Bayonne, une goyesque grise
Bayonne, une goyesque grise
Résumé
Cette première corrida était la plus attendue de la Féria de l’Atlantique. Malgré l’absence de Roca Rey et une météo incertaine, les gradins étaient bien remplis. Le choix de David de Miranda pour remplacer le Péruvien était une bonne idée et les aficionados attendaient beaucoup de sa présence au cartel compte tenu de ses succès récents. L’aficionado attend toujours quand Juan Ortega est au cartel de vibrer à quelques capotazos ou muletazos au parfum andalou. On attend comme toujours de Morenito de Aranda qu’il soit sincère et volontaire.
Malheureusement l’absence de fond et de race (et de forces) des toros de Zacarias Moreno a fait que la corrida laissera un goût d’inachevé. Quelques détails d’Ortega, la bonne volonté de De Miranda malgré le plus mauvais lot de la tarde, l’application et la sincérité de De Aranda face au seul toro qui a un peu servi, c’est tout pour une corrida si attendue.
Les toros
Le lot de Bayonne de Zacarias Moreno confirme l’impression très mitigée laissée par leurs congénères lidiés à Saint Sever. Hétérogène de hechuras et de têtes, certaines étant plus commodes, ils ont tous manqué de race et de fond. A l’exception du quatrième qui a plus servi , les autres se sont vite éteints et n’ont pas offert d’options aux toreros. De pas très valide en sortant du toril, le troisième est devenu totalement invalide à l’heure de la faena. Le lot était complété par un toro de Daniel Ruiz, physiquement le mieux fait, qui n’a pas déparé le lot pour ce qui est de son comportement.
Les toreros
Le premier est violent et finit avisé. Morenito de Aranda s’arrime et montre qu’il a du courage et de la technique. Il se trouve plusieurs fois à la limite de la cogida. L’épée est en place mais tarde à faire effet. Salut. En quatrième position, Morenito de Aranda touche le premier (et seul) toro de la tarde qui sert et tient la distance. Il construit une faena sincère et appliquée qui porte sur le public. La mise à mort le prive de trophées, le président ne répondant, avec juste raison, a une pétition minoritaire. Double vuelta.
Dommage que le second n’ait tenu que deux séries. Semblant motivé Juan Ortega l’a reçu par des véroniques à la manière d’Ortega tout comme la mise en suerte par chicuelinas à la seconde rencontre. Le début par derechazos laisse augurer d’une bonne faena. Hélas à la troisième série, le toro cesse le combat et part aux planches. Salut. Le cinquième est un Daniel Ruiz décasté qui ira vite à menos. Ce n’est pas ce type de toro qui convient à Juan Ortega. La faena, qui tourne vite court, est conclue d’une vilaine épée. Silence.
Sorti boiteux, le troisième devient rapidement invalide. David de Miranda ne peut qu’abréger. Silence. Le dernier s’éteint rapidement. De Miranda s’applique mais la faena ne décolle pas malgré son application et la touche trémendiste finale. Vuelta après une épée tombée.
La corrida vue par l’objectif de Philippe Latour
Fiche technique
- Arènes de Bayonne, corrida goyesque bleue. Toros de Zacarias Moreno et Daniel Ruiz (5ème)
- Morenito de Aranda: salut(avis), double vuelta (avis)
- Juan Ortega : salut, silence
- David de Miranda :silence, vuelta
- 12 piques, cuadra Bonijol
- Président : Christophe Robin
- 9/10ème d’arène
- Le ciel bleu au moment du paseo était raccord avec la décoration des arènes
Toro à toro
Morenito de Aranda – Brasileño – 522kg
Le premier est attendu à Porta Gayola par Morenito de Aranda qui le pare avec efficacité. Bien mis en suerte, il prend deux piques légères sans trop s’employer. Début de faena par le haut main sur les tablas, le toro est brusque et court de charge. Le torero continue par des derechazos. Le Zacarias est du genre bad boy à droite et mauvais garçon à gauche. Morenito s’arrime mais c’est compliqué et dangereux. Il se bat avec un animal de plus en plus avisé puis abrège les débats. L’épée est portée avec engagement. En place, elle tarde à faire effet. Un avis sonne. Salut.
Juan Ortega – Brasileño – 516kg
Le second est gachito et brocho . La réception par véroniques de Juan Ortega a une certaine classe et arrache au public les premiers olés de la tarde. Le toro fait une vuelta de campana. Première pique, première carioca, quite par chicuelinas templées. Le Zacarias s’emploie puis sort seul de la seconde rencontre. Le quite de De Miranda est ovationné. Ortega double avec élégance. Le toro est noble et permet au sévillan de lier trois derechazos de qualité. Ortega conclut la série suivante par un superbe pecho. Tanda suivante, l’animal part aux planches. Le torero tente une série de naturelles mais le Zacarias s’est installé en querencia. Il est temps de tuer. Une demie et un descabello ont raison de l’animal. Salut.
David de Miranda – Mentiroso – 531 kg
Le troisième met la tête dans la cape de David de Miranda. Il semble dislocado. Très mal piqué, il prend deux vilains puyazos. De Miranda, comme ses collègues, brinde au public. Sur le premier derechazo, le toro fait une vuelta de campana. Il tombe à la seconde passe. Il est de plus en plus handicapé du train arrière. Nouvelle chute, le toro est complètement invalide. Il était effectivement dislocado et son état n’a fait qu’empirer. De Miranda abrège. Plusieurs pinchazos, un quasi bajonazo habile et on peut passer au suivant. Silence.
Morenito de Aranda – Mentiroso – 550kg
Le quatrième est le plus lourd de l’envoi. Il se freine dans la cape de Morenito de Aranda qui soigne la mise en suerte au cheval. Le toro prend deux piques en se défendant. Beaucoup d’efficacité dans les doblones qui commencent la faena. Le toro est noble et ne présente pas de signe de faiblesse. Morenito baisse la main et enchaîne deux bonnes séries à droite. A gauche, le toro sert aussi. Le torero est sincère, s’applique et connecte avec le public qui apprécie aussi les séries suivantes à droite. Le final trémendiste est lui aussi apprécié. Un avis sonne après le second pinchazo. La troisième entrée à matar est à la fois habile et efficace. Pétition minoritaire, double vuelta.
Juan Ortega – Almendrito (D Ruiz) – 521 kg
Le cinquième est un Daniel Ruiz. La réception à la cape de Juan Ortega sans atteindre les sommets a très belle allure. Bien piqué, le toro prend deux puyazos légers en poussant sur une corne. Le quite de David de Miranda est applaudi. Les premiers muletazos sont chahutés. Sur la seconde série toro et torero sont hésitants. A la troisième, le toro ne charge presque pas. A gauche, la mayonnaise ne prend pas. Retour à gauche, le Zacarias jette l’éponge et Ortega va chercher l’épée de muerte. Le Sévillan prend le périphérique et tue d’une entière très basse mais efficace. Silence.
David de Miranda – Cubanito – 532 kg
Le sixième fait une vuelta de campana dès le premier capotazo de David de Miranda. Il pousse sur une corne à la première rencontre. Tardo, il prend un puyazo appuyé à la seconde. David de Miranda commence par le doubler. Premiers derechazos, le toro accroche la muleta. C’est mieux sur les suivants. A gauche, le Zacarias est court de charge. De Miranda insiste et lie une bonne série de naturelles. Il reprend la main droite mais le toro est éteint. Avec application et sincérité le torero lui arrache le peu de muletazos qu’il peut donner. De Miranda réduit les terrains et toréé dans les cornes. Le toro ne transmet plus rien. Un pinchazo précede une épée caida et suffisante. Vuelta
Thierry Reboul