Aignan, la dernière chance ?
Aignan, la dernière chance ?
Les organisateurs de la journée taurine d’Aignan ont connu deux années difficiles avec une fréquentation insuffisante pour permettre l’équilibre financier. 2026 est l’année de la dernière chance pour eux. Ils en appellent à la solidarité des aficionados. Tertulias a rencontré Maxime Aurensan, président de la commission taurine.
Tertulias : « Quel bilan tires-tu des deux dernières éditions ? »
Maxime Aurensan : « On a perdu beaucoup d’argent, dû aux problèmes climatiques sur les deux dernières éditions Il faut que les gens viennent aux arènes cette année pour que l’on puisse envisager une édition 2027. »
Tertulias : « Sur ces deux dernières années, la fréquentation a baissé. Quelles en sont les causes externes et internes ? »
Maxime Aurensan : « Les aléas climatiques sont la cause numéro un de cette baisse. C’est particulièrement vrai en 2024 avec la programmation des toros de Baltasar Iban et le cartel Uceda Leal, Christian Parejo et Dorian Canton. Dix jours avant que le mauvais temps ne soit annoncé, nous avions une demande importante. Cela fait dix ans qu’il n’y avait pas eu autant de réservation dix jours avant le spectacle.
Suite aux prévisions météorologiques, les réservations s’écroulent. Par manque d’expérience, j’ai fait l’erreur de prendre trop rapidement la décision du report de la corrida à la semaine suivante.
Bonne ou mauvaise chose ? A Aignan nous sommes dans une logique de mettre un chef de lidia et deux jeunes toreros. Priver ces deux derniers de toréer, n’est pas notre optique. Avec le recul, ce fut une erreur de reporter au lieu d’annuler. Notre communication n’a pas été bonne qui plus est mais on apprend de ces erreurs. Je suis persuadé qu’en l’absence de mauvais temps on pouvait prétendre avoir une fréquentation importante.»
Tertulias : « Y avait-il matière à annuler en 2024 ? »
Maxime Aurensan : « Oui, au dire du chef de lidia. »
Tertulias : « La décision de reporter, c’est de l’inexpérience ou un fol espoir ? »
Maxime Aurensan : « C’est un fol espoir. Tout se passait si bien. Les réseaux sociaux parlaient des toros de Baltasar Iban. Pour moi, on ne pouvait que remplir les arènes avec un tel cartel. Aujourd’hui, il est clair qu’avec un autre chef de lidia, la corrida aurait eu lieu. Cela fait partie des erreurs qui font grandir. Le report ou l’annulation sont des décisions toujours difficile à prendre. »
Tertulias : « En 2025, c’est une autre histoire ……»
Maxime Aurensan : « Effectivement. On décide de prendre les Valdefresno qui ne sont pas venus depuis longtemps à Aignan. Il y a 10 ans, ils avaient laissé un bon souvenir dans nos arènes. Depuis, ils ont été intéressants à Aire sur Adour Le lot retenu pour Aignan était de belle présentation, et nous pensions avoir fait le bon choix, mais il n’a pas reçu l’engouement escompté par rapport à celui provoqué par les Baltasar Iban.
Pour le cartel, en 2024 nous avions pensé à Roman mais programmé le jour même à Madrid. Roman est un torero aguerri et nous lui proposons de venir en 2025 avec tous nos espoirs. Christian Parejo, entré au cartel suite à un changement de dernière minute, est un torero qui est apprécié par les jeunes. Solal venait de triompher à Nîmes après avoir marqué les esprits à Villeneuve de Marsan.

La pluie et le froid nous ont pénalisé une fois de plus. La forte concurrence du rugby nous a de plus fortement impacté la Taquilla . »
Tertulias : « Au final n’est-ce pas aussi un problème d’identité que vous voulez donner à la corrida d’Aignan ? »
Maxime Aurensan : « Cela fait quatre ans que je suis président de la commission taurine. La première année, nous avions un cartel où figurait Javier Castaño, David Galvan et Thomas Dufau et les toros de Pagès-Mailhan car on voulait aider un élevage français. Cette course a été très bonne et il nous a semblé normal l’année suivante de reprendre les Pagès-Mailhan. Cette année-là, on monte un cartel dont beaucoup nous parle encore : David Galvan, Dorian Canton, Isaac Fonseca.

Pour 2024, notre choix s’est porté sur les toros de Baltasar Iban, élevage très apprécié, particulièrement dans le Sud-ouest. Luis Miguel Encabo avait un lot à nous proposer.
En 2025, Valdefresno est une ganaderia qui convenait à notre projet initial car cet élevage a un côté intermédiaire entre torista et torerista. Pour moi le cartel le mieux réséñé était celui avec les Pagès-Mailhan, David Galvan, Dorian Canton et Isaac Fonseca. Ce dernier a amené sa jeunesse et sa fougue. »

Tertulias : « N’est-il pas inquiétant de penser que les gens préfèrent aller au rugby que de venir aux arènes ? Les jeunes ne préfèrent-ils pas l’ambiance du rugby ?»
Maxime Aurensan : « Je ne sais pas. C’est vrai que les jeunes sont aussi des joueurs de rugby. Cette année avec le calendrier, le dimanche de Pâques nous allions encore subir la concurrence des matches de Vic, Nogaro, Riscle et Bassoues. S’y rajoutent les courses automobiles de Pâques à Nogaro. Au final, ce sont 200 personnes potentielles que nous risquons de perdre. »
Tertulias : « Cela explique-t-il le choix de la date de la journée taurine 2026 ?»
Maxime Aurensan : « Oui et on a fait le pari de la déplacer au samedi. On sait que l’on risque de perdre des gens qui travaillent ou qui allaient à Aignan et le lendemain à Mugron. On ne peut pas satisfaire tout le monde. Mais économiquement notre analyse nous a conduit à cette décision. »
Tertulias : « Le changement de date a-t-il été facile à faire accepter ?»
Maxime Aurensan : « Cela a été facile. Les présidents historiques d’Aignan y Toros m’ont dit qu’ils avaient toujours voulu le faire à cause des matches de rugby mais n’avaient jamais franchi le pas. Dans nos villages tous les détails comptent et en concertation avec le président du club de pétanque, le traditionnel tournoi du samedi de pétanque se déroulera le dimanche au lieu du samedi. On a réussi à casser les habitudes. Si le soleil est présent, on aura mis toutes les chances de notre côté pour qu’il y ait du monde sur les gradins pour la journée taurine. C’est ce que pense unanimement tous les membres de la commission taurine et de Aignan y Toros. «
Tertulias : « Pour en venir au cartel, comment s’est fait le choix des toros ?»
Maxime Aurensan : « Il a déjà fallu savoir si on continuait cette année et la décision a mis un certain temps. Par ailleurs même si on est situés en début de temporada, les temps ont changé. Les toreros ne sont plus enclins à toréer en début de saison quelle que soit l’encaste même si un triomphe à Pâques peut ouvrir des portes comme Escribano l’a fait en triomphant chez nous face aux Yonnet il y a quelques années.
Quand on appelle des ganaderos français, comme il y a pas mal de naissance en avril-mai, les toros n’ont pas forcément la 4ème herbe quand se déroule notre corrida. L’aide économique de l’UVTF est une belle chose mais les toros, début avril, ont quatre ans pile et sont trop jeunes, ou il n’y a pas de toros cinqueños disponibles. »
Tertulias : « Comment s’est fait le choix d’Araúz de Robles ?»
Maxime Aurensan : « Déjà en 2025, nous sommes allés chez Araúz de Robles. Puis on a choisi de prendre les Valdefresno car nous savions que Morenito de Aranda allait en prendre trois pour son encerrona mais nous avons gardé une très bonne relation avec José, le ganadero d’Araúz de Robles.
Pour 2026, nous avons été voir onze ganaderias au Portugal et en Espagne. Les membres de la commission taurine ont été unanimes et deux lots étaient en short-list. Ce qui a fait la différence, c’est le fait de rester dans l’esprit d’Aignan. L’an dernier, j’étais à Bayonne pour la corrida des cinq. C’est celle qui en 2025 m’a transmis le plus d’émotion. En tant qu’aficionado, hormis le dernier toro de Molina, tous les autres m’ont transmis quelque chose et c’est la plus belle corrida que j’ai vue de la temporada 2025. »
TTertulias : « Quand vous faites le choix de l’élevage avez-vous déjà des contacts avec les toreros ? Ou bien partez-vous sur des cartels différents en fonction du choix des toros que vous avez faits ?»
Maxime Aurensan : « Aujourd’hui dès août /septembre, une vingtaine d’apoderados m’avait déjà contacté. Depuis septembre, nous étions tous d’accord pour prendre Dorian. A Aignan, et c’est notre philosophie depuis toujours, nous voulons donner ou redonner une chance à des toreros. Dorian le mérite amplement. Chaque fois qu’il est venu, il a toujours coupé une oreille. Nous nous sommes posés la question de mettre trois toreros français. En fait, nous avons imaginé une multitude de cartels possibles.
Il y a donc une réalité économique qui est à prendre en compte. Nous sommes 100% autonomes au plan financier.
Les pertes de 2024 et 2025 sont substantielles, cela nous oblige à réfléchir dans nos choix et décisions. »

Tertulias : « Le choix de Dorian est compréhensible. Celui d’Alberto Lamelas aussi car il une histoire et des supporters dans la région ?»
Maxime Aurensan : « Pour Alberto Lamelas, c’est le retour d’un torero qui avait triomphé en 2019 avec les Lora Sangran. Il était prévu en 2020 mais la COVID est passée par là. Et puis nous l’avions « oublié ». Il a une peña et des gens qui ont envie de le voir. Il n’est pas à la Madeleine à Mont de Marsan. L’an dernier, il sort en triomphe à Saint Martin de Crau face à des Escolar Gil. Il a aussi coupé l’année d’avant trois oreilles devant des Yonnet à Arles. »

Tertulias : « Le choix du troisième a en surpris beaucoup, pourquoi avoir intégré Rafael Serna au cartel ?»
Maxime Aurensan : « C’est sa prestation à Bayonne qui a influencé notre choix. Il avait attiré notre attention dès Madrid quand il coupe une oreille dans une corrida où il alterne avec Roca Rey. Je l’ai trouvé très bon lidiador et suite à Bayonne je l’ai inclus dans notre liste.
Quand nous avons organisé une tienta publique en fin de saison, les deux toreros prévus ont un empêchement de dernière minute. Rafael s’est proposé de venir depuis Séville. Il a gagné ce jour-là le respect de la commission et cela lui permit de marquer des points pour intégrer le cartel. »

Tertulias : « Vous faites un pari, comme vous l’avez fait avec David Galvan ?»
Maxime Aurensan : « C’est tout à fait cela. Quand nous avons programmé David Galvan à Aignan, peu y croyaient. Et aujourd’hui beaucoup de personnes réclament ce torero. Aujourd’hui il est dans les plus grands cartels. Nous espérons que Rafael Serna suivra le même chemin.»
Tertulias : « Pourquoi ne pas avoir reprogrammé Christian Parejo qui a triomphé en 2025 ?»
Maxime Aurensan : « i’il a été très compliqué de ne pas mettre Christian Parejo après ses 3 oreilles et sa prestation de l’année dernière. Mais cela aurait été la troisième année cionsécutive que nous l’aurions programmé. Nous nous devons de diversifier nos cartels.»
TTertulias : « Comment faîtes- vous d’attirer un public différent de celui qui vient traditionnellement à Aignan ?»
Maxime Aurensan : « Nous essayons de programmer une corrida que les gens ne verront dans aucune autre arène. Nous recontactons ceux qui venaient, il y a quelques années. J’espère que cette année le fait d’être en danger fera que les aficionados feront le déplacement. La corrida est belle. Parmi les toros, il y en a trois qui pourraient sortir en seconde voire en première catégorie.
Ganadero et toreros ont vraiment besoin de triompher à Aignan. Il va se passer quelque chose. Avec Alberto Lamelas, quel que soit le toro il se passe quelque chose. Rafael Serna a avec Aignan et Madrid et Séville trois opportunités qu’il ne laissera pas passer. Et on peut compter sur le sérieux de Dorian Canton qui a besoin de donner un souffle nouveau à sa carrière. »
Tertulias : « Autre nouveauté, le matin, on est passé d’une non piquée avec deux toreros et quatre erales à trois novilleros pour trois erales. Pourquoi ?
Maxime Aurensan : « Il y a de plus en plus de jeunes en non piquée Si on revient aux bases d’Aignan, en 1997 lors de la première novillada sans picador il y avait trois Astarac, comme cette année, et trois novilleros. Chaque année, il y a un élève de Richard Milian. On a l’habitude de travailler avec Serge Almeras et l’Ecole Taurine de Béziers. Il fallait faire un choix pour en retenir que deux. Nous avons décidé de ne pas faire ce choix et de prendre trois erales pour les trois novilleros»
Tertulias : « Qu’attendez-vous en termes de résultat de cette édition 2026 de la journée taurine d’Aignan ? »
Maxime Aurensan : « Il nous faut du monde sur les gradins. Cette année, le résultat économique est fondamental et dépasse l’enjeu du résultat artistique. On invite tous ceux qui défendent la tauromachie et notre culture à venir. Il nous faut du monde dans les arènes. »
Tertulias : « Le partenariat vous a permis de passer pour le moment des caps difficiles. Comment en expliques-tu le niveau important ? »
Maxime Aurensan : « On a un tissu économique sur Aignan qui n’est pas riche, mais qui est fidèle. Même des gens qui sont dans le dur font l’effort de souscrire le partenariat de base. Pour eux, cette journée est ancrée dans les mœurs. La journée taurine d’Aignan fait partie de la tradition. Grâce à cette manne, en 2024 et 2025 nous avons pu honorer tous nos engagements financiers. »
Le message est clair ; Il faudra être à Aignan le 04 avril.
Vidéo ⤵️
Il est possible de réserver vos places et vos repas par email dès maintenant pour la journée du samedi 4 avril 2026 : billeterieaignanytoros@gmail.com
Pour celles et ceux qui préfèrent réserver sur place, la billetterie des arènes ouvrira à partir du 23 mars : de 𝟵𝗵 à 𝟭𝟮𝗵 et de 𝟭𝟰𝗵 – 𝟭𝟴𝗵 ou par téléphone 05 62 09 20 96 .
Propos recueillis par Philippe Latour et Thierry Reboul
