’est que le toro espagnol se « fâche » peut-être moins vite. Il y a moins de manipulations. On ne va pas le chercher pour amener une course, on ne va pas l’encocarder. Les espagnols sont relativement calmes. Par contre entre eux, ils sont plus bellqueux. Les  camargues sont plus compliqués à manipuler. Ils savent que tu viens les embêter pour les mettre dans un camion. Le plus facile à manipuler ce sont les les cocardiers.»

Tertulias : «  « Fais-tu un lien entre le comportement du toro au campo et son comportement en piste? »

Michel Barcelo : « Oui. la noblesse commence au campo. On voit les toros qui se manipulent très vite, qui ne te regardent jamais de travers. En principe ça fait des bons toros. Ceux qui sont bien dans leur tête, qui ne te testent pas, qui ne cherchent pas à sauter les barrages, c’est un signe de noblesse. Ceux qui sont difficiles à gérer développent parfois du genio en piste»

Tertulias : « Tu as eu l’occasion d’indulter un toro à la maison , est-ce positif ou non? »

Michel Barcelo : « On n’est pas été loin dans cette expérience. C’est Octavo Chacón qui l’a toréé ici. Le toro était relativement encasté, mais avec un torero expérimenté comme Chacón on n’a pas vu certaines choses. On l’a mis qu’un an sur 20 vaches. Ce toro nous a donné des produits relativement encastés et les mâles qu’il nous a donné sont sortis avec du tempérament. On a quand même gardé quelques femelles qui avec des sementales un peu plus doux, ont été parfaites. »

Tertulias : « Qu’est-ce que tu penses de l’Indulto, justement? »

Michel Barcelo : « C’est une très bonne chose. On devrait en indulter plus. Je sais que cela ne plait pas à une certaine catégorie d’aficionados. Souvent on perd la chance de garder une bonne famille. Certains disent que nous aurions dû le garder et que le problème serait réglé. Pour nous, qui n’avons pas beaucoup de toros  ça peut gâcher une bonne occasion de partir sur une bonne base. Je pense qu’il y a une différence entre les petits élevages et les grands par rapport à l’indulto. »

Tertulias :« Et sur quels critères indultes-tu un toro?  »

Michel Barcelo : « Le toro de Riscle en est le prototype. Il était d’une bonne famille, son comportement a fait que j’aurais pû le garder. Il n’a eu que trois moments de faiblesse après avoir fait douze heures de camion juste avant la corrida. Je l’ai vu galoper , sortir du toril à fond la caisse, prendre une pique en mettant les reins.

Le toro a galopé  malgré une vuelta de campana jusqu’à la fin dans la muleta de Lorenzo. Il avait du volume, de la tête, une belle hechura. Noblesse quasi parfaite, il fait l’avion et a le museau qui touche le sable, la corne qui racle le sable, c’est magnifique. Vraiment, c’est un toro que j’aurais bien ramené à la maison. »

Tertulias : « Que préfères-tu, le transport le jour même, et la sortie durecte du camion, ou la mise en corral ? »

Michel Barcelo : « Les amèner avant, oui, mais à condition que ce soit dans les corrales des arènes où ils vont être lidiés. Sinon, cela entraîne des manipulations supplémentaires. Pour la sorti directe du camion, ça s’est passé comme cela à Millas cet été. Ils n’ont stressé qu’une fois à la montée dans le camion.

Les laisser aux corrales pendant trois jours, ce n’est pas idéal non plus. Les toros, ne vont pas boire. Il leur faut du temps pour se repérer, pour faire retomber la pression. Alors ils ne se couchent pas, ils ne mangent pas. Ils sont en train de regarder en l’air car il y a toujours quelqu’un qui vient les voir. Au bout d’une semaine, ils sont couchés, ils regardent les gens passer, c’est fini. Ils ont cassé le stress.

Je préfère un embarquement le jour même ou dans la nuit avant la corrida selon la distance à parcourir. Même s’ils restent un bout de temps dans le camion. Le toro vient de faire pas mal d’heures de camion. Quand s’ouvre la porte du toril, la peur de le voir aller à terre est là. Il ne faut pas qu’il tape dans le camion. C’est pour ça que la noblesse aussi du campo sert .

Ce sont les toros qui sont bien dans leur tête. qui ne cherchent pas à se battre qui sont les plus faciles à transporter. Quand on se bat dans un camion, on se bat contre quoi? Contre deux planches sur les côtés. Quand il est bien dans sa tête, il attend, un peu comme, je ne veux pas dire de bêtises, quelqu’un qui se concentre, qui ne perd pas sa force, qui attend calmement. »

Tertulias : « Comment tu vois l’évolution de ton élevage dans les années à venir ? »

Michel Barcelo: « J’espère le mieux possible. Avec toujours l’incertitude, de savoir si la corrida va perdure ou non. Je reste motivé. Elever des toros ça coûte cher et c’est compliqué. Et puis ce n’est pas le tour de les avoir, il faut pouvoir les vendre aussi. Je ne peux financièrement augmenter le cheptel et d’ailleurs le marché ne le permet pas. »

Tertulias : «  Avec tout cela penses-tu que tes enfants prendront ta succession ?  »

Michel Barcelo: « Je ne sais pas. Bien sûr, j’aimerais. Après mettre les enfants dans cette galère est-ce l’idéal?J’espère que ça se fera petit à petit. J’essaie de lâcher un peu mais ce n’est pas facile. »

Eleveur français fragile économiquement, mais animé par une foi intacte dans le toro et dans la tauromachie, Miche Barcelo avance sans renier ses convictions. Un chemin fait de travail, de passion… et de ce « mélange de peur et de plaisir » qui accompagne chaque sortie en piste.

Propos recueillis par Thierry Reboul

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