Garlin, une nouvelle aventure
C’est un évènement important de la temporada dans le Sud-ouest. Le dimanche 19 avril aura lieu la journée taurine de Garlin. Tertulias a rencontré Philippe Tort, membre de la commission taurine, pour évoquer l’organisation et le déroulement de cet évènement.
Tertulias : « Quel bilan tires-tu de l’édition 2025, première année sans Pedraza de Yeltès après 11 éditions consécutives avec cet élevage ? »
Philippe Tort : « Nous avons tourné une page importante après une longue histoire avec Pedraza. À Garlin, nous essayons de construire des relations durables avec les élevages, comme cela a été le cas avec Gallon, Conde de Mayalde ou Joselito ou avec Fuente Ymbro.
En 2012, nous traversions une période compliquée : deux novilladas, en avril et en juillet, avec une fréquentation en baisse. Nous avons supprimé celle de juillet et, malgré quelques incertitudes, nous nous sommes lancés dans l’aventure Pedraza. Elle a duré onze ans.
Au départ, ce fut une très belle surprise, puis l’élevage est devenu une référence pour le public du Sud-Ouest avec cette rare alchimie entre spectacle au premier tiers et toréabilité à la muleta .Mais ces dernières années l’engouement s’est atténué.
Il a donc fallu faire un choix. avec une aficion du Sud-ouest exigeante Notre rôle , mais aussi notre contrainte, est de répondre à une attente du public. Nous avons senti ce besoin de renouvellement, et nous sommes repartis, une fois de plus, vers une nouvelle aventure. »
Tertulias : « Comment Pedraza a-t-il réagi à votre décision ? »
Philippe Tort : « Ils ne sont pas forcément tombés des nues. Nous sommes restés en très bons termes. C’est simplement la fin d’un cycle,et , qui sait, juste une parenthèse refermée. Onze ans avec un même élevage, c’est exceptionnel. Et quand par exemple Pedraza sort un grand taureau à Madrid comme en 2025, on est très sincèrement heureux pour eux, qui restent des amis.. »
Tertulias : « Et la réaction du public ? »
Philippe Tort : « La taquilla est restée stable en 2025, malgré une météo défavorable. Garlin a une âme, et le public répond présent. Nous sommes aussi en tout début de temporada, ce qui joue sur la fréquentation. »
Tertulias : « Quel regard portes-tu sur la novillada 2025 ? »
Philippe Tort : « C’était une année de transition avec Domecq-Nuñez. Il y a eu quatre oreilles, une course intéressante, mais pas simple. Si l’on avait fait une dégustation à l’aveugle, peu auraient reconnu du Domecq. Il y avait du caractère, parfois même des novillos exigeants. Les novilleros ont dû s’employer. »

Tertulias : « Pourquoi ce choix de Domecq-Nuñez ? »
Philippe Tort : « Nous construisons d’abord un cartel avec des novilleros en vue, puis nous choisissons l’élevage. Fernando Domecq a été un ganadero exceptionnel . Mais le fer de ses héritiers (Domecq-Nuñez) reste assez marginal, avec une petite camada. Nous avions vu des erales intéressants, avec un fond Jandilla et du piquant. Il y avait quelques lions enfouis dans certains novillos. Le ganadero connaissait notre travail et a accepté de débuter en piquée chez nous. »
Tertulias : « Pourquoi ne pas poursuivre ? »
Philippe Tort : « La novillada était intéressante, mais pas totalement aboutie. Le premier novillo, très spectaculaire, ne correspond pas forcément à l’orientation recherchée par Fernando Domecq. Nous n’avions pas le certitude d’avoir des novillos avec le comportement du premier du matin lidié par Raquel Martin.Nous n’avions pas suffisamment de garanties sur la constitution d’un lot s’inspirant de cet exemplaire. Nous avons donc choisi d’ouvrir une nouvelle voie pour 2026. »
Tertulias : « Garlin c’est aussi une fiesta campera qualificative ? »
Philippe Tort : « Nous avons lancé cette formule en 2013 en variante de la formule novillada non piquée matinale et novillada l’après-midi qui s’essoufflait. Aujourd’hui, nous impliquons le public : entrée gratuite le matin, et vote pour désigner le novillero qui intégrera le cartel de l’après-midi. Cela permet aussi de révéler des toreros peu vus car les novilleros du matin ont besoin de contrats. C’est un invrestissement pour nous mais c’est aussi pleinement le rôle des petites arènes, en tout cas c’est notre philosophie »
Tertulias : « Est-ce difficile de trouver des participants ? »
Philippe Tort : « Non pas vraiment. Beaucoup de novilleros ont besoin d’opportunités. Mais ils doivent être prêts . S’ils se qualifient, ils toréent trois novillos dans la journée. IIls doivent avoir de la personnalité et du bagage technique pour intégrer le cartel de l’après-midi. »
Tertulias : « Es-tu parfois en désaccord avec le vote du public ? »
Philippe Tort : « Cela est arrivé, oui, parfois Le vote du public est un indicateur précieux et il faut respecter son choixx. Jusqu’ici, les écarts ont toujours été nets, sauf l’an dernier. Il n’y a donc pas eu à trancher en tant qu’organisateur et c’est très bien de donner la possibilité au public d’influer sur la composition définitive du cartel. »
Tertulias : « Comment s’est construit le cartel 2026 ? »
Philippe Tort : « Nous sommes accompagnés depuis 1986 par Jean-Gilbert, dont l’expérience est précieuse. Nous avons souhaité revoir Julio Norte après son triomphe en 2025. C’est un torero engagé, parfois clivant dans sa tauromachie et son jusqu’au boutisme , mais qui impose un immence respect. C’est normal de le répéter d’autant qu’il a réalisé une très belle saison l’an dernier malgré sa grave blessure.

Face à lui, Emiliano Osornio. Ce novillero mexicain est en pleine progression. Un peu timide à Mugron, sa personnalité s’est affirmé au long de la temporada. Il est désormais accompagnés par Curro Vázquez ce qui est une référence. C’est un torero classique qui est très suivi par les professionnels.

JNous avons programmé deux novilleros à la personnalité et à la tauromachie très différentes. Cela faisait longtemps que nous n’avions pas une opposition de styles aussi marquée, ce qui constitue un grand atout de notre affiche. »
Tertulias : « Et pour la matinée ? »
Philippe Tort :« Il y aura Jesus Romero, en pleine renaissance après une période difficile. Il a fait une fin de saison très forte. En deux mois, il a fait sept novilladas et coupé une vingtaine de trophées.Face à lui à Simon Andreu, c’est un torero ccomplet dans les trois tiers sans concessions. Il a bien fonctionné en 2024 à Malaga puis à Valence où des conditions assez dantesques. Il ia ntègré le circuit de Valencia.et s’est qualifié pour la finale. C’est un profil injustement peu programmé, mais avec un vrai potentiel. »
Tertulias : « N’y avait-il pas la place pour un Français ? »
Philippe Tort : « Après analyse des forces en présence, ce n’esr pas une option que nous avons approfondie cette année. »
Tertulias : « Côté ganado vous avez opté pour Pincha, quelles sont les raisons de ce choix ? »
Philippe Tort : « Nous connaissions déjà l’élevage. Nous l’avions envisagé pour 2025 mais le timing était trop court et les novillos que nous avions vu ne nous paraissaient pas suffisamment prêt pour une novillada de début de saison. Cette fois, nous avons anticipé. Nous sommes allés au campo plus tôt. Le projet s’est construit avec José Antonio Baigorri, dans un vrai esprit de collaboration.
C’est un encaste Domecq différent, que nous n’avions jamais programmé. Avec du Marquis de Domecq et du Gerardo Ortega il y a du piquant. Il y a une vraie volonté de réussir, des deux côtés. »
Tertulias : « Comment les novillos ont-ils passé l’hiver ? »
Philippe Tort :« Comme partout, avec beaucoup d’eau. Mais ils ont été préparés précocemment dans de bonnes conditions. Et les premières chaleurs de printemps font très rapidement évoluer les novillos »
Tertulias : « Le lot est-il arrêté ? »
Philippe Tort : « Il est définitivement constitué après notre dernière visite au campo. 12 novillos avaient été reseñés. »
Tertulias : « Qu’en est-il des contraintes sanitaires ? »
Philippe Tort : « Le sobrero sera français, de l’élevage Alma Serena. Les novillos seront répartis entre Aire et les corrales de Garlin. »
Tertulias : « Comment absorber la hausse des coûts que connaissent les spectacles taurins? »
Philippe Tort : « Les partenariats aident, mais l’équilibre repose avant tout sur la taquilla. Aujourd’hui, une hausse de 3000 euros représente une centaine de spectateurs supplémentaires. Soutenir l’aficion, c’est venir aux arènes. C’est la seule possibilité dans un moment économique compliqué. La journée taurine à Garlin est originale de par sa composition. Elle est très conviviale. Les gradins sont couverts. Autant de raisons pour venir dans le Béarn. »
Tertulias : « Quelle image renvoie auprès des professionnels Garlin ? »
Philippe Tort : « Une organisation sérieuse, capable de concilier torerisme et torisme. Nous défendons une vision complète de la corrida, où chaque tercio compte. Les professionnels le savent et nous font confiance. »
Tertulias : « Qu’est-ce qui fera une journée réussie ? »
Philippe Tort : « Bien sûr, il y a l’idéal artistique, mais aussi la réalité économique. Notre objectif premier, c’est un spectacle entretenu sur tous les tiers et qui procure émotion et plaisir au public et qui donne envie aux gens de revenir aux arènes.
Suerte aux organisateurs pour cette journée taurine. La réservation (sans frais) est ouverte par téléphone au 07 72 26 42 45 de 10h à 12h et de 16h à 19h jusqu’à samedi matin.
Propos recueillis par Thierry Reboul et Philippe Latour
