La Madeleine entre passion et contraintes : le bilan de Christophe Andiné
La Madeleine entre passion et contraintes : le bilan de Christophe Andiné
À quelques mois de la Madeleine 2026 et alors que se profilent également les prochaines échéances municipales, Christophe Andiné revient longuement sur les cinq années qu’il a passées à la tête de la commission taurine de Mont-de-Marsan.
Dans cet entretien accordé à Tertulias, il évoque les réalités de l’organisation d’une feria dans une arène de première catégorie de capacité limitée, analyse les résultats contrastés de la Madeleine 2025 et détaille la philosophie qui a guidé la construction de la programmation 2026.
Tertulias : « Quel bilan tires-tu de ces cinq ans à la tête de la commission taurine montoise ? »
Christophe Andiné : « Nous avons commencé par une année très particulière puisque c’était celle de l’épidémie de COVID. Avec mes collègues de la commission taurine, nous avions monté une féria qui nous paraissait de top niveau. Nous avions programmé l’alternative de Tomas Rufo, un gros cartel avec Roca Rey. Nous avions prévu Sébastien Castella avec une corrida d’Adolfo Martin et Enrique Ponce avec des toros d’Alcurrucen. Ce n’était pas des choses faciles à monter. Nous étions heureux du travail accompli mais nous n’avons pas pu aller jusqu’au bout. Cela a été très compliqué à vivre. Il a fallu faire le dos rond, être très patients. Cela nous a permis de nous retrouver, de parler d’une manière très tranquille de l’avenir puisque tout était arrêté.
Cette année et celles qui ont suivi ont été très riche d’enseignements sur le milieu de taurin, sur l’aspect humain avec ses aléas. Nous avons vécu de très belles choses en équipe. Une de mes premières satisfactions, c’est le côté humain de cette aventure.
La découverte du marché taurin
Nous avons beaucoup appris sur le marché taurin. Nous sommes tous aficionados mais l’organisation de corridas de toros à fortiori dans le cadre d’une féria importante dans une arène de première catégorie nous montre un autre aspect de notre aficion. Il faut le vivre pour le croire et le comprendre. La corrida est un marché. Même si tu veux lui tenir tête par moment, souvent il te rappelle que tu es tout petit par rapport à certains. Il faut que tu te battes avec les moyens qui sont les tiens. Nous sommes une arène de première catégorie, cela rend les choses encore plus compliquées.

Nous avons la chance de vivre et œuvrer dans un lieu unique qui fait partie des sept plus grands arènes de France en terme de notoriété auprès des aficionados et des professionnels mais nous n’avons que 6800 places. C’est difficile à expliquer aux professionnels. Par rapport à des arènes comme Nîmes, Arles ou Béziers qui ont plus de rentrées car plus grande, nous avons les mêmes coûts pour monter une corrida. Depuis six ans, je me bats beaucoup avec cela. Le milieu taurin est un peu archaique et faire bouger des vieux meubles, c’est compliqué. »
Tertulias : « C’est ce qui t’a le plus surpris ? »
Christophe Andiné : « Je ne vais pas dire surpris parce que je savais où je mettais les pieds. Ce qui m’a surpris c’est de me trouver face à des murs. On est tous d’accord que c’est un marché régi par la loi de l’offre et la demande. Mais la demande, elle est faite pour une arène de première catégorie et pas pour une arène de 6800 entrées. Quand tu discutes avec Roca Rey, il n’ a que faire de la taille de l’arène. On a 1000 entrées de moins que Dax par exemple et c’est un problème pour Mont de Marsan. Je le savais mais lors des négociations cela m’a surpris. Aujourd’hui je ne le suis plus . Intellectuellement il est difficile de vivre le fait que ce qui te semble être cohérent n’est pas la loi du marché. »
Tertulias : « Ne vaudrait-il alors pas mieux classer Mont de Marsan, au vu de sa capacité, en seconde catégorie pour rendre la contrainte économique plus supportable? »
Christophe Andiné : « Effectivement, cela semblerait quelque chose de logique. Mais la ville, la mairie, les aficionados d’abord montois, comment le vivraient ils ? Par ailleurs ce dont je suis certain, c’est que la réponse du milieu taurin serait d’accord mais avec un toro d’arènes de seconde catégorie. Le problème ne serait pas du côté des ganaderos. Eux proposent des lots que tu choisis en fonction de ce que tu veux. Par contre, si tu approches certains toreros et apoderados importants, ils prendront un peu moins d’argent mais ils exigeront que le toro soit en rapport avec la catégorie de l’arène. Et là il y aurait un problème avec le public. Déjà qu’il n’est pas évident de tenir tête au marché pour satisfaire notre public, il serait alors difficile d’avoir un toro digne des arènes du Plumaçon. »

Tertulias : « Les grandes figuras sont attachées à leur statut. Est-ce que ce ne serait pas l’occasion de bâtir des férias où ils ne seraient pas là en les remplaçant par des toreros émergeants, qui seraient contents d’être présents au Plumaçon pour un coût moindre ? »
Christophe Andiné : « J’ai envie de répondre de deux façons. La première en tant qu’aficionado, je vous rejoins. La deuxième, nos responsabilités sont liées à une mairie, une ville et à une attente globale. Quand tu veux une rentabilité et avoir l’assurance de préserver un grand nombre d’abonnés, tu ne réfléchis pas de la même façon. Ces questions on se les ait souvent posées avec mon équipe. Venant de Vic Fezensac, je sais ce que c’est de faire sans les figuras et avec peu,. A Vic Fezensac, je le vivais très bien mais à Mont de Marsan c’est différent.
Quand tu regardes dans la genèse des arènes du Plumaçon, tu t’aperçois que c’est très riche d’enseignements. Dès les années 50, 60 et 70 toutes les figuras sont passées à Mont de Marsan. A cette époque, il n’y avait que des corridas de figuras. Il n’y avait que trois corridas mais ce sont les toreros les plus importants du moment qui passaient. Si on bouleverse tout cela, tu donnes un autre rythme aux arènes en coupant court à un passé et tu risques de perdre du public et donc de l’argent.
Il faut se rappeler que les arènes sont gérées par une Régie Municipale . Tu dois rendre des comptes et en plus l’historiquement l’excédent des corridas sert à payer diverses activités organisées par la mairie et le régie des Fêtes durant toute l’année. Cela fait beaucoup de choses à prendre en copmpte. »
Tertulias : « Peut-être qu’une corrida moins clinquante va entraîner moins de chiffre d’affaire mais générer plus de marge car moins chère à monter ? »
Christophe Andiné : « Il ne faut pas oublier que le taurin et l’extra-taurin sont liés. Moins de monde aux arènes a pour conséquence d’avoir moins de monde en ville, dans les restaurants et dans les bars. A la base je partagerai cette réflexion car c’est celle de beaucoup d’aficionados.
Mais il ne faut pas oublier que l’immense majorité des gens qui rentrent dans des arènes ont un autre souci que les problèmes des organisateurs. C’est compliqué de casser quelque chose qui est en place depuis des décennies . Il faut raisonner de manière globale en intégrant tous les paramètres. La différence avec une arène que je connais bien, c’est qu’à Vic le club taurin appartient aux socios et n’a de compte à rendre qu’à son expert-comptable. Ils ont une liberté totale qui change beaucoup de choses mais c’est un cas à part. Pour les autres c’est différent, ils ont à rendre compte à une mairie. »

Tertulias : « Quels enseignements avez-vous tirés de la Madeleine 2025 ? »
Christophe Andiné : « On en a plusieurs enseignements.
Deux corridas toristas intéressantes
Le premier c’est que les deux festejos toristas ont été d’un bon niveau. Les deux lots, Escolar et Victorino, ont été très bien présentés. On a eu deux corridas très intéressantes avec du trapio certes mais aussi des comportements très sérieux. C’est ce que l’on attend de ce type de courses. Les toros ont posé beaucoup de questions aux toreros qui ont répondu avec leur talent, leur force et leur courage de façon dans l’ensemble positive. C’est une satisfaction. On a eu une très belle entrée pour la corrida de Victorino Martin.
Des Parralejo décevants
Pour les trois autres corridas, mon bilan va être plus mitigé. On a eu une grosse désillusion sur la corrida de Parralejo et la venue de Roca Rey. C’est une après-midi qui sur le papier promettait beaucoup. Certes on a fait le « No hay billetes » mais au plan artistique cette corrida est à oublier. Pourtant Parralejo, cela fait trois ou quatre ans que c’est devenu une ganaderia intéressante. Elle est présente à Séville, Madrid. Elle a passé le cap des arènes de seconde ou troisième catégorie vers les arènes de première. Il y a deux ans chez nous, la novillada a été de bon niveau.
Cela nous paraissait intéressant de la présenter en corrida de toros. C’était, pour le Plumaçon, une nouvelle ganaderia. Cela n’a pas fonctionné. Le lot a manqué de forces et de caractère. Devant la terna a subi sans pouvoir en tirer plus qu’il n’offrait. Tout le monde n’est pas Daniel Luque et la tauromachie ce n’est pas mettre devant chaque toro un infirmier. En tant qu’organisateur, j’aurai aimé trouver chez les toreros, la capacité à faire oublier les manques des toros. D’un autre côté, je ne leur en veux pas non plus car les toros étaient par trop insignifiants.
Des Fuente Ymbro fades et un Luque supérieur
Ensuite la corrida de Fuente Ymbro qui a ouvert la féria, était très bien présentée à l’exception d’un toro qui s’est abîmé contre un burladero. Cette corrida avait des têtes importantes pour ce type de festejo et de cartel. Ce lot nous a déçu. Quand tu achètes un encierro de Fuente Ymbro , tu désires qu’il y ait de la noblesse mais aussi ce piquant que l’on voit depuis longtemps chez cette ganaderia et qui avec un torero qui a de l’ambition peut donner de belles choses. On le souhaitait au départ pour cette tarde et cela nous a manqué.

Je ne dirai quand même pas que c’était une mauvaise course. Si on avait eu six Luque ce jour-là, il y aurait eu un wagon d’oreilles. A la fin de la course, on aurait dit que c’était exagéré. Mais pour un organisateur cela arrange bien des choses. Luque tombe sur un bon toro , classique et facile pour lui. Il fait une démonstration.
Face à son second, il invente une faena incroyable avec un toro insipide. S’il ne pinche pas les deux oreilles ne sont pas loin. Il a totalement conquis le public. Si on se projette sur 2026, ce qu’il a réussi à créer ce jour-là , l’impact qu’il a eu sur toute la féria nous a grandement conditionné sur notre choix de le proposer cette année sur une encerrona. Face aux Fuente Ymbro, les deux autres toreros, Morenito De Aranda et Borja Jimenez, sans démériter ont été en dessous de Luque qui, ce jour-là, a assommé tout le monde. Quel dommage que l’on ne puisse pas le voir avec Roca Rey.
Des Santiago Domecq intéressants
La corrida de Santiago Domecq était moins bien présentée mais elle avait ce petit caractère qui nous a manqué sur la corrida de Fuente Ymbro. On avait une grosse envie de voir cette ganaderia au Plumaçon car nous considérons que dans ce registre de corrida c’est ce qui se fait de mieux pour l’aficionado. Le Santi est un toro noble mais pour être bien toréé, il demande beaucoup au torero. Une ganaderia qui est dans un tel moment, comme un torero qui est dans un grand moment, on a envie de les voir chez soi. La corrida est moins bien sortie que chez nos voisins. Mais on a quand même des choses intéressantes.
Face à eux, un bon Perera
On a vu un très bon torero pour Perera qui ce jour-là a été comme on le voit depuis trois temporadas . On le connaissait très technique, parfois ennuyeux mais depuis deux trois ans j’ai un autre regard sur lui. Je trouve qu’il remplit d’avantage la scène.
Il est une référence technique pour ses collègues mais il ne va pas te remplir une arène. Quand tu fais un cartel intéressant mais sans figura marquante à côté cela pêche une peu. Cette corrida dans l’ensemble ne m’a pas déplu. Elle était desigual mais la camada de Santiago Domecq est assez courte. Il y a quatre ou cinq corridas disponibles par an. Une va à Séville, une va à Madrid , une autre à Dax après c’est compliqué pour eux. Nous avons préféré acheter des toros d’un élevage qui est dans un bon moment avec une présentation moindre mais on l’assume totalement.

Une novillada trop juste de forces
La novillada de Cuillé n’a pas fonctionné . C’est dommage parce que ces derniers temps on avait une bonne régularité . On avait toutes les raisons pour revenir vers Dominique Cuillé puisque cela s’était très bien passé en 2023. Elle a peu de novillos et quand il y en a deux ou trois qui se blessent il est difficile de les remplacer. Par contre la faiblesse,……..
Tertulias : « La presse s’est fait l’écho d’une féria moins rentable que les précédentes. Comment analyses-tu cette légère érosion de la fréquentation ?
Christophe Andiné : « Les chiffres le montrent, c’est une corrida, celle de Santiago Domecq, qui a pénalisé la fréquentation en 2025 . Le premier jour nous faisons une bonne entrée pour un mercredi. La corrida d’Escolar Gil a bien rempli pour ce type de festejo et a été rentable. Le samedi la novillada a bien marché et l’après-midi on a un « No hay billetes ». Pour la corrida de Victorino Martin, on n’en était pas loin.
Le jeudi a été en dessous des autres après-midi. Autre problème, quand tu as un budget qui est conséquent, tu dois monter cinq corridas de toros dont deux toristas mais les Victorino ne sont pas donnés et avec la présence de Roca Rey, tu as besoin que les autres aient un bon taux de remplissage Avec la réussite des Santiago Domecq dans les autres arènes et avec un cartel intéressant , nous pensions avoir de meilleurs résultats économiques.
Il faut aussi intégrer que nous subissons comme tous les organisateurs le passage de la TVA sur les toros de 10 à 20% : Cela pèse sur nos résultats.
Nous sommes attachés à une gestion saine de l’activité taurine car c’est de l’argent public. Contrairement à d’autres activités, les corridas gagnent de l’argent à Mont de Marsan . Ce n’est qu’une baisse relative de 5% de l’excédent généré sur une activité bénéficiaire. La programmation 2026 visera à retrouver un niveau d’excédent tel qu’il était avant 2025. »
Tertulias : « Cette analyse vous a conduit à monter la programmation 2026. Comment avez-vous construit la Féria. »
Christophe Andiné : « Au départ, nous avons voulu changer le rythme de la Féria. Cela signifie en premier de démarrer , le mercredi, avec un cartel très fort qui attirera le grand public. A la venue de Roca Rey s’ajoute la présence à l’affiche de Marco Perez. Ce dernier est un torero qui devient important et pour peu que son début de saison se passe bien il sera encore plus important.
Complètera la terna Borja Jimenez. Même si son passage chez nous a été moyen, il a fait une grande temporada en Espagne. Il a triomphé à Madrid, Séville et d’autres arènes importantes. C’est un des deux ou trois toreros qui peuvent prendre le relais de Roca Rey. Il est rentré, depuis son passage à la présentation des cartels de Madrid, en compétition avec le péruvien. Ce cartel est de qualité, pour le grand public et les aficionados, avec en plus la présence des toros de Jandilla. A l’heure, ce fer est sur le podium des élevages les plus courus par le marché. On la retrouve dans les grandes arènes espagnoles et elle est à Mont de Marsan.

Tertulias : « Pour programmer Roca Rey, le choix de la ganaderia ne doit pas être simple ? »
Christophe Andiné : « Le choix d’une ganaderia comme Jandilla lui va très bien. C’est plus compliqué sur le choix de ses compagnons de cartel. On est content du cartel que nous proposons car aux côtés du numéro un actuel, il y aura deux matadors très ambitieux. »
Tertulias : « Pourquoi avoir déplacée la corrida d’Escolar Gil? »
Christophe Andiné : « On l’a décalée au jeudi pour changer le rythme de la Féria. De plus nous pensons que cette course qu’elle soit le jeudi ou le vendredi, fera la même entrée. En mettant la corrida de Zaccarias Moreno avec Perera, De Miranda et Tristan, le vendredi, jour fort pour la fréquentation des Fêtes, on espère qu’elle fera plus d’entrée que celle de Santiago Domecq. »
Tertulias : « La corrida d’Escolar Gil soulève une autre interrogation : pourquoi avoir intégré Antonio Ferrera au cartel ? »
Christophe Andiné : « La corrida d’Escolar Gil sera aussi bien présentée que celle de 2025. Certains se sont interrogés sur la présence au cartel d’Antonio Ferrera. Avec les collègues de la commission taurine, nous ne sommes pas surpris d’en avoir surpris certains. En fait, nous avons surtout été surpris par Antonio Ferrera lors des négociations. C’est, qu’on le veuille ou non, un torero important avec une carrière importante et singulière parce que c’est un homme singulier. Il est parti du Plumaçon, il y a quatre ans, par la petite porte. Il nous a déçu, comme d’autres arènes, sur certains points.

Cette année, il va revenir par la petite porte, et c’est cela qui me plait. Au vu de sa carrière, se remesurer à des corridas qu’il avait délaissées parce que sollicité pour d’autres choses, ce n’est pas rien. Cette année, il sera à Madrid sur une corrida de Dolores Aguirre. Il nous a surpris dans sa manière de prendre ce contrat comme un retour normal sur l’échec qu’il a subi et dont il a conscience. Pour nous se mettre devant une corrida d’Escolar Gil ce n’est pas rien. Pour un torero comme lui ce n’est pas si évident que cela. C’est plutôt un geste. Nous sommes conscients que c’est un risque. »
Tertulias : Qu’est-ce qui vous a amené à choisir Pepe Moral et Dorian Canton pour compléter ce cartel ? »
Christophe Andiné : « On voulait reprendre un torero comme Pepe Moral. Il a de l’expérience et il revient fort dans ce type de corridas avec en particulier un passage à Séville avec les Miura ou les Cebada Gago à Bilbao. Sa présence ne surprend pas les aficionados.
Pour Dorian Canton, il est à un tournant de sa carrière. Il souhaite gagner sa vie avec les toros. S’il manque d’ambition, il peut finir par végéter. S’il se sent capable d’affronter la corrida d’Escolar -nous pensons qu’il en est capable- il peut trouver sa place dans ce tyoe de corridas exigentes. Compte tenu de son expérience, des moments difficiles qu’il a vécus, c’est un torero qui pense beaucoup et qui a grandi. S’il touche un toro qui se laisse faire sur un piton, il sait et est capable de bien toréer. Pour nous, il est à sa place de son cartel. Et il a envie d’y être.
Ce qui va être intéressant pour cette corrida, c’est la présence des toros d’Escolar Gil mais aussi toutes les attentes et questions qu’elle suscite. »
Tertulias : Qu’attendez-vous de la corrida de Zaccarias Moreno? »
Christophe Andiné : « La présence des Zaccarias Moreno, le vendredi, c’est quelque chose de nouveau. On voulait sur les trois corridas dites commerciales mettre une ganaderia qui n’est pas encore dans le microcosme des figuras. C’est un ganadero qui a encore des choses à prouver. Il nous a proposé et nous avons choisi la tête de camada. La présence au cartel de Miguel Angel Perrera, après sa prestation de 2024, est quelque chose de logique. Sa temporada 2025 a été d’un très niveau avec en France une très belle tarde face aux toros d’El Freixo à Dax. De Miranda m’a surpris l’an passé. Je ne m’attendais pas à le voir à ce niveau.
Ses passages à Séville et surtout à Malaga m’ont beaucoup marqué. A Malaga, j’ai vu de l’ojédisme mais avec de l’élégance et beaucoup de verticalité. La verticalité est quelque chose de compliqué dans le toreo. Cela demande une grande domination de soi-même. Je pense que sur ce registre, il peut entrer en competencia avec Roca Rey. Il peut devenir un torero qui attire les foules, il a le mental pour être un figura. Il a le même sitio qu’un Jesulin de Ubrique mais lui possède l’élégance. Sa présence sera un moment important de la Féria d’autant plus qu’il aura fait un très bon début de temporada.
Avec Tristan Barroso on est dans la logique d’aider un jeune torero qui démarre et qui a eu une après-midi positive au Plumaçon pour la troisième corrida de sa carrière. Il s’est battu avec ses armes et a été solide dans sa tête avec une tauromachie intéressante. Ce n’est pas un cartel qui est fait pour attirer la grande foule mais il est attractif et intéressant. »

Tertulias : « Et de la novillada? »
Christophe Andiné : « La journée du samedi commencera par la novillada. Ce sera la présentation de ,la ganaderia de Rafael Cruz en novillada piquée au Plumaçon après sa bonne prestation à Parentis et dans d’autres arènes importantes comme Bilbao, Valencia et Alicante. Le cartel est des plus attrayants en ce moment. Emiliano Osornio a fini la temporada 2025 de façon magnifique en particulier à Arnedo. C’est un novillero mexicain à la fois talentueux et expérimenté. Julio Norte, malgré une grave blessure, a démontré l’an passé qu’il était un torero sérieux. Il sera aux portes d’une alternative qu’il prendra en août à Dax.
Pour compléter la terna, il y aura Clovis. C’est un novillero que nous suivons depuis pas mal de temps. Nous l’apprécions beaucoup dans l’arène et en dehors. Il a une belle évolution et on devine chez un vrai potentiel de carrière. Il est dans un corte qui manque dans l’escalafon novilleril. Il est très complet dans les trois tiers et c’est rare aujourd’hui. En plus, il a du charisme ce qui est encore plus rare. Il a tout pour réussir. En plus le Plumaçon sont sa seconde arène car apodéré par Thomas Dufau il s’y entraîne. »
Tertulias : « Autre interrogation suite à l’annonce des cartels : pourquoi une encerrona de Luque ? »
Christophe Andiné : « Pour certains c’est du réchauffé, du déjà vu. Certains diront que Luque prend le poste de deux de ses collègues. Mais quand tu raisonnes en aficionado et en organisateur tu recherches un torero attrayant qui peut remplir les arènes et donner l’espoir aux aficionados de quelque chose de particulier. Luque nous a proposé , et c’est différent de ses précédentes encerronas, de toréer six toros de ganaderias et d’encastes différents. Cela nous a conforté dans notre envie de rentrer dans ce schéma. Quand nous avons eu cette idée, nous ne savions pas comment il allait réagir. Dès la première approche, le contact avec lui a été formidable. Cela nous a donné encore plus l’envie de porter ce projet jusqu’au bout.

C’est lui qui nous a proposé la liste des ganaderias. Daniel Ruiz, on en voit pas souvent. Victoriano del Rio et Juan Pedro Domecq sont des ganaderias qui, aujourd’hui, posent des problèmes aux toreros. Fuente Ymbro fait partie des ganaderias que l’on veut voir face à des figuras. Toréer l’Adolfo Martin et le La Quinta, il le fait dans un soucis d’ouverture car il connaît les goûts de l’aficion montoise. Cela rend la corrida plus attrayante pour les aficionados et ceux qui l’ont vu à Dax ou à Bayonne. Et puis qui peut mieux que lui est capable de couper des oreilles à Mont de Marsan ? »
Tertulias : « Comment situe-t-il cette encerrona, exercice à risque et souvent piégeux, dans sa temporada ? »
Christophe Andiné : « L’avantage des dates de la Madeleine, c’est qu’elle se situe dans une période où il torée moins. Il a beaucoup de contrats en juin, mais en juillet il en a moins. Nous espérons qu’il arrive avec beaucoup de fraîcheur mentale et physique. Il a montré maintes fois ailleurs sa capacité à se mobiliser et se concentrer sur ce type d’évènements. »
Tertulias : « Comment avez-vous monté le cartel de la corrida de Victorino Martin qui clôturera les Fêtes de la Madeleine. »
Christophe Andiné : « Nous avons beaucoup échangé avec mes collègues sur ce cartel. Morenito de Aranda semble indispensable après ses dernières prestations à Mont de Marsan ou même ailleurs et en particulier face aux Victorinos. C’est le torero qui peut nous garantir le sérieux, la qualité de la lidia. Son expérience est importante pour ce type de corrida et en plus il est capable de produire une belle tauromachie.
Pour compléter le cartel nous nous sommes posés beaucoup de questions. Nous sommes revenus sur les deux dernières corridas de Victorino au Plumaçon. Elles nous ont donné statisfaction sur certains aspects et sur d’autres moins. Nous pensons que sur ces deux festejos, il a manqué de toreros avec du poder, de l’ambition et de l’engagement. Juan de Castilla et Roman nous semblent pouvoir amener ce qui a manqué en 2024 et en 2025 .
De plus les corridas de Victorinos, ces derniers temps, ne font pas beaucoup de cadeau. On est dans un cycle dur dans cette ganaderia. Cela demande des toreros avec beaucoup d’engagement , De Castilla répond à cette exigence. Roman, lui, n’est jamais venu à Mont de Marsan. Cela fait des années que nous en parlons entre nous et même qu’on nous le demande. Sa prestation face aux Victorino à Madrid pour la Féria d’Automne a été remarquable. S’il ne pinche pas, il peut couper trois oreilles. Il a même favorablement surpris Victorino. C’est un torero qui a des défauts et des qualités mais qui paye toujours comptant. »
Tertulias : « Sébastien Castella et Clemente seront absents de cette Madeleine, pourquoi ? »
Christophe Andiné : « Sébastien Castella est une figura du toreo. Clemente, auteur d’une grande tarde, il y a trois ans chez nous et qui devient un torero émergeant et important.
Pour Sébastien, il appartient à ce groupe de figuras qui ont eu des grands moments, ont une tauromachie qui n’évoluent plus et qui par moment arrive à retrouver leur niveau. Ils ont les mêmes prétentions et exigences malgré un attrait moindre pour l’aficionado et en particulier montois. Il n’a jamais vraiment triomphé au Plumaçon.

Pour Clemente, c’est un autre histoire qui nous pèse beaucoup à moi et mon équipe. C’est un garçon que j’apprécie beaucoup et il le sait. Mais il y a le marché et l’attente du public en général. Je ne parle pas de 200 ou 300 aficionados supporters mais du grand public. Si on regarde ses deux dernières prestations à Mont de Marsan on n’a pas vu le Clemente de 2023 . Quand on l’a pris, il y a trois ans beaucoup de montois doutaient et nous ont demandé qui était ce torero. On a eu raison de le mettre car il a été magnifique avec la corrida de La Quinta. C’était il y a trois ans, il subit des échecs dans certaines arènes et triomphe dans d’autres où il est répété. Nous ne sommes pas rentré en contact avec lui pour cette année. »
Tertulias : « Et pour ce qui te concerne? »
Christophe Andiné : « Les élections municipales sont en cours. Je ne connais pas mon avenir. Je le prends avec le sourire et avec philosophie. La vie est comme cela.»
À l’approche de l’édition 2026, la commission taurine montoise espère retrouver le niveau de fréquentation et d’excédent des années précédentes, tout en conservant l’identité singulière du Plumaçon. Quant à l’avenir personnel de Christophe Andiné, il reste suspendu aux résultats électoraux. Mais une chose est certaine : ces cinq années auront profondément marqué sa vision du monde taurin.
Propos recueillis par Thierry Reboul et Philippe Latour.
