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Morenito de Aranda, l’équilibre d’une vie

Morenito de Aranda, l’équilibre d’une vie

Torero de réflexion autant que d’instinct, Morenito de Aranda s’est construit loin des raccourcis et des trajectoires linéaires. Entre Madrid et la France, entre transmission et solitude, entre le toro du campo et celui de l’arène, le Burgalés livre un entretien sans filtre. Une parole rare, profonde, où se croisent vocation, éthique, lucidité et amour absolu du toro.

Morenito de Aranda, une identité qui s’est faite avec le temps
Tertulias : Pourquoi Morenito de Aranda ? Personne ne te connaît sous le nom de Jesús ?

Morenito de Aranda : Partout où je vais, on m’appelle toujours Morenito. En réalité, je m’appelle Jesús Martínez Barrio et je suis originaire d’Aranda de Duero. On m’a appelé Morenito de Aranda parce qu’à Aranda il y avait une école taurine et que, entre gamins, un jour — le jour où l’on a appris qu’on allait toréer — on s’est dit : « Hé, on n’a pas de nom artistique ! ». Moi, j’en ai donné un à l’un, qui est comme un frère pour moi, Jonathan Izquierdo : El Burgalés.

J’en ai appelé un autre El Ribereño, un autre El Molinero… Bref, au final, comme j’étais petit, très brun et d’Aranda, et qu’il y avait déjà eu Morenito de Maracaibo, Morenito de Talavera, on a fait Morenito de Aranda. Au début, je n’aimais pas du tout ce nom, mais avec le temps, avec les choses qui arrivent, les objectifs atteints aussi, on finit par s’y faire et par s’identifier à ce nom.

Tertulias : Ta famille est-elle taurine ?

Morenito de Aranda : Non. Ma famille est simplement aficionada, au sens classique du terme. Ce qui est vrai, en revanche, c’est que tout ce que tu vois ici, La Mella, a une signification particulière. La Mella est le nom de la finca, et ce nom a une valeur symbolique, parce que mon grand-père était surnommé El Mella.
Mon grand-père a été la personne la plus importante de ma vie : pour la vie quotidienne, l’éducation, absolument tout. Et le fer de la ganadería représente une clé, une vieille clé, de celles qui sont grandes et lourdes.

Cette clé vient du fait que, traditionnellement à Aranda de Duero, c’était notre famille qui s’occupait du despeje de plaza, le moment où l’on remet la clé de la ville, celle que lance le président et que récupère l’aguacilillo. Nous faisions cela depuis mon grand-père : d’abord lui, puis mon oncle, ensuite moi par ordre d’ancienneté, et enfin une cousine, la fille de mon oncle. D’où cette symbolique de la clé, comme un hommage à la famille.

Tertulias : Et quand as-tu commencé ?

Morenito de Aranda : En fait, j’ai commencé à vouloir être torero à l’âge de 8 ans.

Tertulias: Pourquoi ?

Morenito de Aranda : Parce que ça me plaisait, parce que c’était quelque chose que je partageais avec mon grand-père. J’ai commencé à m’occuper des clés, du despeje de plaza, à 5 ou 6 ans. Un jour, Manuel Díaz El Cordobés a toréé à Aranda, il a coupé une queue, et c’est moi qui la lui ai remise. Et lui, avec la générosité d’un maestro, m’a invité à faire le tour de piste avec lui. Imagine : un gamin, porté par cette clameur du public… ça m’a marqué. Ce n’est pas que cela ait déclenché toute mon afición — je l’avais déjà en moi — mais c’est vrai que ça a été un encouragement de plus.

Tertulias : Quelle relation avais-tu alors avec ce torero ?

Morenito de Aranda : Absolument aucune. Mais ça l’a surpris de voir un gamin de cinq ou six ans courir les clés, parce qu’à Aranda, c’est un peu comme à Pampelune : sauf qu’à Pampelune on croise les chevaux, et à Aranda on les fait courir par paire. Plus tard, nous avons eu une relation — pas une grande amitié, mais quelque chose de très sympa —, on s’est revus, on a partagé quelques tentaderos et corridas ensemble.

Pour terminer sur ce point : à l’époque où j’ai commencé à vouloir être torero, une école taurine s’est créée à Aranda. Mon grand-père m’y a emmené, et c’est là que tout a commencé. D’abord avec un homme du pays, Lorenzo Esteban, qui est ensuite devenu un très grand ami, pour qui j’ai énormément d’affection. Puis, de façon plus structurée, avec Regina Ortés, matador de toros d’Alcalá de Henares, qui vivait alors à Aranda avec sa compagne. C’était un torero très fin, très sensible, qui nous a énormément appris à tous.

Penser le toro pour mieux le toréer
Tertulias : Tu es quelqu’un qui réfléchit beaucoup avec les toros? Est-ce une de tes particularités? Cela vient-il de l’école, de ta formation taurine ?

Morenito de Aranda : J’ai eu énormément de chance. J’ai été un privilégié, parce que j’ai eu beaucoup de gens autour de moi qui m’ont apporté énormément de choses, et aussi parce que j’ai su les assimiler.
Ce dont je me sens peut-être le plus fier, ou ce que je valorise le plus chez moi, c’est d’avoir eu une vocation pour être torero, une vraie vocation et une afición authentique.
Ce n’est pas que je le sois plus que les autres, mais je suis extrêmement aficionado. Je suis un fou du toreo, vraiment. Je ne peux pas tout savoir des jeunes qui arrivent mais pour tout ce qui concerne les ganaderías, les encastes, les toreros,si. Et bien sûr, ça me sert énormément.

Mon grand-père disait que le savoir ne prend pas de place. Plus tu en sais sur ce que tu fais, mieux tu t’en sortiras dans la vie. Aujourd’hui, j’ai un grand intérêt pour quelque chose qui, jusqu’à présent, ne m’attirait pas tant que ça : l’histoire ancienne de la tauromachie. J’ai surtout beaucoup appris à partir de ce que j’ai toujours considéré comme l’âge d’or du toreo, celui qui m’était le plus proche : Manzanares, Robles, Capea, Teruel, Ojeda, ce genre de toreros. Bien sûr, je connais qui sont Manolete, Joselito el Gallo, Belmonte. Mais ce que je connais le mieux, c’est ceux de l’époque où moi je voulais être torero et où eux étaient déjà sur la fin de leur carrière : Capea, Robles, Ojeda, Manzanares, Teruel.

Tertulias : En tant que torero, matador quasi figura, quel regard portes-tu sur les figuras d’aujourd’hui par rapport à celles idolâtrées d’autrefois ?

Morenito de Aranda : Je crois que les figuras du toreo, le sont pour une raison. Dans ce milieu, personne ne donne rien gratuitement. Certaines carrières peuvent sembler un peu plus faciles, mais pour moi, dans le toreo, rien n’est facile. Tôt ou tard, la dureté arrive, l’épreuve arrive, l’obstacle arrive, tout ça finit toujours par se présenter.

C’est vrai que, à cette époque-là, les figuras du toreo — et les toreros en général — avaient énormément de personnalité. Aujourd’hui, ils ont sûrement beaucoup trop de technique.Il y a aujourd’hui des toreros hyper capables, avec un courage immense, mais ce qui me manque, c’est cette personnalité-là.

Tu voyais Manzanares, Ojeda, Teruel, et même quand ils n’étaient pas bien, tu aimais les voir. Je ne dis pas qu’aujourd’hui il n’y a pas de bons toreros ni de figures avec de la personnalité — il y en a, bien sûr — mais avant, il y en avait davantage. Les personnalités passaient avant la technique.

Ca m’a coûté d’entrer cette année dans un cartel de San Isidro avec Talavante et Pablo Aguado ? Crois-tu que je n’avais pas fait des choses avant pour y être ? Mais le toreo est comme ça. Alors je remercie aussi une figura comme Alejandro car je sais que si je suis dans ce cartel, c’est aussi parce qu’il a dit oui. Olé et chapeau, parce que je sais très bien combien de fois on m’a mis en joue sans jamais tirer, tu vois ce que je veux dire. Donc je suis profondément reconnaissant.

Tertulias : Et toi, comment as-tu fait avec les jeunes ?

Morenito de Aranda : Il ne fait aucun doute que chacun défend toujours ce qui est à lui. Je ne vais pas jouer les justiciers. Chacun pense d’abord à soi. Et si, à conditions égales, tu peux en tirer profit sans nuire à l’autre, eh bien tu le fais. Mais, là où j’ai pu aider, j’ai toujours aidé. Sans me nuire. Chaque fois que j’ai pu donner un coup de main à des jeunes, à des toreros, à qui que ce soit, dans la limite de ma position modeste, je l’ai toujours fait.

Apoderado ? Non. Présent, oui.
Tertulias : Te sollicite t-on, surtout en sachant que, par exemple, tu as donné un coup de main à Pedro Luis ?

Morenito de Aranda : Oui, bien sûr. Après ce qui s’est passé avec Rufo, après avoir aidé Tomás…

Tertulias : Tu as aidé Tomás Rufo?

Morenito de Aranda : Tomás a vécu ici à la maison pendant environ deux ans. Il venait s’entraîner ici. Certains jours il restait dormir, mais il venait surtout pour s’entraîner. Pedro Luis, lui, a vécu ici presque trois ans, à la maison, chez moi. Ensuite, on a aménagé un appartement et il a vécu là. Avant de toréer à Madrid, Tomás était ici, depuis ses débuts comme novillero. Puis la pandémie est arrivée, ensuite il a été apodéré par les Lozano, et je lui ai dit : « Tu n’as plus besoin de moi ». Et on s’est séparés.

Après ça, je ne voulais plus de toreros ni de ce genre d’histoires, parce que c’est très compliqué, et les faits le prouvent. Et puis, par les circonstances de la vie, il y a eu Pedro Luis. Pedro est arrivé quasiment sans savoir toréer de salon. Il avait des bases, bien sûr — son père est matador de toros — mais pratiquement sans savoir toréer de salon.

Tertulias : Et qu’as-tu vu chez ce torero ?

Morenito de Aranda : Si je te dis la vérité, au début je n’ai rien vu. Quand il est arrivé à la maison, je n’ai rien vu, parce que c’était plus un « compromiso » qu’autre chose. J’étais allé au Pérou, son père me l’a envoyé, le garçon était seul… Alors je lui ai dit : « Viens à la maison ». Il a commencé à m’aider au campo, je le voyais très investi, très engagé, et j’ai commencé à l’aider. Au début, je ne m’entraînais même pas avec lui. Je ne voulais même pas m’entraîner avec lui. Avec Tomás, c’était une autre histoire. Là, tu t’investis à fond.

Tertulias : Qu’a dit ton épouse de tout cela ? Parce qu’elle commande aussi un peu à la maison, non (rires) ?

Morenito de Aranda : Écoute, bien souvent je crois qu’elle commande plus que moi… Si je réfléchis un peu plus, je crois qu’en réalité elle ne commande pas tant que ça, mais que surtout elle me soutient énormément. Avec Tomás, elle a beaucoup souffert, parce qu’après notre séparation, je l’ai très mal vécu, et j’ai mal vécu la manière dont les choses se sont passées.

Tertulias : Et aujourd’hui, quelle est ta relation avec Tomás ?

Morenito de Aranda : Une relation normale. À Dax, il m’a dédié un toro lors de la corrida de Victorino . Ensuite, moi, lors de mes six toros à Talavera, je lui ai dédié un toro, chez lui. Et au-delà de tout, des hauts et des bas personnels qu’une relation peut traverser, ce que je peux dire, c’est que ce que j’ai vécu avec Tomás et avec Pedro Luis est incomparable. Je l’emporterai dans mon cœur, dans mon âme, toute ma vie. C’est quelque chose de très profond, parfois même au-dessus de la relation que tu peux avoir ensuite dans le futur.

Pour revenir à Tomás : après lui est arrivé Pedro. Pedro a vécu chez moi avec mon fils, pendant deux ans. Ensuite, on lui a aménagé un appartement ici. Et puis, voilà, les choses de la vie… Moi aussi, je ne peux pas tout faire. J’ai une famille. Et par-dessus tout, j’ai ma profession, qui traverse aujourd’hui un moment très important. Comme me le disait l’autre jour cette grande figura du toreo qu’est Miguel Abellán : « Jesús, tu dois garder tes énergies pour toi. ». Et il a totalement raison. Parce qu’au final, le toro est très exigeant, très jaloux. Ce qu’il veut, c’est que tu sois là, entièrement pour lui, concentré sur lui.

Ma carrière n’a pas été linéaire. La vie est comme ça. Je ne regrette rien. Bien sûr que j’aurais aimé être au plus haut niveau du toreo pendant toute ma carrière. J’ai vingt ans d’alternative. J’aurais aimé être figura du toreo pendant vingt ans. Mais je ne regrette rien, parce que beaucoup de choses ne dépendent pas uniquement de toi. Le toreo, c’est l’homme et ses circonstances. Le torero dépend de la personne, des moments qu’il traverse, de nombreuses situations. Certaines, tu les surmontes sur le moment, d’autres non.

Mes enfants m’ont donné du courage. Le courage est quelque chose de très subjectif. Peut-être qu’ils m’ont surtout donné la capacité de voir les choses avec plus de clarté, d’avoir plus de force — ou d’aller chercher cette force — pour m’entraîner davantage, pour avoir plus d’illusion, plus de moral, plus de stabilité, un équilibre mental. Toutes ces choses positives sont indispensables pour se mettre devant le toro.

Tertulias : Qu’est-ce qui est le plus difficile : être père ou être torero ?

Morenito de Aranda : Être torero. Être torero, c’est très difficile. Être père, beaucoup de gens le sont, être un bon père, beaucoup de gens le sont aussi. Mais être torero, et être un bon torero, c’est extrêmement difficile.

Tertulias : Pourquoi certains toreros, même quand ils traversent un passage à vide, restent-ils en haut ?

Morenito de Aranda : Parce qu’ils sont dans un système. Quand tu entres dans le système, c’est parce que tu l’intéresses. Et quand tu intéresses, même si tu traverses un creux, tu es déjà installé dans un rôle. Beaucoup en sont sortis, beaucoup sont redescendus, bien sûr. Mais quand tu es dans ce système, les problèmes te touchent moins.

Cela dit, je comprends parfaitement la position de l’aficionado. Souvent vous voyez certaines figuras du toreo dans le bache, parce qu’elles s’éloignent de l’idée que vous vous faites de sa position ou de sa responsabilité. Moi, je suis torero, et je sais ce que ça coûte de se mettre devant le toro, de triompher, de porter le poids de ce métier.

Ce n’est pas une question d’années d’alternative. Avec vingt ans d’alternative — ou à quarante ans — je me sens mieux qu’au moment où j’ai pris l’alternative : plus fort physiquement, mentalement, en tout. Donc ce n’est pas seulement une question d’années.

Les corridas dures, une question de catégorie
Tertulias : Tu as cette capacité de réflexion, d’analyse. Tu as affronté tous les encastes ?

Morenito de Aranda : Presque tous.

Tertulias : Lequel te manque ?

Morenito de Aranda : « Reta de Casta Navarra« 

Tertulias : Et pourquoi ne la torées-tu pas ?

Morenito de Aranda : Je la toréerais, mais chaque chose en son temps, et surtout à son niveau. À son niveau de catégorie, dans tous les sens du terme. Par exemple, je suis un fervent défenseur des Trois Puyazos. J’y ai d’ailleurs beaucoup d’amis. Mais je comprends que ce soit une feria pensée pour le toro, et qu’elle soit toréée par des toreros qui en ont besoin, comme moi j’ai pu en avoir besoin à une époque.

C’est un peu comme la Copa Chenel. Si j’avais voulu, à un moment donné, j’aurais pu y entrer. Mais je pense que ce n’était pas un endroit pour moi, parce qu’il y a d’autres toreros qui ont besoin de cette vitrine.

Tertulias : Mais les Trois Puyazos ont besoin de toreros comme toi !

Morenito de Aranda : Qu’on me paye alors, non ? Parce que tout ça, c’est très bien. Je suis un défenseur de ce type de ferias, mais je suis ici parce que ça m’a coûté énormément de travail d’arriver là où je suis.
Aujourd’hui, je ne veux pas devenir fou, bien sûr, mais je veux défendre ce que j’ai, le plus possible. Je comprends que cette feria, si elle n’était pas organisée comme elle l’est, ne serait pas viable. Ils paient correctement les toreros, les minimums réglementaires, ce qui est établi. Mais moi, je ne veux pas les minimums. Je veux quelque chose de plus.

Tertulias : Et donc, la corrida de Miguel Reta ?

Morenito de Aranda : Pourquoi pas ? S’il y a un accord — pas seulement économique, je ne veux pas que ça donne l’impression que tout se résume à l’argent — mais un accord de catégorie. La catégorie, ce n’est pas forcément une question d’argent : ça peut être le fait qu’un autre torero important y participe aussi, que ce ne soit pas seulement moi. Qu’un torero reconnu dise : « Moi aussi, je la torée ». Que ce ne soit pas à moi seulement de dire non, ou que ce type d’efforts soit reconnu d’une manière ou d’une autre.

Ce n’est pas la même chose pour un torero qui n’a pas besoin de se montrer. Moi, j’ai toréé trois toros de Conde de la Corte et trois de Palha aux Trois Puyazos. C’était déjà très important, et je l’ai fait à un moment donné. J’ai toréé Yonnet à Alès, j’ai affronté beaucoup de corridas dures. Mais je vais te dire une chose — je suis peut-être en train de m’enfoncer dans un terrain glissant — : ce n’est pas seulement que ça me plairait, c’est que je crois que c’était nécessaire que les toreros fassent ce genre de choses. Mais avec des conditions.

Madrid
Tertulias : Parlons de Madrid. A-t-elle finalement été une arène clé pour toi ?

Morenito de Aranda : C’est mon arène. Parce qu’au final, depuis que j’ai débuté avec picadors, j’ai tout de suite conquis l’aficionado, et ensuite j’ai énormément toréé comme matador. J’ai dû toréer près de quarante après-midis à Madrid. Il y a eu des années où j’y ai toréé quatre fois. J’y ai coupé dix oreilles, j’ai fait sept ou huit tours de piste , et j’y ai affronté de nombreuses corridas de tout type. J’ai toréé des corridas d’Adolfo, celle de Juan Pedro, mais aussi une de La Quinta. J’ai également toréé la corrida des Bayones.

Tertulias : Comment te sens-tu à Madrid ?

Morenito de Aranda : Je m’y sens aimé et respecté. Mais il est aussi vrai que ce respect, il faut le gagner.
C’est une arène malgré le nombre de fois où j’y ai toréé, que je respecte tellement qu’elle continue encore à m’impressionner un peu, par ma manière d’être, par la considération que j’ai pour cette arène.

Tertulias : Comment l’empresa se comporte-t-elle avec toi ?

Morenito de Aranda : Cette année, très bien. Je pense que je vais y toréer deux après-midis, de bonne expoistion, la corrida de Victorino et celle de Garcigrande. Honnêtement, je suis très heureux, parce que c’est un traitement très élégant. Et cela vient aussi de l’an dernier.

La France, l’oxygène et la reconnaissance
Tertulias: Et la France ? Notre pays t’a offert beaucoup d’opportunités!

Morenito de Aranda : Oui, la France a été pour moi une seconde naissance, un véritable bol d’oxygène qui permet aujourd’hui de parler de tous ces projets, de toutes ces perspectives. Surtout lors de cette dernière étape de ma carrière, j’ai beaucoup toréé en France. J’ai toréé à Arles, je suis sorti en triomphe, j’ai toréé à Bayonne, où ça s’est très bien passé. J’ai toréé à Vic, et à Vic, dans cette dernière période, il y a eu les corridas de Cebada Gago, de Baltasar Ibán, de Los Maños, ainsi que l’encerrona. Mais auparavant, j’y avais déjà toréé quatre ou cinq fois.

Tertulias : Te sens-tu davantage reconnu aujourd’hui ?

Morenito de Aranda : Bien sûr. Je crois qu’il y a un avant et un après la corrida de Baltasar Ibán et la grave blessure. Ce jour-là, tout a explosé. La France a quelque chose de très beau. Vous êtes très « roman », au sens narratif du terme. Une histoire se construit, beaucoup d’éléments se rassemblent jusqu’à ce que quelque chose de fort éclate. Je te dis que j’avais déjà triomphé, mais je n’avais pas encore réussi à entrer dans le cœur du public français, de l’aficionado, en étant à cent pour cent. Aujourd’hui, je crois être entré dans le cœur des gens. Respecté et aimé.

Et pour moi, c’est fondamental, parce que l’aficionado français recherche chez un torero ce pour quoi un torero devrait être au plus haut niveau : l’engagement, avant tout. L’engagement, le talent et le moment.
Le moment est ce qui permet à cet engagement et à ce talent de se multiplier. C’est pour cela que je demande à Dieu que ma relation avec la France dure encore longtemps, car ce serait la plus grande satisfaction qu’un torero puisse connaître. La France a des nuances très particulières, très belles. Quand je parle de la France, je parle de Dax, Mont de Marsan, Bayonne, Vic… Ce que l’on y veut, c’est un torero qui respecte profondément le toro, qui le mette en valeur. C’est la base.

Tertulias: Pourquoi est-ce différent en Espagne ?

Morenito de Aranda : Parce qu’en Espagne, on préfère peut-être un autre type de « livre ». À la France, le roman plaît ; ici, on aime plutôt la comédie, ou autre chose. C’est un autre registre. C’est comme lire un livre pour apprendre, pour comprendre l’histoire, ou lire simplement pour se divertir. Il y a aussi des nuances, des endroits où cela existe également — par exemple, Madrid.

Changer d’étape sans renier le passé
Tertulias : Tu as changé d’apoderado, que s’est-il passé ?

Morenito de Aranda : Je crois que la vie est faite d’étapes. Et ce n’est pas parce qu’une étape se termine qu’elle doit forcément être mauvaise. En général, quand une étape s’achève, c’est qu’il y a une raison, quelque chose qui fait que tu as besoin de passer à autre chose à ce moment précis. De Jean-François, je ne peux pas dire du mal, bien au contraire. C’est une personne spéciale, un homme bon, un vrai taurin.
Tout torero qui travaille à ses côtés changera forcément de mentalité, et cela se verra sur le plan professionnel — les faits le prouvent.

Mais ce sont des étapes. Je pensais que le moment de franchir un cap supérieur, c’était maintenant. Je l’ai pensé l’an dernier, mais en y réfléchissant, j’ai compris que ce n’était pas encore le bon moment. Cette année oui, peut-être que je me trompe. Cela ne veut pas dire que lorsqu’on met fin à une étape pour en commencer une autre, tout soit évident d’emblée. Ce sont le temps, les faits, le déroulement de la temporada qui le diront.

Je l’ai fait avec conviction, avec une conviction totale, persuadé que c’était le moment idéal. Mais du fond du cœur je ne peux absolument rien dire de négatif sur Jean-François Piles. C’est un homme clé dans ma vie, quelqu’un que je porterai toujours dans mon cœur. Le jour où je lui ai annoncé ma décision, j’ai été très ému, et je le suis encore en en parlant aujourd’hui. Tout cela est très récent, très proche dans le temps.
Mais chaque fois que je le reverrai, je lui donnerai une accolade de frère, parce qu’il le mérite.

Tertulias : Présente-nous le nouveau : qu’apporte-t-il de plus ?

Morenito de Aranda : Ou plutôt, de différent — c’est le mot juste : différent. Tito est un empresario péruvien. Il est empresario de la plaza de Lima, ainsi que de plusieurs autres arènes au Pérou. À mon avis, c’est aujourd’hui le taurin le plus important du pays. Et en plus, au fil de ces années où je suis allé toréer au Pérou avec Pedro, une très belle amitié est née, et tout s’est fait naturellement.

Tertulias :Comment l’accord s’est-il conclu ?

Morenito de Aranda : J’avais d’autres propositions. Grâce à Dieu, j’ai eu pas mal d’offres. J’ai reçu des propositions de grandes empresas. Mais pour diverses raisons — parfois de mon fait, parfois à cause d’autres éléments — cela ne s’est jamais vraiment concrétisé. La vérité, c’est que lorsque Tito m’a fait sa proposition, dans ma tête tout était déjà clair, presque décidé.

Tertulias :Déjà acté mentalement ?

Morenito de Aranda : Oui. Quelque chose en moi me disait que c’était avec Tito que je devais vivre cette nouvelle étape. Surtout à cause de sa conviction profonde : il était convaincu que cela devait se faire, que nous devions unir nos chemins. Pour l’instant, les choses se passent bien. On avance. Au final, ce qui est important, c’est d’avoir quelqu’un qui te défende vraiment, qui te soutienne, qui t’ouvre des horizons.
Mais comme on l’a dit en parlant des figuras, ensuite le toro sort. Et le toro sortira toujours. Et là, il faut être à la hauteur.

Tertulias : Tu a été apoderado finalement toi aussi?

Morenito de Aranda : Apoderado, à proprement parler, je ne l’ai jamais été. Apoderado non, mais j’ai soutenu, aidé, comme si je l’étais.

Tertulias : Qui négociait les contrats de Pedro Luis ?

Morenito de Aranda : Jusqu’à présent, c’est moi qui m’en occupais. Mais être apoderado est un métier. Et aujourd’hui, des apoderados, il n’en existe plus vraiment, ou alors très peu. Pour moi, un véritable apoderado, c’est quelqu’un qui est proche du torero dans tous les sens du terme : dans les entraînements, le quotidien, le soutien personnel — presque comme un psychologue —, dans la construction d’une saison, dans les appels aux empresarios, dans la gestion des contacts, dans la stratégie…Et aussi dans des aspects bien plus personnels.

Parce qu’il ne faut pas oublier que le torero n’est pas seulement quelqu’un qui s’habille en torero et qui, le jour J, se met devant un toro. Le torero est un homme ou une femme, avec ses sentiments, ses peines, ses doutes, ses peurs, son état du moment — et ça, c’est très important. Moi, je les ai connus, ces moments-là : les bons, les mauvais, les intermédiaires.

Tertulias : Et ta femme, ta famille où se situent-elles dans tout ça ?

Morenito de Aranda : Ma femme est un pilier pour moi. C’est une personne très forte, parfois presque intransigeante, mais aussi très compréhensive, avec de grandes valeurs pour être aux côtés de quelqu’un qui vit une vie aussi exigeante. Je suis quelqu’un de très chanceux. C’est vrai que je ne suis pas très fusionnel avec beaucoup de monde, au sein de ma famille. Aujourd’hui, il y a Lucía, qui vit ici avec nous, ma femme, mes enfants, et quelques amis. Très peu.

Tertulias : Et donc l’apoderado, qu’est-ce qu’il est ?

Morenito de Aranda : Tout a un processus. La première personne qu’il doit connaître, c’est moi, et réciproquement. Lui connaît déjà pratiquement toute ma vie, parce que cela fait trois ans que nous sommes très amis, que nous parlons énormément. Il a passé beaucoup de jours chez moi, il connaît ma femme, mes enfants, il connaît tout, toute ma vie. Et en plus, il dispose d’une très bonne équipe, des personnes qui complètent ce que lui, parfois, ne peut pas assurer à cause de son temps, de ses affaires, de ses obligations.
Il est très bien entouré.

Tertulias : Cela va-t-il te permettre de franchir ce palier qui te manque encore ?

Morenito de Aranda : Écoute, pour l’instant, par exemple, la façon dont Madrid a été négocié a été différente. Je ne dis pas que tout sera comme Madrid, je ne dis pas que tout changera partout. L’an dernier j’ai toréé la corrida de Robles, et cette année je torée celles de Victorino et de Garcigrande. Cela ne veut absolument pas dire que l’an dernier les choses aient été mal gérées — au contraire, ça a été parfaitement fait — mais d’une autre manière. Je n’aime pas comparer, et je ne veux surtout pas qu’il y ait une comparaison entre Jean-François Piles et Tito Fernández ou Zúñiga, qui m’ont apoderéà leur époque. Chaque moment correspond à une étape différente. Aujourd’hui, j’entame une nouvelle étape, avec un homme qui, je crois, respecte profondément les gens.

Tertulias : On sent clairement l’importance que tu accordes, au lien humain avec un apoderado, peut-être même davantage qu’aux compétences pures.

Morenito de Aranda : C’est parce que j’y crois profondément. Je considère que je n’ai pas été apoderado, parce que ce n’a jamais été une profession pour moi car je n’ai jamais gagné d’argent avec ça, au contraire, ça m’en a coûté. En revanche, tout le reste, oui, je l’ai fait. C’est vrai. J’ai été aux côtés du torero, je l’ai aidé à s’équilibrer — du moins comme moi je pensais que cela pouvait lui être bénéfique — personnellement, professionnellement, dans beaucoup d’aspects. En étant très présent, au quotidien, dans une lutte permanente jour après jour.

Pour moi, c’est ça, être apoderado. Parce qu’un torero, pour se mettre devant un toro et lui faire des choses importantes, cela exige un équilibre presque parfait. Non, pas presque : plus que parfait. Et cet équilibre, tu ne peux l’atteindre qu’avec des gens qui t’apportent quelque chose, qui t’aident. Parce que seul, sur certains points, tu finis par dérailler.

Tertulias : Mais si demain Tito te passe une énorme « engueulade », qu’en penserais-tu ?

Morenito de Aranda : S’il me la passe sans raison, je pense avoir aujourd’hui, à quarante ans, avec la maturité que j’ai acquise dans le toreo et dans la vie, la capacité de gérer certaines conversations, certaines situations. Mais s’il a raison — ou même partiellement raison — et que c’est exprimé de manière équilibrée, je le lui dirai. Une engueulade peut aussi être une erreur, mais elle peut m’aider.

Il y a des gens qui ne se sont jamais mis devant un toro et qui ont pourtant une vraie capacité à transmettre, à voir des choses que d’autres, même en les ayant vécues, ne sont pas capables de transmettre. Ce n’est pas une question de ce qui est objectivement réel, c’est une question de ce que chacun est capable de démontrer devant le toro. Je dis « devant le toro », mais je pourrais dire aussi que je n’ai jamais étudié la psychologie. Pourtant, je connais bien les toreros, parce que la vie m’a permis de découvrir des choses qui m’ont énormément apporté à moi, et que je crois être capable de transmettre ensuite à d’autres toreros.

Tertulias : Le fait d’aider Pedro Luis t’a-t-il aidé à comprendre les négociations avec les empresas, les difficultés des apoderados ?

Morenito de Aranda : Oui, parce que très souvent, nous, les toreros, nous vivons dans notre monde.
On ne se rend pas compte de la complexité des choses. On se dit : « Pourquoi ce n’est pas moi qu’on met là ? Pourquoi c’est un autre ? » Ou bien on coupe une oreille et on pense déjà avoir déplacé le ciel et la terre…
Mais c’est beaucoup plus compliqué que tout ça.

Le toreo, comme n’importe quel autre secteur, ne repose pas uniquement sur ta valeur. Tu dois intéresser par ta valeur, bien sûr, mais aussi pour beaucoup d’autres raisons. Parfois, d’autres intérêts entrent en jeu, et font qu’un autre torero intéresse davantage à un moment donné. Et là, tu te dis : « Attends une seconde».

Avoir une autre perspective sur la manière dont se conclut un contrat t’aide à comprendre les choses en profondeur. Moi, il y a des situations qui m’ont rendu fou, que ce soit avec Pedro ou avec Tomás à l’époque.
Mais j’ai aussi réussi une chose : amener ces toreros au maximum de leur niveau.

Ça dépend des entraînements, de la relation intime que tu as avec eux, de l’union, de la transmission, de tout cela. Mais ensuite, tu appelles, par exemple, Éric Darrière : « Mets-le à Dax ». Il a envie, bien sûr, mais il ne peut peut-être pas, parce qu’il a trois ou quatre autres jeunes au-dessus, ou qui l’intéressent pour d’autres raisons. Tu vois ?

Alors ça t’aide à comprendre que bien souvent, je me suis dit : « Il n’a pas été capable de me mettre là ».
Peut-être qu’il n’a pas pu. Mais ça ne veut pas dire qu’il n’a pas voulu, ni qu’il n’a pas lutté pour le faire. Ça t’aide à comprendre, oui. Mais je vais te dire une chose aussi : j’aurais aimé comprendre tout cela autrement.
Parce que, sincèrement, je ne regrette pas ce que j’ai fait avec Pedro ou avec Tomás. Mais je crois — et je l’ai dit à ma femme, d’autant plus qu’elle me l’a demandé — que tant que je serai en activité, je n’aiderai plus aucun jeune ni aucun autre torero.

Toro et torero : une double vocation
Tertulias : Si tu ne te considères pas comme apoderado, te considères-tu comme ganadero ?

Morenito de Aranda : Ganadero, oui, je me considère comme ganadero.

Tertulias : Tu te considères comme tel, mais pourquoi t’y es-tu lancé ?

Morenito de Aranda : Cette folie-là est la pire. Je vais te raconter une anecdote et tu vas vite comprendre. Quand j’avais 11 ou 12 ans, en cours de maths, j’avais deux feuilles posées sur le pupitre. Évidemment, ce n’étaient pas des maths. Le professeur me les confisque — le frère Salvador. J’ai étudié dans un collège de frères. Il se met à lire à voix haute devant toute la classe ce qu’il y avait écrit sur ces feuilles : « Lot 1, Fulanita avec le toro Menganito… ».

J’avais déjà ma ganadería virtuelle dans la tête. Ma vocation pour le toreo et ma vocation de ganadero ont toujours été liées. Et à bien des moments, ces vocations se sont fait du tort l’une à l’autre. Parce que ma vocation de ganadero m’a parfois détourné de ma vocation de torero. Aujourd’hui, il est vrai que j’ai ma nièce et ma femme qui m’aident énormément, et cela rééquilibre les choses. Je ne me souviens plus du nom de l’un des Cuadri qui disait que, pour qu’une ganadería fonctionne, la somme entre le mayoral et le ganadero doit faire 1. Si l’un apporte 0,25, l’autre doit apporter 0,75. Eh bien, c’est exactement ça.

Qu’est-ce qui se passait jusque-là ? Jusqu’à maintenant, j’étais seul. Je donnais à manger, je faisais les lots, je tientais tout. J’ai bien sûr eu de l’aide : à certains moments un employé, Pedro m’a énormément aidé aussi. Mais au final, seul. Et à certains moments, quand ma tête partait trop vers la ganadería, cela me nuisait comme torero, parce que mon niveau baissait. Aujourd’hui, sans l’aide que j’ai — ma femme et ma nièce —, je pense que la ganadería n’irait pas dans la bonne direction, parce qu’en ce moment, ce qui me fait vraiment vibrer, c’est le toreo. Pour beaucoup de raisons. Mais il est vrai que ce sont les deux branches qui ont marqué ma vie : le toro et le torero, comme pour beaucoup de toreros, j’imagine.

Le toro avant tout
Tertulias : Être ganadero t’aide-t-il à mieux comprendre le toro et ses comportements ?

Morenito de Aranda : Oui, énormément. Connaître le toro dans toutes ses facettes — tranquille au campo, au moment du manejo, dans les corrals, dans l’élevage en général — aide beaucoup comme torero. Parce que tu comprends des réactions que, si tu n’es pas « à la queue de la vache », comme je dis, tu ne peux pas comprendre. Tu ne déchiffres pas certaines choses : les querencias, quand il vient te mesurer, quand il s’engage vraiment. Ce sont des réactions très précises.

Tertulias : Conseillerais-tu à un jeune de travailler dans une ganadería ?

Morenito de Aranda : Bien sûr. Si ton outil de travail est là, ton inventaire est là. Quand tu joues du piano, avec quoi dois-tu être toute la journée ? Avec le piano. Quand tu peins, avec quoi travailles-tu ? Avec le pinceau. Eh bien, quand tu veux toréer, avec qui dois-tu être ? Avec le toro.

Tertulias : Y a-t-il une différence entre le toro rêvé par Morenito torero et celui de Jesús ganadero ?

Morenito de Aranda : J’ai deux lignes dans ma tête : le toro encastado et le toro enclasado. L’équilibre parfait est très difficile à atteindre. Je ne sais pas exactement où en est ma ganadería aujourd’hui. Je crois qu’elle est davantage enclasada qu’encastada. Mais si c’est vrai que les ganaderías ressemblent à leur propriétaire — ce que je crois —, ce sera une ganadería plus pour l’aficionado que pour le torero. Plus pour l’aficionado que pour le torero, mais avec beaucoup de toreros qui auront envie de la toréer, parce qu’il peut en sortir de très grands animaux.

Pour l’instant, je n’ai pas encore conservé de novilla piquée. Je ne sais pas si j’en garderai une cette année pour 2027. Pour le moment, je torée tout en erales. Et avec des erales, il est très difficile de donner une véritable identité à une ganadería. Ce qui me plaît, bien sûr, c’est le toro qui dit quelque chose par sa catégorie. Et la catégorie, je la définis par la classe et la caste, avec la bravoure comme fil conducteur. Parce qu’un toro enclasado est brave, et un toro encastado est brave aussi. Mais la bravoure orientée vers la classe et la bravoure orientée vers la caste sont deux choses très différentes. Et là, évidemment, tu occupes tout le spectre, de la classe à la caste.

Tertulias : Donc cela veut dire que tant que tu torées, tu n’auras pas de toros très encastados (rires) ?

Morenito de Aranda : Si, j’en ai déjà. Et je torée beaucoup de mes propres toros dans des festivals, ici, chez moi. Grâce à Dieu, quand on parle de ma ganadería, tout le monde la connaît dans les villages alentours : Candelera, Navalcán, et même Villaseca. Pour moi, le toro de classe n’est pas ce « mouton » sans transmission. Le toro de classe, c’est celui qui a des gestes hors du commun, de l’élasticité, qui sort de la trajectoire avec la « pala del pitón », qui reste tête en bas entre la fin d’un muletazo et le début du suivant. Il y a énormément de nuances qui définissent ce que j’appelle la classe. Mais écoute, ce que j’aime aussi vraiment, c’est qu’il y ait de la transmission.

Le reportage vidéo ⤵️

Tertulias : C’est peut-être pour ça que l’afición française te comprend et t’aime autant?

Morenito de Aranda : Écoute, ce que je sais, c’est que je mets le toro en valeur, que j’aime le respecter, le soigner. Le toro n’est pas un outil pour mon triomphe. Le toro est un outil pour la satisfaction de l’aficionado. Ça, oui, c’est la réalité.

Au fil de cet entretien, Morenito de Aranda dessine le portrait d’un torero hors format, mû par une exigence intérieure formulée avec clarté. Torero, ganadero, homme de transmission, il revendique une tauromachie où le toro n’est jamais un moyen, mais une finalité. Respecter le toro, pour mériter l’afición, tel est son credo.

Nous le remerçions pour son accueil, le temps qu’il a bien voulu nous consacrer alors que le travail du campo l’attendait et la cordialité de cet échange.

Le reportage photos ⤵️

TOROS DE CASTILLA

Propos recueillis par Philippe Latour avec l’aide toujours aussi précieuse de Francisco

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